Anna Hope – Nos espérances ***

Editions Folio – 2021 – 400 pages

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Dans les années 90, elles sont jeunes. Hannah, Cate et Lissa – trois amies insouciantes, qui jonglent entres les cours à l’université, les soirées arrosées, les virées. Elles vivent en colocation dans une grande maison. Seul le présent compte.

Quinze ans plus tard, 2010. Elles ont 35 ans. Les aléas, les soucis de la vie adulte se sont immiscés en elles, entre elles.

Hannah et son mariage avec Nathan, qui semble parfait, que tous envient… Mais il y a ce désir d’enfant qui les ronge lentement ; après une énième FIV, leur couple se met à battre de l’aile.

Cate et sa dépression post-partum. Le manque de sommeil qui devient destructeur. Cette maternité qu’elle vit mal, depuis son accouchement dont elle ne parvient à faire le deuil. Tom, son fils, qu’elle allaite, qui la réveille toutes les nuits. Son mari Sam, qu’elle ne touche plus.

Et Lissa, devenue actrice en mal de carrière. Lissa l’indépendante. Qui ne veut pas d’enfant. Qui n’a jamais vraiment guérit de ses blessures d’enfant délaissée par sa propre mère.

Elles ne pensaient pas devenir ces femmes. Où est passée leur insouciance ? Où sont passés leurs idéaux ? Leur liberté d’être ? Leurs rêves ? …

Nos Espérances est un roman à l’écriture somptueuse ; l’autrice opère de subtils allers retours dans le passé et le présent, afin de donner plus d’épaisseur et de réalisme à ses personnages féminins, violemment mises à nue, dont je me suis sentie profondément proche, auxquelles je me suis identifiée. La réalité les rattrape, sans qu’elles ne puissent rien y faire. L’atmosphère du roman, douce amère, m’a immédiatement harponnée, émue. Beaucoup de vérités sont évoquées avec une effroyable justesse. C’était mon premier roman de l’autrice, je compte bien lire tous les autres !

Kiran Millwood Hargrave – Les Graciées ***

Editions Pocket – 2021 – 448 pages

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« La tempête arrive en un claquement de doigts. C’est ainsi qu’ils en parleront, des mois, des années après, quand cela aura cessé de n’être qu’une douleur derrière les yeux et une boule dans la gorge. Quand ils pourront enfin raconter. Mais même à ce moment là, les mots ne diront pas comment les choses se sont réellement passées. »

Norvège, 1617. La veille de Noël, une tempête fait rage sur la petite île de Vardo et les femmes perdent tous leurs hommes en une nuit, en une excursion de pêche… 40 hommes disparaissent ; avalés par la mer déchaînée. Les femmes, figées dans leur chagrin, n’y comprennent rien. Une tempête survenue d’un coup, une baleine aperçue au loin. Dans une contrée aussi isolée et dépeuplée, c’est un véritable drame.

Toril, Mamma, Kirsten, Edne, Maren, Diinna… Ces femmes se retrouvent brusquement livrées à elles-mêmes ; liées par la perte – d’un frère, d’un mari, d’un fils ou d’un père – elles vont devoir s’entraider. Certaines reprennent en charge la pêche, pour ne pas mourir de faim.

Un an plus tard, leur est envoyé un délégué, un homme de Dieu – Absalom, accompagné de sa femme Ursa, qui a toujours vécu dans le confort. Cet homme est surtout chargé de veiller à ce que les rites lapons soient éradiqués, à ce que l’église soit fréquentée avec assiduité… Les accusations de sorcellerie tombent. Les divisions s’opèrent lentement entre les femmes. La chasse aux sorcières commence.

Les Graciées est un roman fascinant, qui possède une belle écriture et une atmosphère terriblement bien rendue – cette austérité, ce froid qui prend aux tripes. J’ai aimé cette lecture venue du Grand Nord. Cette histoire d’amour inattendue. Un roman historique et féministe qui m’a bouleversée.

Julien Dufresne-Lamy – Mon père, ma mère, mes tremblements de terre ***

Harper Collins Poche – 2021 – 192 pages

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« Allongé sur son lit de métal, mon père est parti enrubanné, comme une vieille boursouflée de Saint-Tropez. »

Charlie, 15 ans, est dans une salle d’attente avec sa mère. Ils attendent qu’Alice sorte du bloc opératoire. Alice ? C’est son père. Son père, qui sera désormais Elle.

Le tremblement de terre qui a ébranlé sa famille. Cela remonte à deux ans ; son annonce. Les larmes. L’incompréhension. La haine. Le mélange des émotions et sentiments qui bouillonnent en lui, tout jeune ado qu’il est. Pendant l’attente, Charlie se remémore les dernières années. Les derniers mois. Les souvenirs se bousculent dans sa mémoire pendant ces 4 heures d’attente avant la rencontre avec Alice.

Un roman sur le vif, bouleversant et incroyable sur la transidentité, sur la famille. Une plume émouvante et juste. Une lecture que je ne suis pas prête d’oublier.

Gabrielle Filteau-Chiba – Encabanée ***

Folio – 6 janvier 2022 – 109 pages

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« Ma vie reprend du sens dans ma forêt. »

Lassée de l’aliénation citadine, Anouk prend la tangente. Elle abandonne son appartement de Montréal et trouve refuge dans une cabane isolée dans la région de Kamouraska – une région sauvage et désertée de toute présence humaine… L’hiver arrive ; moins 40 degrés dehors. La survie en autarcie commence, avec pour seules munitions des poèmes, de quoi faire du feu, l’écriture de son journal, les parties de solitaire.

Le temps d’une semaine, l’autrice nous offre une plongée fulgurante dans ce quotidien encabané, à la recherche d’un sens à donner à la vie. Jusqu’à la rencontre avec un inconnu aux cheveux noirs corbeau.

Une lecture surprenante et saisissante ; j’ai aimé la beauté de la langue ; sa poésie brute et son ironie. Cette immersion sauvage avec l’ombre de Thoreau qui plane.

Adrienne Brodeur – Festin sauvage ***

Le Livre de Poche – 2021 – 360 pages

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Rennie n’a que quatorze ans lorsque sa mère décide de la prendre pour confidente de son amour illicite pour Ben Souther. C’est l’été au Cape Cod, la chaleur est écrasante. « Rennie, réveille-toi… Ben Souther vient de m’embrasser. » Sa vie ne sera plus jamais la même. Elle grandit avec ce mensonge qui la lie à sa mère. Elle cesse d’être la fille de Malabar pour devenir sa conspiratrice et sa plus intime confidente. Sa meilleure amie… Elle devient complice de la trahison de sa mère et ne prendra conscience de l’ampleur des répercussions sur sa vie que bien plus tard.

Festin sauvage est un roman implacable et profondément intelligent. Un texte émouvant et viscéral sur une relation mère-fille hors norme. À travers ce roman qui s’inspire de sa vie, Adrienne Brodeur brosse le portrait d’une adolescente qui devient femme, qui se construit en tant que femme à partir de cette relation si spéciale avec sa mère – une mère qui prend toute la place, une mère dévorante.