Nelly Alard – Moment d’un couple ***

Folio – 2015 – 416 pages

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Juliette est en couple avec Olivier, ils ont deux enfants. Juliette a la quarantaine et elle file une petite vie tranquille, jusqu’au jour où Olivier l’appelle et lui apprend qu’il a une liaison. Un petit coup de fil de cinq minutes et sa vie bascule.

A travers ce roman au rythme soutenu, Nelly Alard dissèque le couple et l’après-trahison : comment survivre à une trahison amoureuse ? Un roman implacable, écrit avec brio – à la fois dramatique et comique, voire pathétique – qui nous plonge au coeur de l’intimité d’un couple et de ses failles.

Moment d’un couple est une lecture qui se révèle addictive, mêlant féminisme et contradictions humaines et amoureuses. Pourquoi existerait-il une seule façon de réagir à une trahison ?

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« Car de même que les gens ont une idée très précise de la manière dont se comporte une femme violée, se dit-elle, les gens ont aussi une idée très précise de la manière dont doit se comporter une femme trompée, de ce qu’elle peut ou ne peut pas supporter, de ce qu’elle doit ou ne doit pas accepter… »

Lisa Balavoine – Ceux qui s’aiment se laissent partir ****

Gallimard – avril 2022 – 167 pages

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Dans ce roman au titre si poétique, Lisa Balavoine nous raconte sa mère. À l’annonce de sa mort, l’autrice se souvient de cette femme qui était sa mère. L’enfance et l’amour fou pour cette mère solitaire et instable, un peu folle, qui ne tient pas en place – éprouvant le besoin de déménager très fréquemment. Cette femme seule, impulsive, qui écoute en boucle des chansons d’amour tristes et qui rêve du grand amour. Cette femme, cette mère avec ses failles qu’elle va quitter à l’âge adulte pour survivre. Elle deviendra peu de temps après mère à son tour, pensant, à tort, se défaire de son emprise, de ses blessures. Mais les souvenirs ne cesseront jamais de rattraper l’enfant en elle.

Dès les premiers mots, j’ai été emportée par la beauté de l’écriture, sa justesse. Les mots de Lisa Balavoine font mouche, ils percutent le coeur. La métaphore de la tortue et de sa carapace qui revient comme un lancinant refrain

Ceux qui s’aiment se laissent partir est un roman bouleversant sur la transmission, la filiation. Une déclaration d’amour pour cette femme qui était sa mère et qui est demeurée une énigme, insaisissable.

Cassandre Lambert – L’Antidote mortel ***

Didier Jeunesse – 2021 – 544 pages

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L’Antidote mortel est un roman choral dense, où 3 personnages prennent la parole à tour de rôle au fil des chapitres.

Whisper, une princesse qui aura bientôt 18 ans et que personne n’est autorisé à voir. Enfermée au château, elle ne voit que son père le tyran – et son obsession morbide de la cacher aux yeux du monde – et sa gouvernante qui lui apprend à se comporter comme une princesse. Sa mère est mourante… Depuis le jour de sa naissance. Lorsque son père lui annonce qu’il compte la marier de force le jour de ses 18 ans, Whisper s’enfuit.

Eden, une orpheline hantée par son passé et qui ne vit que pour accomplir sa vengeance

Jadis, un jeune paysan au physique singulier qui a un don incroyable… Il parvient à s’attirer la sympathie des animaux, à entrer en communion/communication avec eux. Sa tante lui confie une fiole mystérieuse qu’il est censé apporter en personne à la reine pour la guérir de ses maux…

Ces 3 personnages partent en quête de quelque chose, ils quittent la vie qu’ils ont toujours connu. Et ils ont chacun un secret

Un roman décapant, au rythme intense – un roman d’aventure et d’initiation qui se dévore. Les personnages sont attachants ; l’écriture est fluide et l’intrigue rondement menée. La lecture devient vite addictive ! Merci à Mes première 68 de m’avoir fait découvrir cette jolie pépite qui flirte avec le surnaturel, je serais sinon passée à côté.

Anna Hope – La Salle de bal ****

Folio – 2017 – 448 pages

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Yorkshire, Hiver 1911. Ella Fay se retrouve internée brutalement à l’asile de Sharston. Le matin même elle était encore à la filature dans laquelle elle travaillait depuis l’enfance. Sur un coup de sang, un coup de tête, Ella jette une bobine vide sur la vitre opaque derrière laquelle elle travaille – qui la coupe du monde, qui l’opresse – qui se brise.

Chaque vendredi soir, dans cet asile de malheur, a lieu un bal. Dans une immense salle de bal, joue l’orchestre du docteur Fuller, qui observe ses patients valser. Seuls ceux qui se sont bien comportés durant la semaine ont le droit d’y aller. C’est durant ce bal qu’Ella rencontre John, dont elle tombe amoureuse.

A l’asile, elle se lie avec Clem, une jeune femme tourmentée et vive, qui a toujours un livre à la main et cite Emily Dickinson à tout bout de champ. Clem et ses traces sur les poignets, son histoire qu’elle finira par lui confier.

La Salle de bal est un roman qui m’a coupé le souffle et que j’ai terminé en larmes. Une histoire d’amour, mais pas que : c’est un roman qui met en lumière un épisode de l’Histoire que je méconnaissais, l’eugénisme. Ça fait froid dans le dos. Un roman bouleversant aux qualités historiques indéniables ; un hommage d’Anna Hope à son arrière-arrière grand-père.