Marie-Aude Murail – Sauveur & Fils – Saison 5 ***

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Ecole des loisirs – septembre 2019 – 320 pages

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Quel délice de retrouver notre cher Sauveur, sa drôle de famille recomposée et ses patients au lubies parfois curieuses. Entre la saison 4 et la saison 5, il s’est écoulé deux ans. Louise vit toujours avec Sauveur et Lazare et ses deux enfants Paul et Alice. Le vieux briscard de Jovo traîne toujours dans le coin, se vantant avec effusion de son braquage et de ses meurtres légendaires…

Sauveur se retrouve envahi par toute une clique de nouveaux patients qui le croient psychologue animalier… On le consulte pour connaître son animal de soutien émotionnel, pour soigner la dépression de son chien, pour découvrir qu’un perroquet du Gabon peut devenir muet après un divorce ou encore que les chats sont plus efficace qu’un antidépresseur.

Mais des patients un peu plus traditionnels le consultent aussi ; comme Louane qui a peur d’une main sorte du trou des cabinets pour l’y entraîner, Frédérique qui découvre que Donald Trump est son père, Samuel qui suit un stage pour apprendre à draguer.

Une saison 5 qui garde le rythme, savoureuse à souhait, qui regorge d’humour et aborde les thèmes propres à l’adolescence contemporaine – harcèlement, questions de genre, relations parentales – avec justesse et bienveillance.

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{Chroniques des précédents tomes : Saison 1 – Saisons 2 & 3 – Apparemment je n’ai pas chroniqué la saison 4.}

Victor Jestin – La chaleur ***

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Flammarion – août 2019 – 144 pages

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« Oscar est mort parce que je l’ai regardé mourir, sans bouger. Il est mort étranglé par les cordes d’une balançoire, comme les enfants dans les faits divers. »

Ce sont les premiers mots, glaçants, de ce court roman qui nous raconte la dernière journée de vacances que passe Léonard dans un camping des Landes. Léonard a dix-sept ans cet été là lorsqu’il se retrouve face à Oscar, un autre adolescent, en train d’agoniser sous ses yeux ; il reste paralysé, figé, n’esquissant pas un seul geste pour le sauver. Dans la panique, il éprouve le besoin de traîner le cadavre d’Oscar sur plusieurs dizaines de mètres et de l’enterrer sur la plage.

A la lecture du premier roman de Victor Jestin, on éprouve une certaine nausée, des frissons… Les pages tournent et le thermostat grimpe en même temps que l’angoisse. Léonard se sent assailli par la chaleur et torturé par la culpabilité ; le dernier regard d’Oscar le hante et le suit, où qu’il aille. Un roman caniculaire et glaçant, porté par une écriture sensitive que j’ai dévoré le temps d’une soirée, le cœur battant et les mains moites.

« C’était comme une longue attente en suspens : nous tous, elle et moi et les autres, il semblait que nous n’étions qu’un seul grand corps allongé sur le sable, à attendre là, dans nos adolescences, que quelque chose advienne. »

Merci Elise pour le prêt 😀 ❤

Pour découvrir sa chronique, c’est par ici.

Bertrand Jullien-Nogarède – La Première fois que j’ai été deux *

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Flammarion Jeunesse – août 2018 – 352 pages

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Karen aurait pu être une héroïne de Marie Pavlenko. Le regard qu’elle porte sur son monde et sa famille ne manque pas d’humour, ni de justesse. Mais au fond c’est une adolescente qui n’a pas confiance en elle et souhaiterait souvent être une autre. Élevée seule par une mère instable, qui teste tous les anxiolytiques disponibles sur le marché et dévore les bouquins. Elles vivent dans une maison-bibliothèque où les murs sont tapissés de bouquins (le rêve !).

Karen n’a rien à voir avec Mélanie, sa copine si pêchue et grande gueule, avec qui elle partage tout. Mélanie est aussi délurée que Karen est sur la réserve. Mélanie enchaîne les conquêtes alors que Karen se fiche des mecs comme de l’an 40. Jusqu’au jour où Tom, un british, débarque au lycée, portant le deuil de son père. Toujours en blazer et cravate, il se balade en scooter des années 60. Très vite, il éveille une certaine curiosité chez Karen, voire un certain désir…

Karen est un personnage touchant, élevée au milieu des livres, ils sont son refuge face aux maux de l’existence. Mais très vite, le personnage de Mélanie la croqueuse de garçons, m’agace ; je trouve ce personnage excessif pour son âge et peu crédible. Quant à Tom, il est bien trop parfait, trop lisse.

La Première fois que j’ai été deux est un roman léger et lumineux – malgré les questionnements existentiels de Karen sur l’avenir de l’amour, le deuil, la dépression – où la musique tient une place importante, à travers de nombreuses références au rock. On se retrouve à écouter les Who pour accompagner notre lecture…

Parsemé d’intéressantes réflexions sur l’amour et la société, le roman de Bertrand Jullien-Nogarède m’a cependant laissée à côté de la plaque – les clichés, les bisous et les scènes où l’on se regarde dans le blanc des yeux en pensant déjà à la fin ont eu raison de moi. Je n’aime décidément pas les romances.

 

Benedict Wells – La vérité sur le mensonge ***

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Slatkine & Cie – Août 2019 – 208 pages

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Conquise par La fin de la solitude, j’avais en revanche été déçue par Le dernier été, qui m’avait laissée un sentiment très mitigé.

Dans son nouvel opus, Benedict Wells nous livre dix récits assez différents les uns des autres, où l’étrange n’est jamais loin et la réalité souvent incertaine

J’ai été particulièrement marquée par Henry M., le héros tragique de la première nouvelle, La Promenade. Ce père de famille qui éprouve le besoin d’une randonnée en solitaire le jour de l’anniversaire de son fils David, qui souffre de migraine chroniques. Il ne tient pas compte des conseils de sa femme et décline la proposition de sa fille de l’accompagner. Au fur et à mesure de sa randonnée, l’étrange s’invite sournoisement dans la réalité : une brusque odeur de putréfaction, un chien menaçant qui apparaît, puis disparaît, une terrasse désertée. Comme si la réalité se mettait soudainement à déraper, à le trahir.

Et puis il y a Margo, cette jeune romancière en mal d’inspiration, qui passe l’hiver à travailler sur son roman, sans succès. Une nuit, elle est réveillée par le baiser d’un inconnu aux cheveux bouclés bleus

Et ces deux hommes qui se retrouvent enfermés à clé dans une salle sans savoir pourquoi et qui survivent grâce à des parties de ping-pong.

Et ce gardien de nuit qui passe Noël dans une bibliothèque, entouré de milliers de livres. Le lien semble hanté, mais ce ne sont que les classiques de la littérature qui se mettent à parler entre eux.

Enfin, dans la nouvelle qui donne son nom au recueil, on rencontre un réalisateur vieillissant qui décide de révéler la vérité à un journaliste venu l’interviewer. Une histoire mêlant Star Wars et un étrange ascenseur permettant de voyager dans le temps.

Le talent de conteur de Benedict Wells est proprement fabuleux et jubilatoire ; j’ai dévoré en un clin d’œil ce recueil composé de nouvelles tour à tour touchantes, effroyables, surprenantes et drôles qui nous plongent dans un monde où la réalité se laisse sournoisement envahir par le surnaturel et où l’on se retrouve ballotté entre vérité et mensonge.

Bérengère Cournut – Née contente à Oraibi ****

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Le Tripode – 2016 – 304 pages

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Mon premier roman de l’autrice, découvert dans le cadre du challenge #LEteIndienEnLecture lancé par Aurore @papiercrepon sur Instagram.

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Née contente – alias Tayatitaawa – est une jeune amérindienne qui doit son prénom au rire qu’elle a fait retentir à sa naissance, lorsqu’on l’a présentée au soleil. Elle vit sur les terres arides de l’Arizona et appartient au peuple hopi, et plus particulièrement au clan du Papillon.

Tayatitaawa nous raconte son quotidien et celui de son peuple, rythmé par les cérémonies, les rites, les prières, la danse des esprits ; elle nous partage ses balades avec son père qui lui apprend tout de la nature, ensemble ils observent les aigles, les faucons, les serpents.

A travers ce singulier roman initiatique, Bérengère Cournut nous offre un fascinant voyage au cœur de la culture hopie ; nous découvrons son histoire, ses racines, ses légendes… Grand-Mère Araignée, le voyage de Tayatitaawa dans son paysage intérieur, les traversées des canyons arides et caniculaires, la Maison des morts, les Deux-Cœurs, les hommes et femmes-médecines… Un voyage sublimé par les photographies disponibles en fin d’ouvrage.

Je suis tombée complètement sous le charme de cette lecture immersive qui nous dépayse complètement. L’héroïne est touchante dans son apprentissage de la vie, je me suis prise d’affection pour elle. J’ai lu les derniers mots de son récit presque à regret, me sentant tout à coup orpheline de ce monde dans lequel l’autrice nous a immergé pendant quelques trois-cent pages.

Coup de cœur  ❤

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Comme à chacun de mes retours, mon coeur se remplissait de joie à la vue du relief particulier de la Troisième Mesa. A mesure que je m’approchais de notre village, l’horizon reprenait sa forme « exacte », celle que j’avais toujours connue, comme pour me dire : « Tu es d’ici, et de nulle part ailleurs. »

Sigrid Baffert – La Chose du MéHéHéHé ****

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Editions MeMo – octobre 2019 – 84 pages

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La Chose du MéHéHéHé, c’est le petit dernier de la collection Polynie… Et c’est tout simplement dé-so-pi-lant ! Je crois n’avoir jamais été déçue par cette collection.

Saï, Mo et Vish, trois pieuvres aventureuses, viennent de trouver une Chose bien étrange, qui flotte à la surface de la mer. Et pourtant, des choses bizarres, elles ont l’habitude d’en voir ; des choses qui tombent du ciel tous les quatre matins qui finissent par tapisser le fond de la mer. Des choses rondes, carrées, tordues, du plastique, des tiges… des crachats noirs déversés sur leurs têtes. Mais cette Chose-là est différente. Elle a des rayures rouges et blanches ; elle est dure comme un coquillage géant d’un côté et molle comme des algues brunes de l’autre. Et cerise sur le gâteau, cette Chose est aussi grosse que Krakenko, l’orque ogresse !!

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Un Tcha-kou-tcha d’urgence s’impose. Les pieuvres filent rassembler la communauté d’anémones albinos, oursins bicéphales, méduses mercureuses, poissons velus, crevettes bouffies, huîtres huppées, concombres de mer et autres créatures farfelues des fonds marins, afin de débattre du pourquoi du comment de cette Chose. Ils décident de consulter le Grand Bras-Ma… Et si cette Chose venait tout simplement du MéHéHéHé…?

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Les dessins de Jeanne Macaigne m’ont conquise : tout simplement sublimes, parfait contraste entre les bestioles colorées et l’obscurité des fonds marins – une très belle palette de couleurs. Les illustrations se marient à merveille avec l’écriture de Sigrid Baffert et nous propulsent immédiatement dans son univers déjanté et pétri d’un humour comme je les aime. J’ai aimé découvrir ce monde à travers les yeux d’une faune sous-marine attachante et insolite – et tous ces néologismes croustillants !

Ce petit roman est un concentré d’humour et d’imagination fertile. C’est désopilant et savoureux à souhait. Un roman jeunesse intelligent et engagé puisqu’il choisi d’aborder la question écologique en réinventant le point Nemo…

« Croyez-moi, qui dit humain quelque part, dit début des emmerdements. »

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Sorj Chalandon – Une joie féroce ****

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Grasset – août 2019 – 311 pages

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Jeanne entre en résistance le jour où elle apprend qu’un cancer s’est logé dans son sein gauche. Une petite boule. « Le cancer ne s’attrape pas, c’est lui qui vous attrape. » En sortant de la clinique, elle s’achète un carnet bleu, comme le ciel. Et elle cherche un nom à donner à son cancer. « J’ai pensé au camélia. Un bouton rouge sang. Une fleur de décembre, le mois le plus éloigné du soleil. Voilà. Mon camélia. Mon hiver. »

La toute gentille Jeanne, si douce, polie, prévenante. « La bonne fille, la bonne élève, la bonne épouse qui acceptait tout des autres, de l’indifférence au mépris. » Elle entre en guerre et se métamorphose. Et puis elle rencontre Assia, Brigitte et Melody, ses sœurs de douleurs. Au fil des chimios, une amitié indéfectible naît entre ces femmes – le club des K. Qui sont ces femmes qui chantent la vie, qui font un pied de nez au cancer ? Qui rient, fument, boivent, sans se soucier du lendemain. Qui se serrent les coudes. Leurs rires qui clament haut et fort : « Mort au cancer ! ».

On découvre une Jeanne confrontée aux différentes réactions des uns et des autres après l’annonce de son cancer : la pitié insoutenable, la lâcheté, le dégoût… Et le coup de grâce : Matt son mari invisible qui la quitte, ne supportant plus de la voir comme ça. Une colère nouvelle enfle et gronde en elle. « Je me sentais à la fois fragile et incassable, invincible et mortelle. »

L’écriture de Chalandon me happe dès les premiers mots. Mon dieu comme ce roman m’émeut et me prend aux tripes. Comme je me suis attachée à ce gang de femmes, qui font de leurs faiblesses une force – des femmes lumineuses malgré l’enfer – et qui vont embarquer Jeanne Pardon dans leurs aventures… Une joie féroce est un roman puissant et violent que j’ai dévore avec avidité, éprouvant frissons, révolte, tristesse et fougue.

Gros coup de cœur

Karin Serres – Les silences sauvages ***

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Alma – août 2019 – 228 pages

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Ce curieux roman est composé de trois récits distincts, mettant en scène trois femmes, qui semblent avoir à peu près le même âge, quelque part entre jeunesse et vieillesse. Chaque récit porte le nom d’une créature : Sirène – Chien – Limule.

Les femmes de cette trilogie féminine sont seules, en marge de la société ; elles n’ont que faire des conventions, elles n’ont pas de nom.

~ Il y a cette femme silencieuse qui débarque un matin au bar le Dauphin d’on ne sait où et qui finit par y rester pour faire la cuisine. De violents cauchemars peuplent ses nuits.

~ Et cette autre femme qui vit seule avec son chien dans un appartement sans électricité et sans eau courante. Qui vit de rien. Qui part au travail le matin, ne mange rien, chasse le canard dans la forêt le soir. Qui a tout sacrifié pour sa grand-mère.

~ Cette femme enfin, qui part sur la côte Est des Etats-Unis pour assister à un congrès. Chaque matin, elle prend l’habitude de marcher sur la plage qui se trouve en bas de son hôtel. Elle y découvre une espèce jusqu’alors inconnue pour elle : des horseshoe crab. Elle se prend d’affection pour ces espèces de poêles à frire sur pattes, tout en apprivoisant l’enfant qu’elle porte en elle.

Trois récits où l’animalité demeure tapie dans un coin, prête à bondir, où la solitude est comme une seconde peau et où l’eau est un personnage à part entière : lac où l’on s’immerge, miroir, eau de pluie qui goutte sur le corps, mer. Les Silences sauvages est un bel ovni littéraire, étrangement poétique et surprenant, sur les mondes intérieurs et le sauvage.

Lecture dans le cadre d’une Masse Critique Babelio

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« Il pleut si fort que les immeubles d’en face sont noyés de brouillard. La pluie avance et danse en un immense mur d’eau bruissant. Le vent tourne, le plancher noircit autour de leurs pattes et de leurs pieds, l’air sent le bois mouillé, le moisi, la forêt. »

Shiga Izumi – Quand le ciel pleut d’indifférence ***

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Éditions Picquier – mars 2019 – 125 pages

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Deux semaines après la catastrophe de Fukushima, un homme se promène dans sa ville natale, située à quelques kilomètres du lieu du drame. Les rues sont absolument désertes. Lui, a choisi de rester. Il se retrouve devant la porte d’une maison et ses souvenirs resurgissent, sans crier gare. La catastrophe a déjà eu lieu pour lui, c’était il y a trente ans, l’été de ses onze ans.

Il se souvient de Misuzu, une camarade d’école nouvellement arrivée de Tokyo. Il se souvient des grenouilles, qu’il a exterminées par dizaines. Et de ce paon, sublime emblème de son passé. Cet oiseau divin qui empêche le mal en absorbant le venin.

Pourquoi cet homme n’a-t-il pas fui comme les autres habitants ? Que cherche-t-il dans ces rues désertées aux effluves radioactives qui ne sont plus peuplées que par les fantômes du passé ?

Il plane une ambiance de fin du monde, le narrateur déambule dans une ville post-apocalyptique ; si Fukushima n’avait pas vraiment eu lieu, on se serait cru dans un roman de science-fiction.

Passé et présent cohabitent et se confondent dans ce singulier roman. L’homme erre de rues en rues et le passé surgit au coin d’un immeuble, au détour d’une rizière. « La mémoire n’était pas dans ma tête, elle était au bord de la route, elle était au détour d’une rue. »

Un beau roman japonais sur la mémoire, la culpabilité, la responsabilité. Le paon se matérialise comme métaphore de l’énergie nucléaire. Dans son esprit s’établit le parallèle entre l’accident d’il y a trente ans et celui de Fukushima, interrogeant la responsabilité humaine – le paon, cet oiseau censé être divin, qu’il a nourri jusqu’au drame… Et le nucléaire, censé être l’énergie de l’avenir, porté aux nues, qui n’a apporté que destruction« Nous avons détruit notre avenir au nom de cette illusion ».

Kevin Powers – L’écho du temps ***

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Delcourt – 9 octobre 2019 – 264 pages

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« Nous naissons en oubliant, et bientôt notre naissance et notre enfance deviennent des rêves dont nous ne pouvons plus nous souvenir. C’est une grâce que la nature nous accorde, l’un de ses rares cadeaux, parce qu’elle nous laisse croire que nous ne sommes pas faits d’un bloc, que nous aurons notre mot à dire, quand, en réalité, notre fin est écrite longtemps avant notre début. »

L’Echo du temps se déploie autour de trois personnages dont le destin s’est scellé sur les ruines de la Plantation Beauvais, aux abords de Richmond, en Virginie. Nul n’a jamais su ce qu’il est advenu d’Emily Reid Levallois. A-t-elle péri en 1865 dans l’incendie criminel de la plantation, qu’elle aurait provoqué pour se débarrasser d’un mari tyrannique et esclavagiste ? Ou s’est-elle réinventée une vie ailleurs, comme le prétend la rumeur ? Rawls et Nurse, couple d’esclaves en fuite, ont-ils disparu dans les marais de Great Dismal ? Sont-ils parvenu à s’échapper sains et saufs ?

Près d’un siècle plus tard – en 1956George Seldom tente de démêler l’énigme de ses origines. Le vieil homme de plus de quatre-vingt-dix ans vit à Richmond. Du début de sa vie il ne se souvient de rien avant ce jour où il se retrouve, petit garçon, devant la porte d’une maison, en Caroline du Nord, avec rien d’autre qu’un morceau de papier portant cette inscription : « 1866. Je m’appelle George. J’ai presque trois ans. Prenez soin de moi. Je vous appartiens maintenant. » Le passé et la mélancolie viennent le visiter. Il saute dans un train, avec comme seul bagage, l’espoir de trouver les pièces manquantes de sa mémoire.

De la guerre de Sécession à l’Amérique contemporaine avec la guerre du Vietnam, la plume de Kevin Powers explore les tréfonds de l’âme humaine à travers des personnages en proie à la violence de leur époque ; l’auteur nous livre le portrait sanglant d’une Amérique torturée par son passé.

Un roman puissant, coup de poing, porté par une écriture flamboyante et maîtrisée, brute et poétique. La vie et l’humain, dans toute sa violence. La mort, le rêve d’une autre vie. Des destins brisés. Quelle empreinte laissons-nous sur terre ? Quelles répercussions le passé peut-il avoir sur le présent ?