Dolores Reyes – Mangeterre ***

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Editions de l’Observatoire – août 2020 – 224 pages

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« – Lève-toi, Mangeterre, allez. Lâche-la, laisse-la partir. »

Mangeterre. Celle que l’on surnomme ainsi est une enfant qui ne peut se résoudre à la mort de sa mère. Se résoudre à ne plus entendre sa voix. Alors, elle mange la terre dans laquelle sa mère vient d’être ensevelie, sans cercueil, juste emmaillotée dans un vieux tissu.

Plus tard, quand son père disparaît, les laissant livrés à eux-mêmes avec son frère Walter, elle mange de la terre pour savoir s’il est encore vivant.

Chaque fois c’est pareil : la terre ingérée lui révèle la vérité sur la personne disparue. La terre l’appelle. Ce don lui colle à la peau. Peu à peu, la rumeur se répand. Les gens les fuient, Walter et elle. Ils se retrouvent seuls. Seuls, avec les petites bouteilles de terre que les gens déposent à travers le portail, dans l’espoir que la jeune fille leur révèle si leurs disparus sont toujours vivants.

Mangeterre, sorcière, voyante, orpheline, adolescente qui se rêve normale. Il se dégage de ce roman une atmosphère de réalisme magique comme je les aime. Féminité, surnaturel et mystère en Argentine. Une lecture à la fois sombre et lumineuse, tragique et poétique.

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« J’ai caressé la terre qui me donnait des yeux neufs, me permettait d’avoir des visions auxquelles j’étais la seule à accéder. Je savais combien les messages des corps volés sont douloureux. J’ai caressé la terre, serré le poing et soulevé dans ma main la clé qui ouvrait la porte par laquelle Maria et tant d’autres filles étaient parties, filles aimées, elles, de la chair d’autres femmes. J’ai soulevé la terre et avalé, toujours plus, beaucoup plus pour que naissent ces yeux neufs et que je voie. »