Kavita Daswani – Mariage à l’indienne ***

Le Livre de Poche – 2006 – 320 pages

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Née à Bombay, Anju part à New York à l’âge de 26 ans, ne trouvant toujours pas de mari, lassée par cette recherche inlassable et la pression familiale, le regard des autres. À New York, elle découvre la liberté, fait des études et trouve un travail dans la mode. Mais la jeune femme n’a pas oublié son rêve de mariage traditionnel et espère encore et toujours trouver un mari.

Anju se retrouve écartelée entre son envie de vivre à l’américaine, libre de toute entrave, et son désir de rester fidèle à ses racines indiennes, de ne pas décevoir ses parents.

Mariage à l’indienne est un roman émouvant et plein d’humour. Mais c’est surtout un portrait de femme authentique – une héroïne entière à laquelle on s’attache indéniablement.

« Mon pays me manquerait. Mais je devais trouver un moyen d’en partir de telle façon que je ne prenne pas le risque de rompre avec ma famille. Ce que je voulais faire de ma vie était important, mais la bénédiction de mes parents l’était plus encore. »

Léonor de Récondo – Revenir à toi ***

Grasset – 18 août 2021 – 180 pages

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Magdalena a quatorze ans lorsque sa mère disparaît. Un jour, au début du printemps, en revenant du collège, ces mots se coincent en travers de sa gorge – « Maman est partie ». Son absence lui coupe les jambes, la brise dans son bel élan.

Devenue adulte, devenue une comédienne reconnue, Magdalena apprend que sa mère est vivante – elle apprend où elle habite. Sans réfléchir, elle saute dans un train et laisse toute sa vie en plan. Tandis que le train file, les souvenirs défilent, déferlent en elle. Le chagrin de l’adolescente qu’elle était demeure intacte.

Magdalena se rappelle son adolescence ; la façon dont elle s’est jetée à corps perdu dans la peau d’Antigone, sur scène. Pour oublier. Pour se sentir libre – et non enchaînée à cet l’abandon. Elle se rappelle sa mère Apollonia et sa dépression, annihilant tout autour d’elle.

Un roman puissant. L’écriture poétique et ciselée de Léonor de Récondo nous fait lentement succomber à l’émotion.

Revenir à toi est un beau voyage poétique ; un voyage vers la mère perdue puis retrouvée. Un voyage dans le passé. Un texte violemment beau – une vibrante déclaration d’amour à cette mère qui l’a abandonnée un jour sans un mot.

Camille Brunel – Après nous, les animaux

Casterman – 2020 – 360 pages

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Nous sommes en 2086. Les humains ont été décimés. Eradiqué de la surface de la Terre. Un navire s’échoue au Yucatán avec à son bord des animaux réunis autour du cadavre de la dernière humaine… Trois taureaux, une vache, un lion, quatre chevaux, deux geais, cinq lycaons, trois pandas roux, deux chimpanzés, deux éléphants, une panthère et un python. Ensemble, ils entament un long périple à la recherche des humains disparus.

Un roman absolument original, extra-ordinaire, littéralement. Les personnages sont des animaux. Sur la terre mexicaine dévastée, nous suivons leur périple – leur survie. Les humains leur manque. Le texte nous transporte dans la psyché animalière grâce aux italiques – signalant les pensées fugaces qui traversent leurs têtes. Les mots du narrateur tentent de retranscrire leurs instincts, de traduire tout ce qui les traverse, tout ce qu’ils ressentent s’échanger de mots.

C’est bestial, sauvage, cru. Sanglant. Un monde animal impitoyable, composé d’instincts, d’appels de la chair.

Un roman étonnant, qui si situe à la frontière du roman d’anticipation et de la fable écologique – une fable animalière post-apocalyptique – qui se lit le ventre noué, partagé entre fascination et dégoût. Un récit qui ne vous laissera clairement pas indifférent – auquel on ne s’attend pas en littérature ado !

Nastasia Rugani – Je serai vivante ***

« Je suis morte sous le cerisier. »

Un dimanche d’avril, tout bascule. Trois mois après, la narratrice sent encore l’écorce du cerisier sur la peau de son dos. Ses racines qui lui écorchaient le dos pendant qu’il la violait.

« Vous ne me croyez pas puisque je respire. Seulement j’ai appris à faire semblant d’être en vie. J’ai appris cela lors de cet après-midi livide. »

Aujourd’hui, elle est face à un officier de police. Elle porte plainte, enfin. Elle revit, mot après mot, le supplice. Un supplice qui se joue du temps et de la chronologie. Les mots s’étranglent en elle face au mépris de l’homme.

Tout au long de ce court roman, elle s’adresse à l’officier. Le vous est percutant, cinglant.

La mort, elle la porte en elle depuis ce maudit dimanche d’avril. Le viol a agit depuis comme une affreuse métamorphose – de son corps, de sa vie. Une métamorphose de la nature aussi, complice du crime – cette Nature qui portera l’empreinte éternelle de sa mort. « La nature n’a rien fait. Le monde n’a rien modifié de sa beauté au-dehors. Et cette immobilité m’a tuée une nouvelle fois. » Enfin, une métamorphose du Temps, qui s’est vicieusement figé depuis ce matin d’avril – un Temps qui ne s’écoule plus normalement.

Dans une langue à la fois poétique et incisive, Nastasia Rugani nous offre un texte d’une puissance folle – des mots d’une puissance rare. La douleur éclate. L’étrangeté et le sauvage s’empare des mots ; laideur et sublime s’entremêlent dans un corps à corps qui nous saisit à la gorge et nous bouscule.

« Je ne suis plus frileuse. Je suis l’hiver. »

Adèle Bréau – L’odeur de la colle en pot ***

Le Livre de Poche – 2019 – 288 pages

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En 1990, Caroline a treize ans. Elle débarque dans son nouveau collège ; se lie tout de suite avec Vanessa.

Chez elle, rien ne va. Son père passe son temps à les fuir, sa mère à pleurer, sa petite sœur est une teigne qui joue encore aux poupées. Et son corps, qui change, qu’elle ne reconnaît plus. Ses humeurs, ses émotions. Et ces adultes qui ne comprennent rien à rien.

Heureusement, il y a Vanessa et le téléphone à cadran grâce auquel elles s’échangent confidences et scoops.

L’Odeur de la colle en pot est la chronique douce amère d’une ado des années 90. Adèle Bréau nous plonge dans cette époque avec brio. On s’attache à Caroline, sa vision du monde. Ses coups de blues et de coeur, ses espoirs. Sa vision du monde si ténue. Un roman au ton si juste que j’ai été happée de la première à la dernière page.

« C’est pourtant lors de l’un de ces atroces samedis matin que ma vie a réellement commencé. Disons que c’est comme ça que j’interprète ce moment, à la lueur de ce que j’ai vécu depuis, car rien de ce qui l’avait précédé n’avait la même saveur, le même parfum d’interdit. Oui, c’est sans doute à partir de ce jour-là que je me suis enfin délestée de l’enfance. »