Bilan littéraire – Coups de coeur – 2021

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J’ai failli ne pas le faire, par manque de temps, par épuisement… Et puis finalement, je prends quelques minutes une fois que les enfants sont couchés pour écrire quelques mots sur cette année de lectures qui vient de s’écouler.

L’année 2021 aura été riche en émotions – façon montagnes russes. Elle m’a donné un fils. Elle a été douce mais aussi bien amère. Elle m’a apporté épuisement et épreuves. Elle m’a repris un être cher aussi. Je ne suis pas mécontente qu’elle se termine.

En 2021 si je n’ai pas sombré, c’est grâce à la lecture. Aux livres. À cette poignée de minutes le soir que je m’accorde toujours. Pour recharger les batteries. Voyager. Exister ailleurs.

68 livres m’ont accompagnée cette année. En 2020, j’en lisais 129.

De ces lectures, je retiendrai cette petite pile de 6 romans. 6 romans uniques et singuliers, que je relirai certainement. Leur titre à eux-seuls invitent au voyage, à la poésie (cliquez sur les titres pour retrouver les chroniques) :

Je vous souhaite une belle année 2022 – allez, elle sera forcément meilleure !

Colum McCann – Apeirogon ***

Editions 10-18 – 2021 – 648 pages

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Bethléem. Cisjordanie. Une amitié extra-ordinaire, entre un père palestinien et un père israélien, qui se rencontrent lors d’une réunion de Combattants pour la paix. Tous les deux ont perdu une fille dans des circonstances dramatiques : tirs en pleine rue, attentat. Amitié la plus improbable qui soit.

Un roman à la narration éclatée. Une succession de courts chapitres, parfois juste une phrase. On passe du coq à l’âne. Comme une recherche de sens infinie. Multitude d’informations qui nous assaillent comme une nuée d’oiseaux.

Isabelle Pandazopoulos – Demandez-leur la lune ***

Gallimard Jeunesse – 2020 – 352 pages

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Ils sont quatre. Quatre lycéens décrocheurs. Élèves en lycée pro, on leur propose un cours de soutien, deux fois par semaine avec Agathe Fortin, une prof de Français pas comme les autres qui va leur faire travailler l’oral et les inscrire à un concours d’éloquence

À travers les mots, Lilou, Bastien, Samantha et Farouk vont peu à peu se révéler, faire tomber le voile. Se révéler aux autres mais surtout à eux-mêmes – leurs blessures, leurs doutes. Lilou et le secret qui entoure la disparition de son frère Kylian. Samantha et le secret douloureux de sa mère, différente – leur vie miséreuse dans un mobil home.

Les masques tombent. Les adolescents découvrent le pouvoir des mots. Des mots qui ont le pouvoir de détruire ou de panser les blessures. Bastien et la pression de ses parents, qui veulent qu’il intègre l’entreprise familiale et quitte le lycée où tout le monde le juge mauvais de toute façon. Et Farouk, l’étranger, originaire de Turquie, qui semble en permanence vivre avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête.

Demandez-leur la lune est un roman qui prend aux tripes, qui secoue ; c’est émouvant et authentique. L’écriture est poétique et fascinante. L’autrice décrit avec talent les émotions qui agitent les entrailles de l’adolescence.

Tracy Chevalier – La Brodeuse de Winchester ***

Folio – novembre 2021 – 400 pages

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Winchester, 1932. Violet Speedwell a 38 ans ; elle fait partie de ces millions de femmes restées célibataires après la fin de la Grande guerre – ces « femmes excédentaires ». Grande guerre qui lui a arraché son frère aîné George et son fiancé Laurence.

À la mort de son père, Violet fuit sa mère acariâtre et s’installe seule à Winchester. Mais être une femme seule en 1932 n’est pas bien vu. Les hommes la regardent avec curiosité ; les femmes avec mépris. Elle découvre par hasard le cercle des brodeuses de la cathédrale de Winchester. Elle y trouvera amitié et soutien, auprès notamment de Gilda Hill, qui lui fait connaître Arthur, le sonneur de cloches, dont elle s’éprend.

La Brodeuse de Winchester est un roman puissant et émouvant, à l’humour subtil ; je me suis laissée emportée par l’écriture délicate de Tracy Chevalier et j’ai fait connaissance avec Violet, une femme qui s’affirme contre cette société patriarcale oppressante qui veut qu’une femme ne soit rien sans un homme. Un vrai bonheur de lecture.

Rachel Corenblit – Un peu plus près des étoiles ***

Bayard Jeunesse – 2019 – 248 pages

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L’adolescent qui prend la parole dans ce roman en a marre. Son père, médecin généraliste, change de poste tellement souvent qu’ils sont obligés de déménager à chaque fois. Ils bougent de ville en ville, parfois le gamin ne peut même pas terminer une année scolaire dans le même établissement. De tous ces déménagements, il n’en peut plus.

Pour cet énième déménagement, Rémi et son père se retrouvent logés dans un centre de repos pour les grands brûlés, les accidentés, les amputés, ceux qui viennent de subir une chirurgie réparatrice.

Rémi est un ado solitaire, qui trouve du réconfort en écoutant des cassettes de chansons des années 80 avec le vieux walkman que lui a donné sa grand-mère. Ces cassettes ont été enregistrées par sa mère, qui était ado à l’époque. Sa mère, dont l’absence est devenue une habitude dont il s’est accommodée.

Dans ce centre de repos, il fait la connaissance d’un groupe d’enfants et adolescents défigurés. Petit à petit, une amitié hors du commun va se nouer entre Rémi et ces gueules cassées. Il y a Sara, cynique à souhait, avec ses grands yeux bleus au milieu d’un visage dévasté ; Adonis, l’éternel gentil…

Un peu plus près des étoiles est un roman poétique, sans pathos. Si on début, je commence ce roman sur mes gardes, un peu dubitative, je suis vite rattrapée par l’émotion ; elle est brute, elle monte crescendo. Quant à l’écriture de Rachel Corenblit, que je découvre, elle est saisissante. Chaque chapitre porte le titre d’une chanson. Un roman musical sur la folie et la différence, la beauté et la laideur, qui prend aux tripes.

Nathalie Bernard & Frédéric Portalet – D.O.G ***

Editions Thierry Magnier – 2020 – 320 pages

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Valérie Lavigne est lieutenant-détective au SPVM, la police de Montréal ; elle dirige la section des disparitions de mineurs et enquête actuellement sur deux disparitions d’adolescents. Un soir, son patron l’appelle et lui demande de venir immédiatement ; une affaire vieille quelques dizaines d’années refait surface et touche la détective de plein fouet…

Parallèlement, Alicia Lavoie, quatorze ans, disparaît dans une partie désaffectée du RESO, la fameuse ville souterraine de Montréal… Juste avant, l’adolescente aurait joué au fameux jeu en ligne à la mode : Days of Grace. Un jeu vidéo qui rend accro les adolescents en leur soumettant des défis de plus en plus dangereux.

Dès les premières pages, la tension est palpable et l’intrigue est habilement construite ; parallèlement à l’enquête du détective Lavigne nous vivons l’enlèvement d’Alicia heure après heure. Et puis il y a cette mystérieuse ado, dont la voix est retranscrite en italique. Dont la mère n’est jamais là et qui semble livrée à elle-même. Qui peut-elle bien être ?

D.O.G est un véritable page turner – on ne peut s’empêcher de tourner les pages à toute allure, pour découvrir la suite. Angoisse et suspense sont de mise. Les chapitres sont courts et bien écrits, ils se dévorent et le récit devient vite addictif. Une réussite !