Claire Fuller – L’été des oranges amères ****

Le Livre de Poche – juin 2022 – 384 pages

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Été 1969. Frances Jellico a trente neuf ans. Sa mère, femme acariâtre et tyrannique, dont elle s’est occupée toute sa vie, est morte. Elle est missionnée pour faire l’état des lieux du domaine de Lyntons, au coeur de la campagne anglaise. Un domaine qui tombe en ruines, laissé à l’abandon depuis plusieurs années.

Frances y rencontre Cara et Peter, un couple aussi séduisant que mystérieux, qui semble tout de suite l’adopter comme amie. Mais des événements curieux surviennent au fil des jours : une souris morte sur le rebord d’une fenêtre, des bruits dans la nuit, un oreiller dans la baignoire… Et Frances découvre un judas dans le plancher de sa salle de bain, sous une latte. À travers l’œilleton, elle peut observer la salle de bain du couple…

Frances devient le réceptacle des confessions et confidences du couple. Au fur et à mesure que Cara se confie à Frances, le passé tourmenté de la jeune femme surgit, entre mensonges et vérité.

L’été des oranges amères est un roman que j’ai lu d’une traite et qui m’a littéralement bouleversée ; je l’ai terminé en larmes. Je me suis laissée happer par l’écriture de Claire Fuller et son scénario si bien ficelé. Un thriller implacable !

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Joachim Schnerf – Le Cabaret des mémoires ****

Grasset – 24 août 2022 – 140 pages

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Un roman qui se déroule le temps d’une nuit. Une nuit, durant laquelle Samuel ne trouve pas le sommeil. Une nuit de mémoire et d’insomnie. En attendant le retour de sa femme et de son fils de la maternité. Une dernière nuit avant le grand plongeon dans une nouvelle vie.

Samuel se souvient de Rosa, sa grande-tante qu’il n’a jamais vraiment connu mais dont l’histoire a hanté son enfance et le hante encore aujourd’hui. Rosa, la dernière rescapée des camps encore vivante. Après elle, il n’y aura plus personne pour témoigner de l’horreur de vive voix.

Rosa qui traversa l’Atlantique pour arriver au coeur du désert texan et y établir son cabaret, loin de l’enfer des camp, loin du passé douloureux. Chaque soir, elle monte sur scène et raconte son histoire, mise à distance par le rire.

« Quand demain reviendra la lumière… » Cette phrase comme une lancinante mélopée va revenir tout au long du roman pour scander cette nuit de souvenirs. Cette nuit durant laquelle un homme se retrouve au seuil de la paternité.

Dans l’obscurité, Samuel se souvient de son enfance avec sa sœur et son cousin ; leurs jeux pour se raconter encore et encore l’histoire de Rosa, et la retrouver dans l’Ouest, dans leur désert imaginaire. L’obscurité, si propice aux résurgences ; l’obscurité qui est aussi celle du passé en souffrance.

Le Cabaret des mémoires est un roman sur la transmission ; comment devenir père quand le passé familial hante à ce point ; comment transmettre l’innommable ? « Peut-être ne suis-je pas prêt. À être père et à partager ce spectre qui me pourchasse depuis toujours. »

Un roman envoûtant et bouleversant sur la mémoire traumatique, la nécessaire transmission, mais aussi sur le pouvoir de la fiction – je ne suis pas prête d’oublier Rosa et son cabaret… C’est également un portrait de femme incroyable porté par une écriture poétique et lumineuse.

« Un vertige générationnel, comme lorsqu’on perd sa mère et, avec elle, le secret de notre essence. Qui sommes-nous quand les aînés ne sont plus là pour désigner le passé ? »

Michael McDowell – Blackwater T1 : La Crue ***

Monsieur Toussaint Louverture – 2022 – 260 pages

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Nous sommes à Perdido, une petite ville du sud de l’Alabama, en 1919. Les Caskey, une riche famille de propriétaires, doivent faire face aux dégâts causés par une crue monstrueuse. Ils vont devoir remettre à flot leur scierie, touchée de plein fouet.

Dans la famille Caskey, il y a Mary-Love, la matriarche au tempérament tempétueux et acariâtre, ses enfants Oscar et Sister. Il y a James, leur oncle, et Grâce sa fille. Dont Geneviève, la mère, colérique et alcoolique, n’est jamais là.

En sondant la ville inondée, Oscar et Bray découvrent une jeune femme aux cheveux roux ; des cheveux qui ont la couleur de la boue de la rivière Perdido… Elle aurait passé quatre jours dans une chambre d’hôtel, sans boire ni manger. La valise contenant ses papiers d’identité est introuvable. Elinor Dammert. Si Mary-Love, la matriarche, se méfie d’elle immédiatement, ce n’est pas le cas de son fils Oscar qui tombe sous son charme, et de son beau-frère James qui accueille Elinor chez lui.

L’écriture est magnétique et l’intrigue fascinante. Cette jeune femme qui apparaît mystérieusement dans une chambre d’hôtel et ne semble avoir jamais entendu l’appel à évacuer. Apparue en même temps que la crue, elle semble être une créature de la crue.

Le premier tome d’une saga qui fait beaucoup parler d’elle en ce moment ; et je n’ai pu y résister très longtemps. Ne serait-ce que la beauté des couvertures ! Je me suis procurée d’un coup les trois premiers tomes. Si ce premier tome n’est pas un coup de coeur, il a quand même pas mal éveillé ma curiosité… Le style gothique, l’apparition du surnaturel, les failles de cette famille… L’ambiance et le décor si bien planté. Tout me plaît.

A l’heure où je publie ma chronique, j’ai dévoré les deux tomes suivants et ça y est je suis accro !