Lucy Maud Montgomery – Anne de Green Gables ***

Monsieur Toussaint Louverture – 2020 – 384 pages

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C’est une enfant de onze ans qui attend sur le quai d’une gare ; deux longues tresses rousses, un visage parsemé de taches de rousseur, un petit menton pointu. Une lueur malicieuse dans des yeux gris. Et un vrai petit moulin à paroles qui a besoin de beaucoup de place pour laisser libre cours à son imagination.

Elle arrive de l’orphelinat par le train ; mais Matthew et Marilla n’y comprennent rien : c’est un garçon qu’ils attendaient. Un garçon pour les aider à Green Gables ! Que vont-ils bien pouvoir faire d’une fille ?!

Finalement, ils se prennent tant d’affection pour elle qu’ils décident de la garder. Anne et sa langue bien pendue, son imagination si débridée, son amour des arbres et de la nature, ses multiples cascades et erreurs. La fillette est si vivante et authentique – une vraie bonté d’âme ; si heureuse d’être adoptée par Marilla et Matthew. Très vite, elle se lie d’amitié avec Diana, qu’elle nomme son âme sœur.

Le roman de Lucy Maud Montgomery est tour à tour jubilatoire, enivrant, réjouissant. La beauté de l’écriture romanesque et poétique, emplie de lyrisme, m’a enchantée. C’est une lecture qui met du baume au cœur, à la fois drôle et savoureuse, émouvante sans jamais verser dans la niaiserie.

Tommy Orange – Ici n’est plus ici ***

Le Livre de Poche – mars 2021 – 352 pages

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Tony Loneman – le Drome – avec sa tronche de traviole, à cause de sa mère qui buvait comme un trou en étant enceinte. Tony Loneman qui n’est pas très fute fute et qui se retrouve un peu malgré lui dans l’organisation d’un braquage de Pow Wow….

Den Oxenden qui a 13 ans lorsque son oncle Lucas est en train de se tuer à l’alcool. C’est de lui que lui vient son idée de filmer des Indiens d’Oakland, racontant leur histoire.

Dans les années 70, Opale Viola Victoria Bear Shield et sa sœur Jacquie – elles passent un non Thanksgiving sur l’île d’Alcatraz, juste avant d’apprendre que leur mère se meurt d’un cancer.

Edwin Black qui passe ses journées devant son ordinateur, à surfer sur Internet, à s’empifrer. Un jour, il découvre qui est son père et apprend qu’il a des origines cheyennes.

Chaque chapitre met en lumière un personnage amérindien, originaire d’Oakland. Un Indien des villes. Une âme qui porte tant d’histoires en elle. Autant de visages pour raconter l’Indien et ses blessures.

Un roman où les destinées se croisent. Ce sont des femmes et des hommes – autochtones – alcooliques, désespérés. Meurtris. Qui vont tous se retrouver à l’occasion d’un grand Pow-Wow.

« Elle m’a dit que le monde était fait d’histoires et de rien d’autre. »

Julien Delmaire – Delta Blues **

Nous sommes en 1932, dans le delta du Mississippi. Nous ne sommes qu’au printemps mais déjà la chaleur est écrasante ; les récoltes de coton sont menacées. Un assassin sans visage se balade en toute liberté ; des croix brûlent dans la nuit, le Ku Klux Klan sème la terreur…

Au milieu de ce chaos, une constante : l’amour qui lie Steve à Betty. Il y a Bobby qui joue du blues à l’harmonica quand il ne fait pas le gigolo. La vieille sorcière Sapphira. L’esprit de Legba qui flâne dans les forêts. La haine, la racisme et l’injustice ordinaire qui veillent au grain.

Delta Blues est un roman dense et poétique doté d’une écriture travaillée et sensuelle autant que tranchante. C’est tragique et ironique, sombre et lumineux.