André Aciman – Les variations sentimentales ***

9782246815075-001-T

Grasset – 6 février 2019 – 368 pages

*

Paul revient sur la petite île italienne de San-Giustiniano qui l’a vu grandir. Personne ne semble le reconnaître. Les souvenirs resurgissent. « Ma vie a commencé et s’est arrêtée ici, un été, dans cette maison qui n’existe plus, dans cette décennie qui s’est dissipée si vite, avec cet amour impossible qui a tout changé mais n’a mené nulle part. »

Il se retrouve à l’endroit où se dressait la maison familiale, disparue dans un incendie. Ne reste que des cendres, des fragments de métal – la carcasse de leur maison. « Quelque chose en moi était mort ici. » Paul se revoit adolescent, tombant fou amoureux de Giovanni, le menuisier de l’île. Les premiers émois sont à nouveau palpables.

C’est dans le sillage de cet amour impossible pour celui qu’il a toujours appelé Nanni, que ses autres désirs naissent. Après, il y aura Maud, à New York. Quelques mois d’une relation étrange, composée de jalousies nébuleuses et de brusques élans du cœur. Et Manfred, cet homme athlétique qu’il rencontre sur un cour de tennis. Avec Chloé, le désir et l’amour feront des ravages.

L’écriture sensuelle et poétique d’André Aciman m’a tout de suite plu ; l’écrivain décrypte les sentiments et émotions qui animent Paul avec justesse et précision. Il sonde son cœur et analyse le désir sous toutes ses coutures. « Le nectar de la vie », les regrets, le passé… J’ai aimé ce ballet incessant autour du désir et de l’amour, et ce questionnement lancinant sur l’amour d’une vie ; passe-t-on notre vie à passer à côté d’une autre vie ? Et si ma vie avait été différente ?

« Il y a une vie qui se déroule en temps normal et une autre qui surgit un jour mais fait long feu tout aussi soudainement. Et il y a aussi la vie que nous ne pourrons peut-être jamais atteindre, mais qui pourrait si facilement être nôtre si seulement nous savions comment la trouver. » 

Une lecture délicieusement mélancolique sur ces amours stellaires.

***

« Le passé peut être ou non un pays étranger. Il peut se transformer ou rester inchangé, mais sa capitale s’appelle toujours Regret, et ce qui le traverse est le grand canal des désirs immatures qui se jette dans un archipel de minuscules possibles qui ne se sont jamais vraiment produits, mais ne sont pas irréels pour autant et pourraient encore se réaliser même si nous craignons qu’ils ne le fassent jamais. »