Malika Ferdjoukh – Broadway Limited ***

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Éditeur : L’Ecole des Loisirs – Date de parution : 2015 – 582 pages

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Jocelyn Brouillard se retrouve devant la pension Giboulée, en plein cœur de New York, où il débarque pour faire son année d’études. Nous sommes en 1948. A la suite d’un quiproquo, l’adolescent découvre que la pension est exclusivement féminine ; les pensionnaires et Mrs Merle, la propriétaire, s’attendaient en effet à voir arriver une Jocelyne… C’est une soupe aux asperges et ses talents de pianiste qui lui donnent le droit de rester malgré tout à la pension.

On y fait la connaissance de toute une grappe de jeunes filles à l’air déluré et aux noms tous plus farfelus les uns que les autres : Chic, Manhattan, Dido, Hadley… Il y a Page et son chat Betty Grable. Toute une galerie de personnages féminins hauts en couleurs, qui me rappellent les Quatre sœurs.

Elles sont apprenties comédiennes, danseuses… Toutes rêvent de Broadway et elles multiplient les auditions, pour de petits rôles, pour vanter les mérites des soupes Campbell…

Une fois qu’on est plongée dans ces pages on est littéralement transporté dans ce New York de fin des années 40 ; Malika Ferdjoukh décrit à merveille l’atmosphère de cette époque, à tel point qu’on s’y croirait vraiment. On y croise Grace Kelly, Clark Gable, on y écoute du jazz…

On suit les péripéties de ces jeunes filles un peu folles mais tellement attachantes. Leurs amours, leurs déboires… C’est tendre, drôle. L’écriture de Malika Ferdjoukh est toujours aussi délicieuse et malicieuse, un vrai régal. C’est une lecture que l’on quitte à regrets…!

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« La jeune fille ouvrit la porte au jeune homme. Un essaim de feuilles rouges s’engouffra aussitôt à l’intérieur de la maison tel un gang de sorcières à l’affût. »

Emily St. John Mandel – Station Eleven ****

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Éditeur : Rivages – Date de parution : août 2016 – 480 pages

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J’ai lu ce roman dans le cadre d’une lecture commune avec Fanny, du blog Pages versicolores, et ce fut un plaisir d’échanger et de partager cette lecture avec elle ! Pour retrouver son propre billet et découvrir son avis, c’est par ici !

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Un soir d’hiver à l’Elgin Theatre de Toronto, le célèbre acteur Arthur Leander s’écroule sur scène. Son cœur cesse de battre en pleine représentation du Roi Lear. Un des spectateurs, Jeevan, se précipite sur scène pour tenter de secourir l’acteur, mais il est trop tard. Dans l’ombre de la scène, une petite fille sanglote. En sortant du théâtre, Jeevan n’a pas le cœur à rentrer chez lui. Il erre dans les rues, sous les flocons de neige, lorsque l’appel d’un ami urgentiste lui apprend qu’une terrible pandémie de grippe, en provenance de Géorgie, se répand sur la ville de façon alarmante. Il le supplie de quitter immédiatement Toronto avec sa femme et son frère.

Vingt ans après le cataclysme, nous suivons La Symphonie Itinérante, une troupe d’acteurs et de musiciens qui déambule et voyage à travers la région du lac Michigan, dans des voitures transformées en caravanes. Envers et contre tout, ils jouent du Shakespeare et des morceaux de musique classique. Parmi cette troupe itinérante, cette seconde famille, se trouve Kirsten, l’enfant qui a assisté à la mort d’Arthur Leander. Elle a désormais vingt-huit ans et ne garde aucun souvenir de la première année qui a suivi la fin du monde. Construit sur ces échos d’un monde à l’autre, le roman alterne ainsi deux temporalités : ce qui s’est passé avant le cataclysme, et les années qui ont suivi dans ce monde post-apocalyptique.

Station Eleven est un roman difficile à classer et dont j’ai beaucoup de mal à parler tant il m’a remuée. C’est à la fois un roman de science-fiction, un roman d’aventures, nous faisant réfléchir sur l’homme et son devenir, l’art… Si au cours de ma lecture, j’ai pensé à Walking dead, la comparaison ne tient pas longtemps la route ; l’univers que nous dépeint Emily St John Mandel est particulièrement bien campé, et très réaliste : aucun détail n’est laissé au hasard.

L’intrigue dans laquelle on s’immerge complètement est tissée de multiples connexions entre l’avant et l’après cataclysme, elle met en scène des chassés-croisés entre les personnages, grâce à une plume sensible et incisive. Ce roman m’a littéralement enthousiasmée, émue, me transportant dans un Ailleurs qui nous questionne sur la fin possible d’un monde, le rôle de l’art et l’importance des souvenirs dans une vie, leur profonde subjectivité.

Un roman que je ne voulais pas refermer, que j’aimerais relire. ❤

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« L’enfer, c’est l’absence de ceux qu’on voudrait tant avoir auprès de soi. »

« Mes souvenirs d’avant le cataclysme ressemblent aujourd’hui à des rêves. Je me souviens d’avoir regardé par le hublot d’un avion, ce devait être dans le courant de la dernière année, et d’avoir vu du ciel la ville de New York. »

« Il est surprenant de voir la rapidité avec laquelle on en vient à trouver normal de vivre sur un banc, avec une simple valise, près d’une porte d’embarquement. »

Lois Lowry – Le Passeur ***

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Éditeur : L’Ecole des loisirs – Date de parution : 2016 [1992] – 219 pages

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Je vous présente ma nouvelle lecture commune avec Claire du blog La tête en Claire ; je ne les compte même plus, on commence à en avoir beaucoup à notre actif ! Cette fois-ci, il s’agit d’une LC particulière car, tandis que je lisais Le Passeur en VF, Claire le lisait en VO…! Je la remercie encore pour ce bouquin, que j’ai gagné grâce au concours qu’elle organisait pour l’anniversaire de son blog. Pour découvrir son billet, c’est par ici !

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Je dois dire que c’est un roman tout à fait fascinant, précurseur dans le genre de la dystopie pour la jeunesse, car publié au début des années 90, avant tous les Divergente, Hunger Game… Lois Lowry nous invite dans un monde contre-utopique, où l’on fait la connaissance de Jonas, un jeune adolescent. Dans cette société de L’Identique, tout est programmé et régulé au millimètre près : les enfants, le conjoint, la cellule familiale, le métier ; les choix n’existent pas. Les gens ne lisent pas. Jusqu’à l’âge de douze ans, chaque année, les enfants assistent à la cérémonie du passage à l’âge supérieur. C’est à douze ans qu’on leur attribue un métier, une fonction, qu’ils vont exercer toute leur vie. Jonas va bientôt avoir douze ans, il est anxieux car il ne sait absolument pas ce qui l’attend. Depuis quelques temps, il voit des choses étranges autour de lui, sa perception se modifie le temps de brefs instants.

Au fil des pages, on se rend compte que ce monde n’a rien d’idéal. Chaque étape de l’enfance est ritualisée. Si l’on contrevient aux règles de la société, il y a la menace de l’élargissement. Mais en quoi consiste-t-il vraiment ? Le bruit court que les personnes élargies partent vers l’Ailleurs. Et que certaines personnes sont parvenues à s’enfuir vers cet Ailleurs.

Il m’a fallu quelques dizaines de pages pour m’immerger complètement dans ce roman, que j’ai fini par trouver fabuleux et foisonnant, même s’il est très court. J’ai été hypnotisée par l’intrigue. Je ne vous en dévoilerais pas plus sur ce roman, car c’est son mystère qui lui donne tout son charme… Un dernier mot : j’ai particulièrement aimé la rencontre de Jonas avec le Passeur ; il se rend compte peu à peu de tout ce qui lui manque, et du monde qui existait avant… Il découvre les souvenirs.

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« Il voulait son enfance, ses genoux écorchés et son ballon. Assis seul dans son habitation, il regardait par la fenêtre et voyait les enfants jouer et les citoyens rentrer chez eux après une journée sans surprises ; des vies ordinaires débarrassées de toute angoisse parce qu’il avait été sélectionné, comme d’autres avant lui, pour porter leur fardeau. »

Joseph Boyden – Les Saison de la solitude ***

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Éditeur : Albin Michel – Date de parution : 2009 – 509 pages

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Je vous présente ma nouvelle LC avec Claire du blog La tête en claire – hé oui, on les enchaîne les lectures en commun, on y a pris goût 😉 Pour découvrir sa propre chronique c’est par ici !

J’ai lu il y a quelques années Le chemin des âmes, du même auteur. J’avais trouvé ce roman sublime, et cette lecture avait été un véritable coup de cœur. Depuis, Les Saisons de la solitude m’attendait sagement dans la bibliothèque familiale… Dans ce nouvel opus, Joseph Boyden utilise la même construction du texte : deux personnages prennent la parole à tour de rôle. Il y a l’oncle Will, pilote forestier, plongé dans un profond coma à la suite d’une agression. A travers sa voix qui s’élève de l’autre côté, resurgissent ses souvenirs et se déroule le fil des événements qui ont conduit à cette agression. Son récit est adressé à ses nièces. A son chevet se trouve justement l’une de ses nièces, Annie. Elle-même prend la parole, veille sur lui et lui raconte des bribes d’histoires, des bribes de sa vie à Moosonee, dans l’espoir qu’il s’éveille un jour. Peu à peu, en remontant le temps, le passé s’éclaircit.

Si au début le texte m’apparaît un peu complexe et difficile d’accès, sans doute dû à l’écriture un peu hachée et aux phrases courtes, je finis par plonger complètement dans ce beau roman, où les voix des deux personnages semblent parfois faire écho l’une à l’autre et sonnent de façon terriblement juste. Je suis à nouveau tombée sous le charme de l’écriture de Joseph Boyden, qui nous offre le tableau d’une nature fascinante. Par moment, je m’y suis vraiment cru : en pleine forêt, à chasser l’orignal et à suivre le vol des oies sauvages, ou encore à traverser la Moose River, à l’approche de l’hiver.

Je me suis immergée dans l’immensité sauvage des forêts canadiennes, avec cette fresque familiale amérindienne et ces tensions entre clans, qui dégage beaucoup de force et d’émotions. L’auteur questionne les liens familiaux et l’identité des Indiens d’Amérique de façon toujours aussi juste. Il opère un savant mélange de mystère et de nature writing. Même si je n’ai pas ressenti le même coup de cœur que pour Le Chemin des âmes, je ne suis pas déçue par ce deuxième roman, qui m’a offert de beaux moments de dépaysement.

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« Parfois, quand on est seul dans les bois, au cœur de l’hiver, et que l’aurore boréale apparaît, on l’entend. Un bruit de friture. Comme une radio réglée tout bas, qui gémit et soupire. C’est ce que j’avais l’impression d’entendre, et j’ai tendu l’oreille pour écouter ce que la voix essayait de me dire. »

« En revanche, le bourdonnement, le bourdonnement du monde, je pense qu’il continue après que le corps a cessé de vibrer. Quand meurt le bourdonnement du corps vivant, que ce soit celui du brochet ou de l’esturgeon, celui de la gélinotte huppée, de l’orignal ou de l’homme, le battement du cœur continue, peut-être plus lent, mais qui se mêle aux battements de cœur du jour et de la nuit. De notre monde. Dans ma jeunesse, je croyais que l’aurore boréale, l’électricité qui me parcourait la peau sous ma parka, le léger crépitement que j’entendais, c’était Gitchi Manitou qui recueillait les vibrations des vies passées afin de ravitailler le monde avec le pouvoir de tous ces animaux. »

Neal Cassady – Un truc très beau qui contient tout ***

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Éditeur : Points – Date de parution : 2015 – 385 pages

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Pour notre 4ème Lecture Commune avec Claire du blog La tête en Claire, nous avons décidé de nous attaquer à ce recueil de lettres Beatnik !! C’est une lecture commune qui a pris son temps, chacune dévorant le bouquin à son rythme 😉 Pour lire sa chronique, c’est par ici.

J’ai découvert Sur la route de Jack Kerouac sous la forme du rouleau original il y a quatre ans et je ne m’en suis pas remise. On y rencontrait un personnage central et fascinant : Neal Cassady, l’acolyte de Kerouac, gamin frénétique et fou. Avec Un truc très beau qui contient tout, on découvre sa correspondance avec les écrivains et personnalités de ce qu’on appellera plus tard la Beat Generation : Allen Ginsberg, Jack Kerouac, William Burroughs… Ce sont ses lettres qui ont inspiré Kerouac dans l’écriture de son célèbre roman.

Le recueil de lettres – de 1944 à 1950 – est très habilement agencé : alternance d’explications biographiques et de lettres. Les lettres sont ainsi contextualisées grâce aux éléments biographiques. En 1944, Neal a dix-neuf ans. Trois ans plus tard, il rencontre Kerouac et Ginsberg.

Les mots de Neal se dévorent et j’ai vite retrouvé l’effervescence de Sur la route. On reconnaît le tempérament de feu de Neal, sa frénésie et son urgence de vivre, à travers une écriture tout à fait hypnotique. Oscillant entre les divagations d’un homme sous l’emprise de diverses substances et une maîtrise incroyable de l’écriture, les lettres sont empreintes de folie.

Parfois brèves, mais souvent très longues, interminables, Neal y parle d’écriture et des difficultés qu’il rencontre. Il saute souvent du coq à l’âne, sous le coup de l’alcool, de la benzédrine, parle d’une chose puis en évoque une autre. Il disserte pendant des pages et des pages sur la littérature, la poésie, parle énormément de musique, de jazz… Il a soif de culture et d’art, sous toutes ses formes : théâtre, concerts, musées, il s’en nourrit.

Dans une de ses missives à Allen Ginsberg,  Neal Cassady avouera n’obéir qu’à ce qui le gouverne : l’émotion pure. On sent une urgence dans chacune de ses lettres. Neal est un homme à la fois attachant, fascinant et énervant dans sa désinvolture notamment vis à vis des autres.

Dans certaines lettres, Neal raconte ses hallucinations, il se plaît également à décortiquer ce qu’il ressent, à analyser son comportement. Il dit parfois des trucs complètement aberrants.

En lisant ces lettres, je me suis souvenue de ma lecture de Sur la route, et certains passages du film réalisé par Walter Salles me sont aussi revenus en mémoire. J’ai ressenti exactement la même euphorie qu’en lisant Sur la route. Le même coup de cœur pour cette bande de fous, qui ne tenaient pas en place. J’ai dévoré ces lettres, en immersion totale.

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« Si malgré tout je considère l’écriture comme indispensable (comme c’est apparemment ton cas), alors je sais que je dois construire ma vie autour de cette nécessité ; même mes heures les plus quelconques, les plus triviales, doivent devenir l’expression de cette impulsion et en témoigner. »

« C’est tellement beau ce que tu m’écris, ça me touche & je deviens sentimental & j’en ai rien à foutre parce que je sais que tu sais & donc je m’autorise à écrire seulement des trucs dépassés d’une façon dépassée & rapidement je deviens si abstrait & j’essaie tellement de contrecarrer ça par des pensées simples, répétitives & paresseuses, que mes lettres sont des foutaises ou des ormeaux ; si elles sont pas des espadons jouant à saute-mouton avec des marlins dans ton complètement contradictoireclodofauchantunsteackcuitdelaveille. »

Iona Grey – Lettres à Stella **

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Éditeur : Les Escales – Date de parution : mars 2016 – 487 pages

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Ce joli roman s’est retrouvé entre mes mains grâce au concours du Brocoli de Merlin 😉 que je remercie encore. Et il s’agit d’une nouvelle Lecture Commune avec Charlotte, du blog Charlitdeslivres !

Le roman se passe à Londres, à deux époques différentes. En 2011, nous suivons le parcours de Jess, une jeune femme un peu paumée qui a fuit le quotidien d’un compagnon violent et brutal. Elle trouve refuge dans une maison qui a l’air abandonnée, recouverte par le lierre, où le courrier s’entasse dans l’entrée. Un matin, une lettre tombe sur cette pile de courrier. Elle est adressée à Mrs S. Thorne… La curiosité la submergeant, Jess se met à la lire.

En 1942, en pleine Seconde Guerre mondiale, Stella, une jeune femme un peu naïve, vient tout juste de se marier avec un pasteur très taciturne et loin d’être tendre. Très vite, il part pour le front et la laisse seule. C’est dans une église en ruines, détruite par le Blitz, qu’elle fait la connaissance de Dan, un aviateur américain en permission… Ils tombent amoureux l’un de l’autre et s’écrivent des lettres lorsqu’il part. En 2011, Jess découvre cette boîte à chaussures contenant les traces du passé et décide de mener l’enquête pour savoir ce qu’il est advenu des deux amants.

A la lecture de ce roman, je me suis rendue compte que la romance n’est pas un genre fait pour moi… Au bout de 200 pages, j’ai commencé à m’ennuyer un peu… J’ai ressenti une désagréable impression de prévisibilité, de déjà lu, déjà écrit. C’est une belle histoire d’amour que nous décrit l’auteure, mais elle ne m’a pas touchée et je me suis sentie complètement extérieure à l’intrigue. J’ai cherché à être émue, en vain. Et pourtant, le sort réservé à Stella est révoltant, son mari est absolument abjecte. Mais j’ai trouvé que l’auteure tirait vraiment trop sur la corde sensible.

C’est dommage car c’était un roman prometteur. Les liens unissant les deux personnages féminins à deux époques différentes m’ont plu, ainsi que l’alternance du passé et du présent. Mais j’ai trouvé toute l’histoire clichée : j’ai eu du mal à y croire… Malgré la nostalgie qui se dégage de la fin et tous les ingrédients mis en place par l’auteure, la magie n’a pas opéré pour moi.

Je vous invite à lire la chronique de Charlitdeslivres par ici ! Et à lire d’autres chroniques, bien plus enthousiastes et positives que les nôtres, et surtout à vous faire votre propre avis 😉

BU Hui-ryeong – Féline ***

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Éditeur : Picquier poche – Date de parution : mars 2016 – 165 pages

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Voici ma troisième Lecture Commune… à trois cette fois-ci ! Avec Charlitdeslivres et La Tête en Claire, nous avons choisi de lire ensemble ce petit roman coréen qui nous attendait dans nos PAL respectives.

Féline est un drôle de roman, où le narrateur n’est autre… qu’un chat ! Un chat qui, depuis la disparition de sa mère, erre dans les rues et fait les poubelles et qui doit se protéger tout seul contre les agressions extérieures. Bien vite, il est recueilli par une jeune fille, Minyeong. Dès qu’il l’aperçoit, le chat tombe littéralement sous son charme. Serait-elle un de ces êtres appelés « hommes-chats », ces êtres merveilleux, légendaires, dont lui parlait sa mère ? Les « hommes-chats » ne ressemblent pas aux autres humains, ils ont une odeur particulière qui attire les chats. Minyeong est le premier être humain que le félin approche et c’est sans hésitation qu’il lui donnera son cœur…

Ce petit chat effronté au caractère bien trempé, pose un regard sur le monde empreint d’humour et de moquerie par moment, très attentif au monde qui l’entoure et surtout au comportement des humains qui le déroute énormément… Et on se surprend à sourire.

Cette lecture est un vrai bol d’air frais ! J’ai pris plaisir à voyager dans le corps et la tête de ce félin très attachant ; on observe le monde humain à travers son regard à la fois naïf et acéré.

Un petit roman d’apprentissage félin plein de charme qui ravira certainement les amoureux des chats… J’ai moi-même beaucoup pensé à ma frimousse à moustaches.

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*En bonus : quelques citations des grands esprits à la fin du roman…

Pour lire les chroniques de Charlitdeslivres et de La Tête en Claire, c’est par ici, et .

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« Mais nous, les chats, savons écouter les humains, avec bien plus d’attention qu’ils ne s’écoutent entre eux. C’est peut-être pour cette raison qu’ils nous ouvrent facilement leur cœur. »

« Cela ne faisait pas longtemps que je vivais parmi les humains, mais j’avais appris une chose : leurs paroles et leurs actions n’ont souvent rien à voir avec ce qu’ils pensent réellement. Et c’était une chose que j’avais du mal  à comprendre. Cela voulait-il dire que chez les humains le cœur et la tête ne fonctionnaient pas en harmonie ? Pour quelle raison ? »

Timothée de Fombelle – Tobie Lolness, tome 1 : La vie suspendue ***

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Éditeur : Folio Junior – Date de parution : 2010 – 393 pages

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Je vous présente ma deuxième Lecture Commune, encore une fois avec Claire de La Tête en Claire 🙂 Je sens que, parties comme on est, il va y en avoir d’autres très prochainement !! C’est toujours un plaisir d’échanger sur nos impressions, notre avancée dans le roman…

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Tobie Lolness a treize ans, il vit avec sa famille dans les branches de l’Arbre. L’Arbre est comme un pays à part entière ; je dirai même qu’il est la métaphore de notre planète. Certains vivent dans les Cimes, dans les Rameaux, mais les Basses-Branches sont moins fréquentées, c’est une région sombre, glaciale et humide. Dans l’Arbre vivent ces petits hommes qui ne font pas plus de deux millimètres de haut et pèsent quelques centi-grammes.

Parce que son père, scientifique de renom, a refusé de livrer le secret d’une invention révolutionnaire, la famille de Tobie est exilée à Onessa, dans les Basses-Branches… Puis elle est emprisonnée. Mais, grâce à la malice du père Lolness, Tobie parvient à s’échapper et se retrouve en cavale.

Ce roman est un petit bijou de littérature jeunesse dont la lecture m’a ravie ! Le texte est parsemé de réflexions implicites sur l’écologie, la nature et son avenir, et l’auteur développe une certaine philosophie de la vie, qu’on prend plaisir à lire en tant qu’adulte et qu’un enfant ne décèlera pas forcément.

Timothée de Fombelle a un réel talent de conteur, il nous emporte dans les contrées merveilleuses de son imaginationL’écriture est délicieuse et les pages, agrémentées des illustrations de François Place, se dévorent à une vitesse fulgurante. Ce roman est un hymne à l’inventivité et à la nature. Ce petit monde nous devient vite familier. On sourit, on rit, on est ému… Et on est séduit par la poétique de ce texte émaillé de métaphores arborescentes.

Pour lire le billet de Claire, c’est par ici : La Tête en Claire 🙂

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« Tobie, après pas mal d’efforts, était devenu l’ami des mots. Tous les jours, il voyait les miracles qu’ils font. Ils l’avaient sauvé de la solitude et de l’ennui. »

« Mais quand il fêta le troisième jour, avec un petit pain dur, et une assiette de moisi et qu’il compta qu’il lui en restait cent dix-sept à tenir, il comprit qu’on ne vit pas seulement d’air, d’eau, de chaleur, de lumière, de nourriture et de conscience du temps. Alors, de quoi se plaignait-il encore ? De quoi vit-on en plus de tout cela ? On vit des autres. C’était sa conclusion. On vit des autres. »

Marisha Pessl – La Physique des catastrophes ****

 

 

Éditeur : Folio – Date de parution : 2008 – 822 pages

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** Je vous présente La Physique des catastrophe, de Marisha Pessl, qui est une lecture commune réalisée avec Claire de La Tête en Claire 🙂 Je la remercie énormément pour avoir accepté de lire ce gros bouquin avec moi ! C’était notre première lecture commune à toutes les deux. Et je dois avouer que sans elle, je ne l’aurai jamais lu aussi vite. De plus, pour la petite anecdote, ce livre traînait dans ma PAL depuis au moins … huit ans. Je l’avais commencé et m’étais arrêtée à la page 100… 😀 Cette lecture commune m’a permis de découvrir qu’un coup de cœur se cachait sur mes étagères… **

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Bleue Van Meer est une adolescente précoce au caractère solitaire, une grande lectrice, qui mène un train de vie bien peu ordinaire. Depuis la mort accidentelle de sa mère, elle vit avec son père, professeur de sciences politiques à l’université ; ensemble ils parcourent les routes américaines, passant d’une ville universitaire à une autre, au gré des changements de postes du père. Leur relation est très fusionnelle, elle est faite d’échanges de répliques, de citations littéraires, cinéphiles, scientifiques, politiques… Ils peuvent passer des heures à disserter sur des problèmes de physique quantique ou sur des théories psychanalytiques.

Pour sa dernière année de lycée, le père de Bleue décide de passer toute l’année dans la même ville, à Stockton. Au lycée, elle rencontre « Le Sang Bleu », un groupe d’adolescents réunis autour de la charismatique et mystérieuse Hannah Schneider, leur professeur de cinéma.

Mais quand celle-ci est retrouvée morte, Bleue, hantée par cette vision, mène l’enquête, sans se douter que ses investigations vont la conduire à remettre en question toute sa vie. Cet événement, s’il apparaît de façon très  explicite au début du roman est, je trouve, mentionné abusivement par la quatrième de couverture, alors qu’il n’apparaît que très tard dans l’intrigue…

Le récit nous est donc rapporté de façon rétrospective. Bleue nous raconte la genèse de cette macabre découverte. On sent au début du roman que ce récit lui est nécessaire et vital.

A la fois roman policier, roman d’apprentissage, le moins que l’on puisse dire c’est qu’il s’agit d’un texte bien costaud… Il est littéralement truffé de références d’ouvrages érudits, littéraires, encyclopédiques, scientifiques… C’est comme si les yeux de Bleue analysaient chaque élément du monde en fonction de tout le savoir qu’elle a lu et emmagasiné. Chaque chapitre porte le nom d’un grand classique de la littérature. Je pense n’avoir pas décelé toutes les références implicites et explicites à des œuvres, tellement il y en a.

Ce roman marginal aborde de nombreux thèmes, parmi lesquels l’émancipation, les faux-semblants et le mensonge, la solitude que l’on peut ressentir et cela, même au sein d’un groupe. Malgré le sujet difficile, il y a pas mal d’humour ; en effet, certaines phrases m’ont beaucoup fait rire. Bleue a un sens de l’ironie et de la répartie très mordant et une vision incroyablement lucide des rapports humains. C’est une héroïne particulièrement attachante.

Alors oui, il y a certaines longueurs, surtout au début… Et je n’ai commencé à être captivée qu’à la page 174 (c’est précis, n’est-ce pas). De plus, les multiples références peuvent alourdir le style… et pourtant la lecture est très fluide, les mots ont quelque chose d’addictif, l’écriture est superbe et on ressent un véritable plaisir à lire dévorer ce roman. J’ai été littéralement captivée par l’intrigue et captive des mots.

En refermant ce livre particulièrement dense et intense, je me suis dit : mais quel coup de génie ! Quel livre incroyable. Le coup de génie, c’est qu’au final on ne saura jamais vraiment si ce ne sont que les élucubrations d’une adolescente qui a trop d’imagination, qui a lu trop de livres… Tout ce que je peux vous dire, c’est que la fin est inattendue, et qu’elle est liée à celle d’un film italien.

C’est pour moi un roman virtuose, un coup de cœur.  ❤

Et surtout, n’ayez pas peur de ce pavé de 820 pages (en version poche), une fois qu’on tombe dedans on ne peut plus en sortir !!

*Pour lire le billet de lecture de Claire, c’est par ici : La Tête en Claire.

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Il me regardait avec son air de « Prends-moi en stop, par pitié », qui devint bientôt « Déclenche l’ouverture du parachute », puis « Si tu veux bien lui faire le coup du lapin ».

« Le bonheur est un chien qui se dore au soleil. Nous ne sommes pas sur terre pour être heureux, mais pour vivre des événements incroyables. »

« Peu de gens comprennent qu’il est inutile de courir après les réponses aux questions majeures de la vie, déclara papa un jour où il était d’humeur bourbon. Elles ont l’esprit volage et elles sont terriblement fantasques. Mais si tu fais preuve de patience, si tu ne les presses pas, le jour où elles seront prêtes, elles te sauteront à la figure. »