Fiona Mozley – Elmet ***

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Folio – avril 2021 – 321 pages

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Cathy et Daniel sont frère et sœur ; ils vivent en lisière de la forêt avec leur père, John, dans une petite maison qu’ils ont construite, pierre après pierre. John est un père souvent absent, qui gagne de l’argent en se battant. Un père géant, tout en muscles, qui en impose.

Cathy et Daniel sont élevés en marge de la société, ce sont des enfants qui passent leut vie dehors. C’est la volonté du père, les protéger du monde, leur donner une chance de vivre leur propre vie. Dans les bois, ils jouent, tirent à l’arc, chassent pour se nourrir, se cachent. Restent des enfants, le plus longtemps possible.

Et puis, Mr Price, le propriétaire terrien des environs débarque et menace de les chasser de ses terres. Sauf si John travaille à nouveau pour lui, comme par le passé…

C’est la voix de Daniel qui nous raconte les événements. Un adolescent, tout juste sorti de l’enfance, curieux de tout ; avec sa soeur Cathy, aussi féroce et pugnace qu’intelligente, ils vont se retrouver confrontés à la brutalité et à la violence du monde adulte.

La tension dramatique monte au fil des pages. La pureté de la nature offre un contraste saisissant avec la barbarie humaine. Un roman puissant qui m’a happée, du premier au dernier mot.

Ali Smith – Hiver **

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Grasset – février 2021 – 320 pages

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« C’est à ça que sert l’hiver : à se souvenir que tout s’arrête puis revient à la vie. »

Sophia commence lentement à perdre la raison, le jour où une tache apparaît à la périphérie de son champ de vision. Une tache qui se transforme en tête de petite fille grimaçante. À la respiration sifflante.

Son fils Art est censé venir pour les fêtes de Noël, et lui présenter enfin Charlotte, sa petite amie. Sauf que cette dernière l’a quitté quelques jours plus tôt. Pour sauver les apparences, il propose à une jeune fille rencontrée à un arrêt de bus de jouer le rôle de Charlotte, contre rémunération… Mais en arrivant chez sa mère, Art se rend compte qu’elle ne va pas bien. Quelque chose ne tourne pas rond. Il se décide à appeler la sœur de sa mère, Iris.. mais elles ne se sont pas vues depuis plus de 30 ans.

Une sourde ironie se dégage de ce roman, qui semble plongé dans une drôle de torpeur. Pendant cet hiver, Ali Smith nous entraîne dans une danse singulière, entre folie, rapport familiaux tortueux, solitude et questionnement politiques et environnementaux.

Daniel Fohr – L’émouvante et singulière histoire du dernier des lecteurs **

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Slatkine & Cie – janvier 2021 – 160 pages

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« Je suis le dernier lecteur de livres sur cette planète. Tous les autres sont des femmes. »

Le Je de ce drôle de roman au titre à rallonge n’est autre que le dernier lecteur au masculin. Il doit se déguiser en femme pour lire en paix dans un parc, il ne peut parler lecture qu’avec une femme, sa meilleure amie, Théa. Ensemble, ils jouent à deviner les premières phrases de romans. Et il cherche depuis des années un stratagème pour que les hommes se remettent à lire… en vain.

« Que la moitié de l’humanité ne lise plus de romans est une catastrophe, pour la simple raison que la littérature est le terrain sur lequel s’établissent et se jugent les relations entre les hommes et les femmes depuis des siècles. Roméo et Juliette n’est pas l’histoire de deux jeunes gens mais une vision de l’amour, L’Ecume des jours, Lolita, Gatsby le magnifique, Justine, Les Liaisons dangereuses permettent de comprendre les ressorts du fonctionnement amoureux, sans avoir besoin de vivre la multiplicité de ces expériences, ce sont des guides et des modes d’emploi. »

Une plume vive et alerte, drôle. L’écriture et l’intrigue ont un petit côté absurde qui rappelle Fabcaro – et pourtant l’heure est grave. Une lecture aux allure de manifeste qui pourrait bientôt se conjuguer au présent, que j’ai dégusté rapidement et avec grand plaisir.

Mirabelle Borie – Dulce de Leche ***

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Gulf Stream éditeur – janvier 2021 – 416 pages

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À Lyon. Cécilia a été adoptée à l’âge de six ans ; brune, les yeux sombres et la peau mate, du sang amérindien coule dans ses veines ; ses racines se trouvent en Colombie. Elle ne garde aucun souvenir de son enfance à Bogotá et cette absence mémorielle la ronge petit à petit. Son seul ami, Pedro, est lui aussi adopté et originaire de Colombie. Ensemble, ils sont décidés à lever le voile sur le passé.

Dans les rues de Bogotá, les enfants abandonnés fourmillent. Clara, Rafaele, Ana, Maria, Guillermo, Juan, Soledad… organisés en bandes, les gamines, ils survivent comme ils peuvent, de petits trafics, de ventes sur les marchés. S’ils sont libres comme l’air, ils demeurent soumis aux lois de la rue et sont la proie de tous les dangers ; ces « marchands » qui enlèvent les enfants pour ne plus jamais les rendre… la prostitution… la drogue et les règlements de compte entre bandes.

Un roman dépaysant, prenant. Pétri de soleil – tragique mais lumineux. J’aime tout de suite cette bande de gamines, attachants, qui n’ont pas froid aux yeux. Les chapitres se déroulant à Bogotá ont eu ma préférence. J’ai trouvé que les autres personnages – Cécilia, Pedro, leurs parents – manquaient un peu d’épaisseur, de substance.

Un très beau roman, poétique jusqu’aux derniers mots, au sujet fort, qui m’a émue, malgré une trame convenue et un dénouement attendu.

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« Alejo a raison. En fin de compte, ils ne sont pas déracinés. Ils ont simplement des racines différentes, chacune les rattachant à un petit bout d’histoire. »

Mathieu Menegaux – Femmes en colère **

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Grasset – mars 2021 – 198 pages

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Juin 2020, nous sommes à la cour d’assises de Rennes. Mathilde Collignon est accusée d’un crime barbare, qu’elle a avoué. Mais elle est loin de s’en repentir et elle réclame même justice. Mathilde Collignon, c’est cette femme de 36 ans, divorcée, mère de 2 fillettes, ancienne gynécologue en milieu hospitalier. De quoi est-elle accusée? D’avoir voulu se faire justice elle-même, après son agression par deux hommes. Elle encourt jusqu’à 20 ans de prison pour son crime.

Le roman est habilement construit sur une alternance entre la voix de Mathilde et les délibérations des jurés. Les jurés, ces citoyens lambda, qui se retrouvent avec le sort de cette femme entre leurs mains. 2 hommes et 4 femmes qui vont devoir se prononcer. Mathieu Menegaux nous offre une plongée dans le monde juridique ; avec fascination nous pénétrons les coulisses du procès. Femmes en colère est un roman à l’écriture implacable, qui se dévore. Encore une fois, Mathieu Menegaux frappe fort avec un sujet au coeur de l’actualité.

Une lecture que j’ai beaucoup aimée… jusqu’à ce que je lise les dernières phrases qui m’ont plongé dans l’incompréhension ; c’est comme si l’auteur déconstruisait sournoisement le message qu’il s’est acharné à nous transmettre tout au long du roman.

Et vous qu’en avez-vous pensé?