Rémi Giordano – Malamour ***

Éditions Thierry Magnier – 2020 – 240 pages

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Dans la voiture qui l’éloigne de sa vie jusqu’à présent, Oscar fait défiler le film de la soirée qui a fait voler en éclat son monde. Du sang, une piscine, une fuite dans la forêt. Il lui en reste une odeur de sang dans les narines et un oeil tuméfié. Ses parents le déposent chez sa tante Penelope pour l’été.

Il se rend compte que sa tante est plus malade que ce qu’il pensait. Il fait connaissance avec les voisins, Margot et son sourire de manga, Jonas et ses tatouages. Il se plonge dans Le Parfum, découvre le destin de Jean-Baptiste Grenouille.

Au psy qu’il est obligé de voir tous les 2 jours, il raconte son histoire. À ses voisins, il raconte une autre version… Où est le mensonge? La vérité? Que s’est-il vraiment passé ce soir-là?

Et qui est vraiment Oscar? Ce garçon hypersensible aux odeurs. « Les parfums sont aussi puissants que les souvenirs. Ils sont des souvenirs. » Qui voit le monde sous le prisme de son odorat ; qui traduit le monde et les autres en effluves. Et lui, quelle odeur a-t-il? Celle du mensonge?

Un roman qui possède une belle âme. Beauté de ce roman qui m’a prise par surprise. C’est puissant, triste mais gorgé d’espoir.

Marion Brunet – Vanda ***

Le Livre de Poche – mars 2021 – 224 pages

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De Vanda, personne ne sait grand chose ; son passé demeure obscure. C’est une femme aux cheveux fous, aux tatouages hypnotiques, qui vit seule avec Noé son fils de six ans, dans un minuscule cabanon, au bord de la Méditerranée. Noé, alias Bulot, qui n’a jamais connu son père. Mère et fils vivent tous les deux en marge des autres, de la ville. Ils n’ont besoin de personne d’autre ; ils se suffisent à eux-mêmes.

« Toi et moi contre le reste du monde. »

Vanda est une vraie mère louve, sauvage, protectrice, possessive. Elle aime son fils à la folie. « Rien que son fils et elle, il n’y a que ça qui compte vraiment, au final. Son visage dans sa nuque, elle renifle son odeur comme une bête, se retient de le mordre. » Leur relation est fusionnelle.

Et puis un jour, Simon, le père de l’enfant, débarque dans leur vie après sept ans d’absence. Sept ans pendant lesquels il ne s’est jamais douté qu’il avait un fils. Le monde de Vanda s’apprête à voler en éclats.

Vanda m’a littéralement bouleversée. Cette femme éprise de liberté, solitaire, qui se fout du regard des autres, folle de son fils – prête à tout pour ne pas le perdre et dont la rage ne demande qu’à être libérée.

Marion Brunet nous offre à travers une écriture violemment poétique un saisissant portrait de femme et de mère ; quand la sphère intime se heurte à la violence de la société. L’émotion des dernières pages est intense.

Une lecture comme un uppercut, de laquelle je ne sors pas indemne.

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« Vanda a admis très tôt qu’elle était seul, comme on est seule au jour de sa mort. Elle en a consommé la douleur jusqu’à en faire une identité, une armure. »

« Quand son fils est né, quand elle l’a reçu contre elle la première fois, ça a déchiré quelque chose, en dedans. Il était là et il n’avait qu’elle. Il va t’aimer toute sa vie, elle se répétait, et elle ne savait pas si c’était un bonheur ou une putain de malédiction. »

« Le coeur de Noé tremble jusqu’aux prémices d’un sanglot mais la peur est trop grave pour libérer de nouvelles larmes. Il est trop tôt. A moins que la seule défense possible soit l’envol, l’envolée d’un rire qui ne prend sa source dans aucune drôlerie, qui se suffit à soi-même, un rire qui s’écoute grelotter, racler, battre le bruit des vagues. Un rire qui ne tient pas la distance. Le même rire que celui de sa mère. Il a six ans, il va tout perdre. »

Éléonore Devillepoix – La Ville sans vent **

Hachette – 2020 – 448 pages

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Hyperborée, la cité des mages. La ville sans vent, où l’on peut pratiquer la magie, où l’on peut se déplacer à dos de tortues géantes. Hyperborée, qui s’étend sur sept niveaux. Au septième niveau se trouvent les mages…

Sortant victorieux de sa soutenance pour devenir mage, Lastyanax vient de perdre son ex-mentor, vraisemblablement assassiné en pleine rue. Il a toutes ses chances pour le remplacer en tant que ministre. Quant à Arka, elle débarque à Hyperborée à la recherche de son père, qu’elle n’a jamais connu, dont elle sait seulement qu’il est mage. Le chemin des deux héros va se croiser, pour le meilleur et pour le pire. Lastyanax enquêtant sur le meurtrier de son mentor et Arka sur l’identité de son père.

Les 200 premières pages, je suis un peu dubitative, je m’ennuie, lis un peu en diagonale. Il faut dire que la fantasy n’est pas mon genre littéraire de prédilection. Mais je finis par m’attacher à ces deux personnages un peu vilains canards ; l’humour me plaît et l’intrigue se révèle prenante. Une lecture surprenante qui m’a fait sortir de ma zone de confort et qui plaira certainement à tous les amateurs du genre.

Donal Ryan – Par une mer basse et tranquille ***

Albin Michel – mars 2021 – 256 pages

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Farouk est un jeune médecin syrien qui s’apprête à quitter un pays qu’il ne reconnaît plus, avec sa femme et sa fille. Cap sur l’Irlande. Le passeur leur a fait des promesses… Mais la traversée de la Méditerranée ne se passera pas comme prévu.

Lampy a la vingtaine et ne se remet toujours pas de sa rupture avec Chloe. Le coeur brisé, il songe à tout quitte – famille et travail. Mais pour devenir quoi?

John sent la mort approcher ; il cherche la rédemption après tout le mal qu’il a pu faire dans sa vie. Il fouille dans son passé jusqu’à l’origine du mal : la mort de son frère Edward. Depuis ce jour, il n’a jamais plus cru en Dieu. Aujourd’hui, il se confesse.

Trois destins. Trois hommes différents, dont les chemins vont se croiser. Beauté de ce roman à la construction habile et au texte fort sur la culpabilité, le pardon, la perte.

Laurence Lieutaud – Ravissement ***

Grasset – avril 2021 – 198 pages

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Cet été-là, il a suffit d’un regard un peu appuyé et de quelques mots pour que le ravissement s’opère. Louise avait dix-huit ans. Paul, trente. Elle était jeune, insouciante. Il était peintre. Sous les yeux de Toinette, sa grand-mère, Louise s’enfuit avec cet homme qu’elle connaît à peine mais auquel elle ne peut résister. Sous les injures et les crachats, elle part. Elle ne reviendra que quinze ans plus tard. Elle ne reviendra qu’après l’incendie.

Paul se révèle être un peintre aux sautes d’humeur excessives ; il possède Louise, la malmène. Dans cette relation qui se révèle vite tortueuse, la jeune femme perd lentement pied avec la réalité et le rêve qu’elle espérait se transforme en cauchemar.

Dans une langue sublime, Laurence Lieutaud nous offre un roman sur la folie d’un homme et la fuite d’une femme après quinze années d’enfer. Le récit d’un ravissement, d’une emprise irrépressible avec pour toile de fond le Sud de la France.