Jeannette Walls – Des chevaux sauvages, ou presque ***

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Pocket – 2015 – 384 pages

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High Lonesome, à l’ouest du Texas. Des terres inhospitalières à perte de vue. Lily Casey naît au début du XXème siècle sur les rives de la Salt Draw ; elle apprend très tôt à se débrouiller seule au sein du ranch familial, à s’occuper de ses frères et sœurs, Buster et Helen.

À 5 ans elle sait déjà dresser des chevaux. Elle aimerait poursuivre ses études mais c’est sans compter le caractère fantaisiste et dépensier de son père. Et puis à 15 ans elle devient institutrice et se retrouve envoyée en Arizona. L’adolescente doit quitter son foyer et parcourir 800 kilomètres à cheval, seule.

Lily a un caractère bien trempé, elle ne tient pas en place et l’ambition fourmille en elle. Elle découvrira Chicago, apprendra à conduire une auto, puis un aéroplane…

Jeannette Walls nous livre le destin d’une femme hors norme pour son époque, qui a vraiment existé – puisqu’il s’agit de sa grand-mère. On découvre le portrait d’une femme puissante, décidée à réaliser ses rêves, envers et contre tous. Un tempérament de feu, une femme prête à en découdre avec la vie.

Un roman biographique que j’ai dégusté avec plaisir, qui m’a plongée dans les paysages de l’Arizona ; Peach Springs, Phoenix, Horse Mesa – autant de noms qui invitent au voyage. Lily n’aura jamais une vie facile, mais palpitante et enivrante.

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« D’où nous étions, on pouvait contempler l’éternité. Pas d’autre maison, pas un être humain ni le moindre signe de civilisation. Uniquement le ciel immense, l’interminable plaine herbeuse et les montagnes au loin. »

Jón Kalman Stefánsson – Lumière d’été, puis vient la nuit ***

9782246823582-001-T

Grasset – 26 août 2020 – 320 pages

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Un petit village islandais situé dans les fjords de l’Ouest où il n’y a ni église, ni cimetière ; peuplé en grande partie d’octogénaires et de centenaires, où tout le monde se connaît. À travers huit chapitres comme autant de chroniques de la campagne islandaise, Jón Kaman Stefansson met en scène des hommes et des femmes au destin d’une banalité extraordinaire.

Comme cet homme qui se met à rêver en latin ; directeur de l’Atelier de tricot, il part un matin pour la capitale en laissant sa femme et en revient métamorphosé, « plus proche du ciel que de la terre. » – parlant couramment le latin, avec des yeux neufs, une passion pour l’observation du ciel et les vieux grimoires.

Comme Jonás l’orphelin qui rédige un manuscrit sur les oiseaux.

Comme Sólrún et son chignon de cheveux roux.

Comme cette mère de famille qui décide de se prendre en main et de faire du sport… occasionnant une rencontre inattendue.

Et puis, il y a cet Entrepôt construit sur des ruines au sombre passé et qui abrite des ténèbres peuplées de fantômes.

Des hommes abandonnés, qui abandonnent la vie, les autres, leur famille, leur passé. Les ténèbres, la vie, la mort, la jalousie, le désir, la trahison.

La voix narrative appartient sans doute à un villageois, on ne saura jamais qui. Une voix universelle, omnisciente qui résonne à travers une chronologie éclatée. Une foule de personnages prend vie sous nos yeux ; je m’y suis parfois perdue. Mais ces personnages désespérément humains, hantés par leurs fantômes, m’ont touchée

Quel talent de conteur… J’aime l’écriture à la fois mélancolique et cocasse de Jòn Kalman Stefansson qui nous livre des fragments de vie ; ces vies qui oscillent entre perte et chagrin, lumière et ombres.