Frédéric Boudet – Surf ***

SURF_DP300-1

Editions MeMo – Grande Polynie – Août 2019 – 224 pages

*

Adam, étudiant parisien, revient plus tôt que prévu à Brest, chez sa mère, ce petit bout du monde qu’il atteint après un long voyage en stop. Quelques jours auparavant, il a reçu une lettre d’une femme lui apprenant la mort de son père d’un cancer, il y a deux mois. La lettre provenait de Flagstaff en Arizona. Ce père qui est parti étudier les Navajos et qu’il n’a pas revu depuis ses huit ans. La lettre n’est pas arrivée seule : avec elle, un petit paquet de lettres enveloppées dans un plastique épais et poussiéreux… des lettres que son père lui écrivait sans jamais les envoyer.

À Brest, Adam retrouve son ami d’enfance Jack, ce géant de deux mètres avec ses éternelles Ray-Ban, ce fou émotif fan de surf et de bruits avec qui, adolescent, il communiquait par télépathie et qui l’accompagnait dans ses flâneries dans les rues en disséminant des autocollants aux slogans philosophiques et nébuleux, propageant ses petits manifestes littéraires hallucinés. Aux cotés de Jack, il y a désormais l’étrange Aeka, une jeune japonaise qui enregistre le moindre son, le moindre bruit pour nourrir ses compositions acoustiques spéciales, à la recherche du son de l’angoisse sacrée.

Depuis qu’Adam a reçu la lettre, les souvenirs de son père affluent ; leurs baignades, leurs balades dans les champs et les forêts de la lande bretonne, les histoires à dormir debout qu’il inventait… De chacune des lettres, la voix du père résonne. Adam se questionne : pourquoi l’a-t-il abandonné ? Pourquoi n’a-t-il jamais donné de signe de vie ?

Quand il n’est pas occupé à questionner le souvenir de son père, Adam se retrouve avec Katel, qu’il a rencontré sur la route. Katel et son grain de beauté sur la lèvre. Katel et ses mots comme des pansements.

« Chaque jour le présent dévaste ce qui fut. » Cette phrase, Adam l’a collée dans toute la ville. Il est hanté par le temps qui file sans prévenir ; le temps qui nous dévore peu à peu. Il conserve la moindre chose, vivant dans la peur que tout disparaisse un jour, parce qu’il sait que la mémoire n’enregistre pas tout – « ça ne t’a jamais paru insensé que la plupart des gens soient incapables de se débarrasser des objets qui composent leur passé ? »

Surf est un portrait de jeune homme saisissant et émouvant, à la recherche de ce père qu’il n’a jamais revu. Hanté par ses souvenirs d’enfant et les images qu’il conserve de lui dans sa mémoire. Un roman poignant et juste, parsemé de poésie« écouter le sang de l’être rouler dans les veines de la voie lactée » -, qui nous fait réfléchir sur la mémoire, la perte, le temps, la folie des uns et des autres… A lire et relire. ❤

***

« Adam murmure, il murmure et le vent , l’air sont une compresse douce contre ses lèvres, un pansement de silence. Il ouvre la bouche, ses yeux, sa poitrine, et il est presque aussi grand que le terrain dénudé autour de lui, presque aussi grand que le quartier, la ville, la rade, il devient la rade, l’océan et la houle – il y a quelque chose qui se tient là, quelque chose ou quelqu’un. »

 

 

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