Stephen King – Carrie ***

Carrie

Le Livre de Poche – 2010 – 288 pages

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Carrie White, c’est cette adolescente de dix-sept ans, solitaire, timide, peu grâcieuse avec une allure bovine. Depuis toujours, elle est la risée du lycée ; ses camarades passent leur temps à se moquer d’elle – les moqueries sont de plus en plus méchantes et cruelles. Comme cette fameuse scène sanglante dans les douches collectives.

Son calvaire au lycée est accentué par le fanatisme religieux dans lequel sa mère la fait baigner. Une mère irrascible, qui fait des crises d’hystérie et l’enferme des heures dans un placard pour la punir.

Lorsque Tommy Ross, un des garçons les plus séduisants et populaires du bahut, l’invite au Bal de Printemps, Carrie ne sait pas si elle doit se réjouir ou se méfier…

Et puis il y a ce don qu’elle ne maîtrise pas encore… Ce pouvoir étrange et déstabilisant de déplacer les objets à distance, de provoquer des chutes, briser des miroirs, griller des ampoules… Surtout quand elle se trouve submergée par un trop-plein d’émotions et de stress.

Mon premier Stephen King, enfin! Je suis sortie de cette lecture conquise!

La narration, habilement ficelée, m’a happée – ces allers retours dans le passé et le futur à l’aide de coupures de journaux, extraits d’articles et témoignages de spécialistes et anciens élèves… Une multiplication des points de vue qui participe à la tension dramatique et l’accentue.

Carrie est une lecture angoissante à souhait, le personnage de la mère est terrifiant et le malaise grandit au fil des pages de façon crescendo, la tension nous noue les entrailles jusqu’à la toute fin… Une pépite horrifique.

Charlotte Erlih & Julien Dufresne-Lamy – Darling #Automne ***

Actes Sud junior – 2020 – 368 pages

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May et Néo sont jumeaux, mais tout les oppose. Néo, geek boutonneux, matheux et à l’embonpoint prononcé, se fout des apparences. May passe des heures à se pomponner, choisir avec soin ses tenues et son maquillage, tout comme ses fréquentations. Quand l’adolescente est élue fille la plus populaire du bahut, le fossé entre le frère et la sœur ne fait que s’accentuer.

Depuis quelques temps, May reçoit sur Instagram des messages d’un certain Y… Un Y qui a besoin de changer d’identité pour avoir le courage d’écrire à May, dont il semble fou amoureux. Fou, jusqu’à quel point ?

Un roman choral où retentissent à tour de rôles les voix des jumeaux, ainsi que celle de Y. Le temps d’une saison – l’automne. Une narration ponctuée par les mystérieux messages de Y.

Très vite, la lecture de ce roman devient addictive. Charlotte Erlih et Julien Dufresne-Lamy nous offrent une vertigineuse plongée dans l’univers adolescent ; où les réseaux sociaux sont les lieux de tous les possibles, de toutes les démesures. Où le harcèlement, les moqueries et rumeurs gagnent en ampleur et densité. Entre émotion et suspense, on dévore ce premier tome qui questionne l’identité adolescente avec acuité et intelligence.

Mireille Gagné – Le lièvre d’Amérique ***


La Peuplade – août 2020 – 137 pages

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Diane est clouée au lit, le temps de se remettre de l’opération qu’elle vient de subir. Sa tête tourne, ses pensées se font lancinantes. Elle a l’impression que son coeur bat plus vite. Que ses iris sont plus sensibles qu’avant. Ses cheveux deviennent brusquement roux. La jeune femme demeure à l’affût de son corps. Elle dort moins, développe une endurance et une force hors du commun.

Au fil de la narration, les souvenirs de Diane émergent : ceux d’un été de son adolescence sur l’Isle-aux-Grues ; sa rencontre avec Eugène – ce garçon qui la fascinait – et sa passion pour les espèces en voie d’extinction, son désir de braver tous les dangers. Son amour de jeunesse disparu. Et à rebours, nous prenons connaissance des jours qui précèdent l’opération – des phrases longues et sans ponctuation, comme pour figurer sa vie d’avant sous apnée ; sa vie d’employée modèle qui ne semble vivre que pour le travail et pour se surpasser toujours davantage.

Le style poétique de ce roman québécois m’a d’emblée séduite – beauté de cette sauvagerie qui prend le pas sur l’humain. Le Lièvre d’Amérique prend la forme d’une satyre animalière de la société contemporaine où le travail tue l’humain à petit feu ; une société qui nous étrangle avec la sangle du quotidien. La seule échappatoire se trouve dans ce basculement de l’humanité vers l’animalité. Un roman étrangement beau et envoûtant.