Aimee Bender – Un papillon, un scarabée, une rose ***

Editions de l’Olivier – 2021 – 352 pages

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Francie n’a que huit ans lorsque la dépression de sa mère atteint son point culminant. Elle est obligée de la quitter pour aller vivre avec Tante Minn et Oncle Stan. Et leur bébé Vicky, qui vient tout juste de naître. Francie grandit dans la peur constante de la folie. Devenue adulte, elle tente de se souvenir de son enfance – elle veut comprendre et mettre des mots sur ce qu’il s’est passé.

Imagination et réalité s’entrechoquent, se confrontent à travers cette enfance traumatique : comme ce papillon décorant un abat-jour qu’elle retrouve dans un verre d’eau et avale, pour avoir une bestiole en elle. Comme ce dessin de scarabée qui se matérialise. Et comme cette rose séchée retrouvée sur le sol, comme tombée des rideaux ornés de roses. Autant de mystères. Imagination ? Folie ? Et si la vérité ne pouvait se dévoiler qu’à travers l’imagination ?

Un roman à la fois doux et cruel, dont j’ai beaucoup aimé le ton, l’atmosphère, les réflexions, les images – la métamorphose ; de l’inerte au vivant, d’un monde à l’autre. La tente de toile orange sur le balcon de Francie pour la réemergence des souvenirs. Cette bestiole à l’intérieur d’elle, symbole de la folie de sa propre mère.

Le roman d’Aimee Bender est une lecture d’une étrange beauté sur la folie, la filiation, la famille. ❤

Moka – Possession ***

école des loisirs – Collection Médium – Janvier 2022 – 188 pages

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Moka. Je me rappelle, adolescente, mes amours de lectures horrifiques. Chair de poule, Peur bleue… Et Moka. L’enfant des ombres. J’en garde de terribles souvenirs. Alors quand j’ai vu cette nouvelle parution, j’ai sauté dessus. Une fois commencée, je n’ai pu me défaire de cette lecture!

Au 24 rue de la Roue d’Abandon se trouve une curieuse demeure, qui ne passe pas inaperçue. La famille Vendôme y a emménagé, séduite par les lieux. Mais une nuit, leur fille Lutèce se jette du toit, sous les yeux de son petit frère Malo. Ce dernier devra rester deux mois en maison de repos, sous calmant, pour se remettre.

En rentrant de son séjour, Malo retrouve ses parents et sa sœur Clélia.Il se rend compte tout de suite que quelque chose ne tourne pas rond. Sa mère est étrange, constamment obsédée par l’entretien de la maison, elle ne sort plus et passe ses journées à ranger, trier, nettoyer. Quant à son père, il est devenu mutique, il passe de longues heures à fixer son écran d’ordinateur d’un regard vide. Clélia ne va plus à l’école, elle suit des cours sur Internet. Malo retrouve son smarphone au fond de la poubelle.

Mais le pire, ce sont les phénomènes étranges qui de déroulent dans sa chambre la nuit… Ce mur qui a un angle aigu… Ces murmures qui semblent l’inciter à sortir par la fenêtre…

Possession est un roman d’horreur sur une maison qui a décidé de dévorer ses habitants – un roman aux airs d’Amithyville. Frissons garantis pour cette lecture absolument addictive! Les personnages secondaires sont très attachants. Un roman d’horreur que j’ai trouvé très original, avec cette maison fantôme qui ne laisse plus ses habitants sortir – habile métaphore de ce monde de fous dans lequel nous avons plongé depuis 2 ans ?

Monica Sabolo – Summer ***

Le Livre de Poche – 2019 – 288 pages

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Un jour d’été. Un pique-nique au bord du lac Léman. Une partie de cache-cache. Summer Wassner disparaît. Elle a dix-neuf ans. Des cheveux blonds comme le soleil. Tout pour réussir – son avenir est tout tracé. La dernière image d’elle que Benjamin, son frère mutique et taiseux, gardera figée sur sa rétine sont ses longues jambes et son short en jean qui disparaissent dans les bois…

Summer est un roman énigmatique, à l’atmosphère à la fois glauque et magnétique – un savant mélange de thriller et de roman psychologique.

Monica Sabolo nous offre une plongée dans la psyché de cet homme qui, vingt cinq ans après la disparition de sa sœur, se souvient. L’écriture, aussi sublime que glaçante, nous saisit par la main et nous entraîne dans les méandres de sa mémoire, ses pensées et souvenirs tortueux.

Grâce aux séances chez son psychiatre, Benjamin parvient à extraire des bribes de souvenirs. L’on réalise bien vite que les secrets de cette famille sont aussi lourds que des cadavres s’enfonçant dans les profondeurs du lac… L’image du lac revient tout au long du roman – comme une entêtante ritournelle – un personnage à part entière qui ne cesse de fasciner Benjamin – il imagine les créatures qui s’y cachent, métaphores des pires secrets de famille. Je dévore les dernières pages en apnée.

« Qui s’évapore, dans ce monde? Cela n’arrive pas, ou seulement dans ces familles maudites, dont le membre le plus inoffensif (et insignifiant), à force d’imaginer le pire, et de projeter sur autrui l’ombre dont il est fait, finit par provoquer ce qu’il redoutait le plus au monde. Il a le pouvoir de créer les drames qui naissent dans son cerveau dérangé, ils s’échappent de lui de la même façon que le sang s’écoule du corps de sa sœur, sombre, intarissable. »