Jean-Philippe Arrou-Vignod et François Place – Olympe de Roquedor **

Gallimard Jeunesse – 2021 – 297 pages

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Nous sommes au XVIIème siècle dans le sud-ouest de la France, quelque part entre les anciennes provinces de la Gascogne et du Languedoc. « Elle avait un nom de bataille, un nom qui claquait au vent, et que la pluie et la nuit recouvraient de mystère » ; elle, c’est Olympe, jeune marquise de seize ans, orpheline et unique héritière du domaine de Roquedor. Il y a quatre ans, à la mort de son père, son tuteur, l’affreux Comte de Saint-Mesme, a jugé bon de l’enfermer dans un couvent.

Aujourd’hui, Olympe en sort, mais n’a pas vraiment retrouvé sa liberté : elle est escortée d’une grosse religieuse antipathique et du fils du Comte, à qui ce dernier veut la marier. Sauf qu’Olympe n’a pas du tout l’intention de se soumettre à ce mariage forcé ! Alors, lorsque la berline est attaquée par deux brigands, la jeune fille en profite pour s’enfuir.

Elle court à travers la forêt, au péril de sa vie. Elle y fera de vilaines rencontres – allant jusqu’à se faire accuser de sorcellerie – mais aussi de belles rencontres comme celle du capitaine Décembre, un ancien soldat borgne au mystérieux passé accompagné de son fidèle compagnon Oost, un brave garçon un peu pataud, qui fut enrôlé de force sur un navire marchand à dix-sept ans et a fini par s’enfuir.

Cette drôle d’équipe va faire route vers le château de Roquedor et tenir tête à des soldats bien entraînés jusqu’à tenter de révéler au grand jour la vérité sur Saint-Mesme et récupérer l’héritage d’Olympe.

Malgré l’humour et les illustrations à l’aquarelle en noir et blanc de François Place, j’ai eu beaucoup de mal à entrer dans l’histoire au tout début. Peut-être à cause de l’époque ? Du vocabulaire ? J’avoue que cette lecture m’a fait sortir de ma zone de confort. Heureusement, les personnages sont hauts en couleurs et les dialogues plutôt savoureux ; quant à Olympe, elle est formidable.

Un roman de cape et d’épée féministe, au rythme soutenu et ponctué de nombreux rebondissements au centre duquel Olympe rayonne ; sportive, déterminée et indépendante, elle détonne. Ce roman c’est surtout la revanche des faibles et des isolés, la revanche des marginaux, dont l’union fait la force.

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Amber Lee Dodd – La 13e maison des Bradley ***

Auzou – 2021 – 336 pages

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À douze ans, Noah Bradley a déjà connu douze déménagements. La famille Bradley passe son temps à changer de maison, changer de ville, voire de pays. Pourquoi ça ? La famille Bradley est maudite… En effet, une terrible malédiction les poursuit depuis des siècles, les obligeant à s’enfuir, sans trêve.

Noah a accepté cette réalité – ce quotidien instable et angoissant fait partie de lui. Il s’est plié à respecter les règles de survie : Ne jamais parler de la malédiction à qui que ce soit – Ne jamais oublier l’existence de la malédiction – Ne jamais s’attacher à l’endroit où l’on vit. Il a enfin appris à reconnaître les mauvais signes : chats noirs, phénomènes météorologiques étranges, soudaine apparition du nombre treize, miroirs brisés… Et le plus dangereux : les oiseaux des pôles.

Avant que son père ne parte en mission à l’autre bout du monde pour le travail, Noah lui promet de respecter chacune des règles et de faire attention aux signes.

Sauf que cette fois ci, c’est différent… Noah aime sa vie dans son nouveau quartier, ses copains au collège, sa nouvelle maison. Il ne veut plus partir. Alors, malgré tous les signes qui s’accumulent et auraient dû l’alerter, il n’en dit rien à sa mère et met sa famille peu à peu en danger en brisant chacune des règles.

La 13ème maison des Bradley est un roman surnaturel absolument addictif. C’est une lecture que j’ai dévorée avec un grand plaisir et qui réunit tous les ingrédients : une intrigue qui tient la route, une bonne dose de rebondissements et de surnaturel et juste assez de suspenses pour tenir en haleine jusqu’aux derniers mots.

Pascal Ruter – Le Talent d’Achille ****

Didier Jeunesse – 2021 – 288 pages

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Achille Pâté est un vrai cancre. Il préfère passer son temps à rêver de Suzanne, plutôt que de suivre ses cours et de réviser. Il partage son temps libre entre deux matchs de foot ratés et ses visites régulières à son voisin M. Finckel, un petit vieux à qui il fait les courses et à qui il tient compagnie. Le soir, Achille regarde des films de Marilyn Monroe avec sa mère.

Puni d’une heure de colle par sa prof de français, Achille se retrouve au CDI, un lieu qu’il ne fréquente jamais. Il va y faire la rencontre d’un certain Verlaine. Et trouver ainsi un moyen de conquérir la belle Suzanne et ses libellules dans les cheveux.

Un roman absolument délicieux qui nous raconte avec justesse et humour la rencontre entre un adolescent et la poésie ; le quotidien d’Achille va être littéralement chamboulé par sa découverte de la poésie. Car, si au début la poésie n’est qu’un moyen pour Achille de séduire Suzanne, il va se retrouver complètement happé par les mots et leur magie.

Une écriture savoureuse et drôle. Achille, est un anti-héros qui se révèle très vite attachant.

Les personnages secondaires sont tout aussi réussis ; M. Finckel avec son infernal caractère et le mystère qui entoure son passé, l’équipe de foot qui se met à déclamer du Verlaine et du Baudelaire pour se redonner des forces, Suzanne et sa personnalité torturée.

Le style est vraiment cocasse : j’ai eu le sourire aux lèvres pendant toute ma lecture, quand je n’avais pas la larme à l’œil. Un roman intelligent, poétique et drôle qui aborde l’absence d’un père, l’amour, la poésie, la vieillesse de façon si juste ! Une vraie réussite, et tous ces poèmes qui ponctuent l’intrigue sont un vrai régal pour l’âme.

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Sophie de Mullenheim – Léon et Gustave. Au coeur de la mine **

Fleurus – 2021 – 224 pages

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Nous sommes en juin 1888 dans le nord de la France. La tour Eiffel est en pleine construction. Dans quelques semaines, Léon aura passé son certificat de fin d’études. Il a douze ans et son père n’attend plus qu’une chose : qu’il travaille à ses côtés à la mine de charbon afin de pouvoir apporter un deuxième salaire à la famille. Les études pour lui n’ont aucune valeur.

Sauf que Léon, lui, n’a pas les mêmes projets… Il rêve de devenir apprenti dans les ateliers de Gustave Eiffel. Il dévore romans et journaux et il suit notamment avec assiduité les épisodes de la construction de la tour Eiffel.

Les parents de Léon le mettent en face d’un dilemme : soit Léon accepte de travailler à la mine après avoir passé son certificat de fin d’études, soit il accepte de vendre sa jument Cachou, sa meilleure amie, à la mine, permettant ainsi de rapporter le salaire manquant.

Léon et Gustave est un roman d’aventure qui se lit d’une traite, nous offrant un voyage au cœur d’une mine de charbon, à la fin du XIXème siècle. C’est un roman historique plein de rebondissements, à l’écriture fluide. C’est une histoire d’amitié aussi. C’est un roman qui m’est apparu plein de bons sentiments ; peut-être un peu trop à mon goût ! Mais sa simplicité m’a finalement charmée. C’est une lecture facile avec un jeune héros au destin tout tracé qui reste animé par le rêve de s’en sortir – on se prend d’affection pour cet enfant tiraillé entre son rêve et son devoir envers sa famille – leur extrême pauvreté qui les condamne à n’avoir d’autre avenir que la mine.

Florence Cadier – Né coupable ***

Talents Hauts – 2020 – 160 pages

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Nous sommes en 1944 en Caroline du Sud. Pendant qu’en Europe, la fin du conflit mondial approche, dans cette région des États-Unis, la ségrégation bat son plein. George Stinney est un afro-américain de quatorze ans plutôt insouciant. Jusqu’à ce qu’il soit violemment arrêté par le shérif et accusé d’avoir tué deux fillettes blanches. Le garçon reconnaît les avoir croisées quelques heures avant leur disparition : aux yeux du shérif et de la population, il devient le coupable parfait

Né coupable est une lecture absolument glaçante ; une lecture qui s’inspire, hélas, d’une histoire vraie. George Stinney a vraiment existé et son procès demeure le plus expéditif et le plus scandaleux du XXe siècle.

La couverture révèle d’emblée l’issue fatale de l’histoire ; George est le mineur le plus jeune à avoir été soumis à la chaise électrique.

Dans ce court roman, Florence Cadier retrace les trois mois qui suivent l’arrestation du jeune garçon et sa condamnation. Jusqu’à son exécution. Les mots de l’autrice tentent de transmettre l’impuissance du garçon, et de sa famille qui cherche à prouver son innocence.

Un style simple qui rend compte de la violence de cette histoire – l’injustice, le racisme primitif. En toile de fond, la trame historique de la fin de la guerre. Né coupable est un livre qui m’a complètement bouleversée.

Rachel Corenblit – Les enfants du Lutetia ***

Editions du Mercredi – 2021 – 136 pages

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Cela fait 3 ans que Léopold vit chez Juliette, la meilleure amie de sa mère. Il y a 3 ans, ses parents sont partis, laissant un enfant de neuf ans bouillonnant de rage. « C’est là que je me suis dit que ne pleurerai plus jamais. » Du jour au lendemain, Léopold est devenu le neveu de Juliette.

Aujourd’hui, nous sommes en mai 1945 et la guerre est finie. Le Général de Gaulle arrive. L’humeur est à la fête. Juliette et Léopold attendent le retour des parents ; leur réapparition. Ils font leur valise et sautent dans le premier train pour Paris. Ils ont entendu dire que les rescapés des camps de concentration atterrissaient tous à l’hôtel Lutetia.

Ils se mettent donc à passer leurs journées au Lutetia. Léopold reste sans voix devant les murs recouvert de photos des disparus ; puis ils en voit revenir, par vagues : les rescapés – les survivants, les fantômes, livides, hagards. Léopold semble jusqu’à présent avoir été protégé de l’abominable vérité. Il va la découvrir, petit à petit, notamment à travers ses échanges avec d’autres enfants qui attendent eux aussi des membres de leur famille : Marie-Antoinette, fille de magiciens, André, l’américain qui dit toujours « merde » et qui a des doigts d’or… Et Michel, dont la mère fut arrêtée en pleine rue. Ces enfants de disparus vont passer leurs journées ensemble au Lutetia, entre attente interminable, angoisse et confidences. Ils se partagent leur histoire, leur espoir et leur désespoir.

Les Enfants du Lutetia est un roman court et percutant, écrit à la première personne ; c’est le Je de Léopold, le Je d’un enfant qui prend conscience d’une des pires atrocités du monde. L’écriture de Rachel Corenblit est implacable. L’autrice nous offre un roman profondément humain, entre espoir et noirceur, qui se lit d’une traite, le cœur battant.

Bernardine Evaristo – Fille, femme, autre ***

Pocket – 2021 – 576 pages

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Un roman polyphonique dans lequel Bernardine Evaristo donne la voix à douze femmes. La plus jeune a dix-neuf ans, la plus âgée en a quatre vingt treize. Ce sont douze femmes puissantes, ivres de liberté, combattantes. En proie aux blessures causées par les hommes et le patriarcat. Chacune de ces femmes est en quête d’une identité, d’un avenir, d’une place dans le monde. Toutes sont liées, d’une façon ou d’une autre, les unes aux autres.

Un roman dense et atypique, où les phrases s’écoulent sans ponctuation ni majuscules. Aucune règle de ponctuation n’est respectée – un style libre, à l’image de ces femmes qui se libèrent de leurs entraves, de leurs liens. ❤️