Joyce Carol Oates – Carthage ***

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Editions Points – 2016 – 608 pages

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Été 2005. Au Nord-Est de l’Etat de New-York, une jeune femme de dix-neuf ans disparaît en pleine nuit. Il s’agit de la fille de l’ancien maire de Carthage, Zeno Mayfield, un homme d’influence. Cressida Mayfield a été vue pour la dernière fois le soir du 9 juillet dans la réserve forestière du Nautauga – au cœur des Adirondacks – en compagnie de l’ex-fiancé de sa sœur Juliet, le caporal Brett Kincaid, qui est rentré meurtri et hanté par la guerre d’Irak.

Des cheveux et des traces de sang sont retrouvés dans sa jeep. Malgré le passage aux aveux du caporal plusieurs semaines après la disparition de Cressida, le mystère reste entier car aucun corps n’a été retrouvé. Chez les Mayfield, seul le père refuse de croire à la mort de sa fille.

Cressida est un personnage singulier, pour lequel on ne ressent ni empathie, ni rejet mais qui nous marque, indéniablement ; une jeune femme toute menue, qui ne fait pas son âge et possède un caractère ombrageux ; qui s’habille comme un garçon et n’aime pas son prénom. « Une fille menue aux yeux sombres, avec une coiffure presque afro, des cheveux sombres couleur d’encre, tout frisés […] et un visage sans expression qui ne laissait rien voir de ce qu’elle pensait. » Que lui est-il réellement arrivé ?

Ce petit pavé nous offre une lecture âpre et dense qui nous tient en haleine et nous offre le point de vue des différents personnages, fouillant leur passé, leur psychisme. Certains passages sont profondément dérangeants. Grâce à l’écriture magnétique de Joyce Carol Oates, je me suis vite retrouvée happée par le texte.

Carthage est un roman sombre et puissant qui dénonce avec virtuosité les violences de la guerre – mais aussi celles des prisons – les dégâts sur les survivants – les meurtrissures à jamais inscrites dans leur chair et leur esprit.

Elsa Flageul – À nous regarder, ils s’habitueront **

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Julliard – 2019 – 192 pages

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Alice accouche d’un petit César, alors qu’elle n’est qu’à 33SA. C’est un minuscule petit être auquel elle donne naissance ; dont les organes ne sont pas encore mûrs. Qui va devoir s’accrocher à la vie. En l’espace de quelques heures, Alice se retrouve mère. Mère d’un prématuré. Aucune valise n’était prête, ils n’avaient encore rien acheté.

C’est derrière la vitre d’une couveuse qu’Alice apprend à faire connaissance avec son enfant. Le combat ne fait que commencer et les émotions submergent la jeune femme qui a du mal à se sentir mère, qui a du mal à reconnaître cet être minuscule comme son fils. Elle culpabilise et lentement, la solitude l’étreint malgré le soutien de son homme.

« Il est minuscule. Encore plus minuscule que tout à l’heure. C’est à peine si je le reconnais. Il ressemble à un petit vieux, la peau fine, ridée de n’être pas assez pleine, le visage fatigué de celui qui a déjà vécu plusieurs vies. La sienne ne fait pourtant que commencer. »

La narration alterne le point de vue d’Alice – grâce au journal qu’elle tient – et le point de vue externe. Si l’écriture d’Elsa Flageul m’a immédiatement séduite et interpellée – tout en finesse, ciselée et poétique – l’histoire en elle-même ne m’a pas apporté l’émotion que j’attendais. Malgré la fulgurance des mots, cette lecture sera vite oubliée.

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« Nous qui ne serons jamais plus des êtres tranquilles. »

« Il y a des personnes comme ça qui semblent ne pas vouloir grandir, comme si grandir, c’était se résoudre, c’était se commettre, c’était se trahir. Comme si grandir, c’était un peu commencer à mourir. »

Gary D. Schmidt – Le Majordome et moi ***

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l’école des loisirs – février 2020 – 256 pages

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Il est 7h15 et dehors, un véritable déluge fait rage – une pluie digne d’un orage tropical australien. Pour couronner le tout, c’est le jour de la rentrée scolaire, la voiture est en panne et le père de famille est absent depuis trop longtemps déjà. Annie, Charlie, Emily et Carter ne sont pas en avance ; les cheveux ne sont pas tressés, une chaussette jaune manque à l’appel, maman est au bord de la crise de nerfs, il manque du lait demi-écrémé et Ned vomit partout comme tout bon teckel qui se respecte.

Soudain, on sonne à la porte. Sur le perron, le jeune Carter Jones tombe nez à nez avec… un immense majordome bedonnant, abrité sous un énorme parapluie-antenne parabolique. Il porte un petit chapeau melon comme on en trouve plus et parle d’une étrange façon, employant des mots bien compliqués… 

Le majordome semble tout droit venu d’Angleterre, avec sa voiture immense qui ressemble à une aubergine. Au début, la famille est méfiante ; qui est cet homme qui pousse la politesse et la distinction à l’extrême ? Ne serait-il pas un missionnaire ? Un serial killer ? 

Le majordome va transformer jour après jour le quotidien de cette famille nombreuse amputée d’un père et va, notamment, initier le jeune Carter au cricket, le sport le plus noble et le plus élégant au monde. 

De ce roman jeunesse, j’ai tout aimé ! Un roman qui gagne le pari d’être à la fois léger et poignant ; humour et émotion s’entremêlent habilement, on ne sait plus par instant si l’on doit rire ou pleurer, ou les deux à la fois. Le majordome est un personnage surprenant, attachant. Quant au « Jeune maître Jones », c’est un gamin émouvant et authentique – avec cette bille verte au fond de sa poche et ses souvenirs en Australie avec son père dans les Blue Mountains…

Le Majordome et moi est un quasi coup de cœur. Une fois de plus, la plume de Gary D. Schmidt fait mouche !

~> Pour lire ma chronique sur son précédent roman, c’est par ici !

Joy Harjo – Crazy Brave ****

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Editions Globe – janvier 2020 – 176 pages

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La petite Joy est une Indienne – un père Creek et une mère Cherokee avec des origines irlandaises. Issue d’une famille de conteurs et de musiciens, elle grandit à Tulsa en plein cœur de l’Oklahoma avec ses trois frères et sœurs. A leurs yeux, leur mère est comme une magicienne, elle confectionne vêtements et biscuits, elle chante aussi ; leur père est un homme mystérieux porté sur la boisson et en proie à des accès de rage qui disparaîtra bientôt de leur vie.

Joy est une enfant rêveuse ; elle pense que ses rêves ont le pouvoir de guérir les maladies. Elle aime jouer avec les animaux ; les couleuvres, crapauds, grenouilles et autres créatures peuplent tous ses jeux. Elle a un don pour le dessin et la peinture et sent d’instinct que son chemin ne sera pas le même que celui des autres et qu’elle en souffrira. La femme qu’elle s’apprête à devenir n’acceptera jamais le carcan des conventions. En apprenant à lire, Joy découvre la poésie des mots et s’en nourrit. L’art lui permet de se rapprocher de ses ancêtres.

La jeune amérindienne demeure hantée par le passé sanglant de son peuple. Une mémoire collective est inscrite dans sa chair dès la naissance et même avant.

Ce livre est une vraie pépite pour tout amoureux de la littérature américaine et amérindienne ; des poèmes parsèment le texte ; certains passages en italiques sont des fragments de souvenirs. Le roman se découpe en quatre chapitres comme autant de points cardinaux ; tout commence à l’Est, l’enfance, le soleil levant. Puis le Nord, qui apporte les changements. L’Ouest symbolise les séparations. Et le Sud, l’envol.

Dans une langue enveloppante et poétique, Joy Harjo nous livre son histoire. Sa jeunesse et sa découverte des arts, ses rencontres – tout ce qui lui a permis de devenir la femme qu’elle est aujourd’hui. Crazy Brave ne nous raconte pas seulement le parcours d’une femme mais d’une guerrière, une battante qui a voulu changer les choses et qui a trouvé le salut dans la poésie. Une oeuvre initiatique et autobiographique – un texte émancipateur et féministe – écrit avec le cœur et les tripes. ❤

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« Mon père m’avait raconté que certaines voix sont si vraies qu’elles peuvent devenir des armes, influer sur le climat et modifier le temps. »

« Personne ne meurt jamais vraiment. Le désir de notre cœur ouvre une voie. De nos pensées et de nos rêves nous faisons un héritage. Cet héritage donnera  à ceux qui nous suivent de la joie, ou du chagrin. »

Rachel Kushner – Le Mars Club ***

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Stock – La Cosmopolite – 2018 – 471 pages

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Romy Hall a 29 ans lorsqu’elle est transférée à la prison pour femme de Stanville, en Californie. Ancienne strip-teaseuse, originaire de San Francisco ; elle y a passé son enfance, son adolescence et sa jeunesse à descendre des bières dans les parcs, à zoner dans le brouillard et à se défoncer a l’héroïne.

Derrière les barreaux, Romy repense à ce qui l’a conduit en prison. « Si seulement je n’avais pas travaillé au Mars Club. Si seulement je n’avais pas rencontré Kennedy le Pervers. » Double condamnation à perpétuité pour avoir assassiné l’homme qui la harcelait. Pour, surtout, ne pas avoir eu les moyens de se payer un avocat digne de ce nom.

Dans son malheur, la jeune femme se raccroche à une certitude : son fils de sept ans, Jackson, est en sécurité avec sa mère… Jusqu’au jour où elle reçoit une nouvelle qui l’anéantie.

Le récit oscille entre les souvenirs de Romy dans le San Francisco des années 80 – Jimmy Darlings, son fils Jackson, son travail de strip-teaseuse au Mars Club – et son quotidien en prison, avec les autres détenues – Laura Lipp l’insupportable infanticide, Sammy sa fidèle acolyte de cellule, Conan le mystérieux.

Le Mars Club est un roman sur l’univers carcéral et sur la violence écrit avec beaucoup d’humanité ; c’est également un émouvant portrait de femme et de mère. J’ai été conquise par la plume envoûtante de Rachel Kushner. Une lecture percutante qui m’a passionnée et révoltée.

Olivier Norek – Surface ****

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Pocket – mars 2020 – 394 pages

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La capitaine de police Noémie Chastain reçoit une décharge de fusil de chasse en plein visage pendant une descente dans l’appartement d’un narco-trafiquant. Nous la retrouvons quelques heures plus tard sur son lit d’hôpital, à sa sortie du bloc opératoire. Une quinzaine de plomb ont atteint la partie droite de son visage comme autant d’étoiles inscrites dans sa chair ; une cicatrice en forme de croissant de lune est désormais gravée sur sa joue droite.

Dans le miroir, Noémie ne se reconnaît pas ; cette femme défigurée ne peut pas être elle. Et puis son homme prend la fuite… Alors désormais, elle sera No, tout court.

No n’a qu’une hâte, réintégrer son poste à la brigade des Stups pour se jeter à corps perdu dans le travail. Mais le prestigieux 36 Quai des Orfèvres ne veut plus de cette capitaine de police hier encore héroïne nationale… On prépare sa mise au placard en l’envoyant un mois dans l’Aveyron, à Decazeville, un petit village bien trop paisible.

Surface est un polar qui se révèle fascinant dès les premières pages. L’écriture me captive dès les premiers mots. Noémie Chastain est un personnage très singulier, blessée et attachante. On se prend d’affection pour elle immédiatement ; sa vulgarité, son franc parler, sa vulnérabilité qu’elle masque avec une ironie et une répartie sans pareilles. Un portrait de femme unique ! Olivier Norek nous livre un thriller efficace et percutant, à l’intrigue bien ficelée et aux nombreux rebondissements jusqu’à la dernière page…! Une vraie réussite

Julien Dufresne-Lamy – Jolis jolis monstres ***

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Belfond – août 2019 – 418 pages

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C’est le début des années 80 à New York, le spectre du sida ne s’est pas encore abattu sur la ville. Le soir venu, James Gilmore se défait de son apparence d’homme ; il chausse ses talons aiguilles, sa robe à sequins et devient Lady Prudence. « On me siffle, on m’adore, on m’applaudit et sur le devant de la scène, on me lance des roses blanches. » Lady Prudence est une des drag-queens les plus en vue du milieu ; on la surnomme même « Le Trophée ». Une peau noire comme le soir, des « jambes d’autoroute ». Sur scène, James est métamorphosé, c’est un monstre d’une indicible beauté.

Aujourd’hui, James a soixante ans. Dans un bar, il rencontre Victor, un jeune homme déjà père de famille qui a grandi dans le sud de Los Angeles, en plein ghetto, en pleine guerre des gangs. Entre les prostituées, les junkies et la misère.

La narration alterne les voix de James et de Victor, qui se tutoie à tour de rôle – faisant dialoguer deux générations. Chacun s’offrant comme miroir et nous permettant de nous glisser dans la peau de l’un, puis de l’autre.

Dès les premières pages, le roman de Julien Dufresne-Lamy m’a enthousiasmée et captivée. Je me suis attachée à Lady Prudence et l’écriture enjôleuse et évocatrice de l’auteur m’a offert une immersion vertigineuse dans le New York des années 80, avec des personnages comme nous n’en rencontrerons nulle part ailleurs.

Jolis jolis monstres est un roman magnifique qui nous plonge dans le monde de ces monstres sublimes et volubiles et nous les rend terriblement proches. La voix et l’histoire de Lady Prudence me hanteront longtemps…

Ahmet Altan – Je ne reverrai plus le monde ***

Actes Sud – 2019 – 224 pages

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Ahmet Altan est romancier, essayiste et journaliste. Le 15 juillet 2016, la Turquie s’enflamme suite à une tentative de putsch et des milliers de personnes descendent dans la rue pour manifester leur colère, à Istanbul et Ankara. Le lendemain, une vague d’arrestations est lancée. Parmi ces arrestations, il y a celle d’Ahmet Altan, 68 ans, qui est condamné à perpétuité ; on l’accuse d’avoir participé à la tentative de coup d’État.

Les textes de cet ouvrage, il les a écrit en prison. Pour survivre à l’enfermement. En prison, on a plus de visage ; le temps n’existe plus – « ce temps reptilien qui [lui broie] les poumons » – il ne reste que l’écriture pour s’évader. Et l’imagination : il n’y a pas d’horloge pour scander le temps qui passe ? Ahmet invente une horloge faite de coupures de journaux. Il marche pour faire égrener le temps, il arpente sa cellule.

« Je suis écrivain. Je ne suis ni là où je suis, ni là où je ne suis pas. Enfermez-moi où vous voulez, je parcours encore le monde avec les ailes de l’imagination. »

Un ouvrage nécessaire et marquant, à la fois témoignage, essai philosophique et oeuvre poétique.

Elena Ferrante – Les jours de mon abandon **

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Folio – 2016 – 288 pages

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Olga a trente-huit ans et après quinze ans de vie commune et deux enfants, son mari vient de la quitter pour une autre femme, beaucoup plus jeune. Tout juste sortie de l’adolescence. Olga ne s’y attendait pas, la trahison est épidermique ; insupportable.

Les jours de mon abandon raconte la brusque métamorphose d’une femme trahie, abandonnée. Olga devient amère, vulgaire et sarcastique. Elle ne prend plus soin d’elle. Elle devient tête en l’air, oublie de fermer le gaz, ne parvient plus à ouvrir sa porte. Néglige ses enfants. Les amis prennent le large et Olga se retrouve vite seule. Elle passe ses nuits à écrire de longues lettres pétries de douleur à son mari perdu ; quant aux journées, elle les passe en tentant d’oublier. De l’abandon à la folie, il n’y a qu’un pas.

Le moment choisi pour entamer ce livre n’était pas forcément judicieux ; Elena Ferrante nous plonge dans une atmosphère âpre. Le langage grossier d’Olga m’agace. Je me perds quelques temps dans les méandres de sa folie qui s’épanouit. C’est tellement bien écrit que la violence de l’histoire m’étreint, le malaise m’envahit, m’obligeant à lire un temps en diagonale – à l’image de la jeune femme sur la couverture, je me retrouve submergée et écœurée par cette folie.

Les jours de mon abandon raconte la dérive d’une femme au cœur brisé ; sa lente descente aux enfers. Un roman dérangeant qui possède une écriture qui nous secoue ; qui nous tord soigneusement les boyaux, nous les essorent. C’est sincère, tortueux, cruel et beau.

Anita Nair – Compartiment pour dames ****

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Le Livre de Poche – 2019 – 432 pages

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« C’est ainsi depuis toujours ; l’odeur d’un quai de gare, la nuit, fait naître en Akhila l’envie de s’évader. » Akhila a 45 ans ; elle n’a ni mari, ni enfants, ni foyer, ni famille. Éternelle célibataire, elle est employée aux impôts et vit avec la famille de sa sœur, qu’elle supporte de moins en moins. Akhila n’a jamais eu une vie à elle, qui lui soit propre. Elle a toujours été le prolongement de quelqu’un… la fille, la sœur, la tante de quelqu’un… Plus que tout, elle aspire à être considérée comme une personne à part entière.

Akhila se réveille un matin avec le désir brusque de partir, de prendre un train ; elle prend un billet et monte à bord de l’un d’entre eux, direction Kanyakumari, petite station balnéaire où trois mers se rencontrent – la baie du Bengale, l’océan Indien et la mer d’Arabie. Akhila se retrouve dans un compartiment pour dames avec cinq autres femmes. Tour à tour, chacune va se confier, raconter sa vie d’épouse, de femme, de mère.

Des destins de femmes différents, mais qui ont tous un point commun : les femmes en proie à la domination masculine. Margaret qui cuisine gras, riche et sucré pour son mari afin de l’empêcher de nuire. Janaki la plus âgée qui a toujours confondu amour et sécurité… En se racontant, chacune tente donner un sens à sa vie, à ses choix.

Ces voix féminines nous disent comment l’amour, les femmes, les relations amoureuses sont asphyxiées par la société indienne et ses conventions. Une femme qui désire vivre seule est mal vue. Une femme qui se fait violer voit sa vie partir en fumée.

Compartiment pour dames est un roman magnifique et dense, qui évoque la question de la femme et sa place dans la société indienne – une société patriarcale où naître femme c’est se retrouver derrière les barreaux d’une immense cage dont chaque barreau est un préjugé. Un roman engagé dans lequel six femmes ouvrent leur coeur ; un texte sur une réalité complexe, qui m’a révoltée, mais que j’ai malgré tout trouvé empreint d’espoir.

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« C’est en explorant la texture de la vie des autres, en cherchant des ressemblances, susceptibles de connecter nos vies entre elles, que nous essayons de nous libérer d’un sentiment de culpabilité à l’égard de ce que nous sommes et de ce que nous sommes devenues. »