Bilan 2018 & Coups de coeurs 💕 


Je me répète chaque année, mais quelle folie ce temps qui file à une allure surréaliste… Plus on vieillit et plus ce fichu temps nous file entre les doigts.

Cette année, mon bébé est devenue un grand bébé ; elle s’est mise à marcher, à crapahuter dans tout l’appartement, à vider les placards régulièrement, à dire « non non non » et à hurler « chaaaat » dès qu’elle voyait une boule de poils à moustaches. Elle s’est mise à nous faire plein de bisous en tendant sa petite lippe, à nous dire « monamou » en nous tendant tous les livres qu’on lui a déjà lu 2397474 fois. Elle s’est mise aussi à nous arracher nos lunettes, nous foutre deux-trois baffes dans la tronche sans raison et notre bienveillance a vacillé plus d’une fois… Bref, avec un enfant on en apprend tous les jours (surtout sur soi et le constat n’est pas toujours reluisant). Mais l’amour est inimaginable, démesuré et fou. Toujours. ♥️

Côté lectures, j’atteins les 130 lectures cette année, dont 33 bandes dessinées & albums, ce qui est un record pour moi…! Les lectures de 2018 sont marquées par davantage de littérature jeunesse, davantage de BD, toujours énormément de littérature étrangère… Et de belles et étonnantes découvertes en littérature française. De beaux échanges avec vous, que ce soit sur le blog ou sur Instagram. De beaux partenariats notamment avec Grasset et sa collection de littérature étrangère qui est une véritable mine d’or… 

Et 2019 s’annonce tout aussi excitant littérairement parlant ; au mois de janvier, je rencontre deux auteures – Marie Pavlenko et Anne-Laure Bondoux – et j’assiste à la présentation de presse de l’école des loisirs pour leur rentrée littéraire d’hiver. J’ai hâte. 2019 sera aussi placé sous le signe du voyage : nous partons à la conquête du Far West tous les 3 en juillet…! 

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Voici les livres qui ont marqué mon année

 

* Côté romans *

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* Côté bandes dessinées et albums *

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* Côté jeunesse *

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Je vous souhaite à toutes et à tous une très belle année 2019, riche en littérature, en lectures, en voyages, en échanges, en découvertes… Et un beau réveillon ✨

 

 

Dans la bibliothèque de Kamilichat : TOP lectures 2018

Petite nouveauté cette année pour mon bilan… Je consacre une chronique entière aux lectures préférées de Kamilia en 2018 : autrement dit, je vous présente les livres qu’on lui a lu le plus souvent cette année…! Voici donc les 24 livres qui arrivent en tête de lecture chez nous.

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  • Parmi ses lectures fétiches, on retrouve les aventures de l’indétrônable Petit Ours Brun : les livres sonores ont sa préférence, ainsi que les imagiers représentant l’univers et les objets familiers de Petit Ours Brun (par contre, ils pourraient faire des livres plus solide, l’imagier de la maison commence à partir en lambeaux…)
  • On retrouve également toutes les aventures de Petit Lapin de Jörg Mülhe, qu’on A-D-O-R-E ! A chaque épisode, il s’agit d’accompagner Petit Lapin dans son activité : le mettre au bain, le préparer pour le coucher et lui soigner sa blessure. Kamilia connaît maintenant les gestes par cœur ! Elle fait plein de bisous au livre, souffle, tapote, caresse et compatis…
  • Chapacha, de Anaïs Massini. Un livre poétique, tout en jeux de mots, en sonorités…
  • Pip et Prune, de Axel Scheffler. « La Petite flaque » est la première aventure que nous découvrons ; les dessins sont adorables ils fourmillent de détails et on s’arrête un moment sur chaque double page.

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  • Fantou à la ferme, de Sophie Motte. Un collector, retrouvé dans mes propres livres d’enfant et que Chaton aime beaucoup : plein d’animaux à nommer et pointer du doigts, douceur des dessins et forcément, un chat.
  • A ce soir, de Jeanne Ashbé. L’auteure nous décrit, page après page, le quotidien de deux bébés à la crèche, le temps d’une journée. C’est devenu un classique, c’est LE favori de tous les temps, dont elle ne se lassera jamais. Et j’en suis aussi complètement amoureuse, il est empli de douceur, que ce soit dans le trait de crayon, les couleurs ou les mots. Chaque paragraphe est composé de rimes. Un vrai plaisir.
  • Emile a la grosse patate, de Vincent Cuvellier. Un album qui nous fait mourir de rire. La tronche d’Emile vaut son pesant de cacahuètes. Je craquerai certainement pour les autres tomes!
  • Regarde dans la nuit, de Catherine Graindorge & Regarde dans la neige, de Emiri Hayashi. Une série d’albums à tomber! Dans chacun des albums on suit un petit chat ou un petit lapin, doux au toucher, à travers le paysage. Certaines images sont argentées, en surimpression. De vrais bijoux visuels.
  • L’imagier Montessori de Balthazar. Un imagier incontournable, qui fait défiler les objets du quotidien, de la maison à l’univers tout entier.
  • Mon amour, de Astrid Desbordes et Pauline Martin. Un message bienveillant et universel. Page après page, la maman d’Archibald lui explique l’amour qu’elle ressent pour lui ; un amour infini. Pour le lire, Kamilia me le tend en disant « Monamou »
  • Les Bêtes en couleurs, de Rod Campbell. Exemplaire trouvé en vide-grenier. On lui lit depuis ses 6 mois ; elle adore toucher les petites bêtes, qu’elles soient velues comme la grosse araignée, brillantes ou rugueuses.

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  • Mon rayon de soleil. Un album sur une journée d’été dont les pages sont à tourner en tirant sur les languettes de ruban.
  • Petit Pois, de Davide Cali. Tellement de mignonitude pour cet album qui nous raconte l’histoire de Petit Pois, un tout petit bonhomme qui est né trop petit
  • Mon imagier-jeu des couleurs. Grand grand plaisir de pointer du doigt et de nommer couleur après couleur, tous ces objets et animaux.
  • Oh! C’est cassé, de Jeanne Ashbé. Une aventure, tout en bienveillance, de Lou et Mouf.
  • Tout le monde dort ? de Audrey Poussier. J’en avais fait une chronique, juste là.
  • Bonne nuit ! De la collection Kididoc. Un livre à rabats qui nous parle beaucoup.
  • Délivrez-moi ! de Alex Sanders. Un livre tout cartonné qui a beaucoup de succès et qui la fait glousser du début à la fin, surtout quand le « clac » retentit !
  • Mes comptines du monde. Livre sonore de chez Gallimard, notre collection préférée. Les sons de ce livre ont rythmé notre voyage à Istanbul. On ne pouvait plus s’ôter de la tête les paroles de comptines grecque, russe, mexicaine…

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Bon, j’espère ne pas vous avoir perdus avec cette liste longue comme le bras !!! Il semblerait que ma fille soit déjà accro aux livres et à la lecture. Je suis tellement heureuse de lui avoir transmis ce merveilleux virus.

Et vous, que lisent vos bouts de choux ?

 

 

Tenir jusqu’à l’aube ***

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L’Arbalète Gallimard – juin 2018 – 192 pages

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Le personnage principal de ce roman est une femme qui élève seule son enfant de moins de deux ans. On sent cette femme au bout du rouleau, au bord du gouffre. Graphiste en free lance, elle peine à joindre les deux bouts. Il y a les nuits sans sommeil, l’enfant à gérer sans moyen de garde.. Sans crèche, sans famille à proximité, sans budget pour une baby-sitter… Et la solitude aussi ; elle traîne sur des forums de « mamans solos » et vit au rythme du quotidien que peu d’événements viennent briser, au sein de « leur huis clos, leur petit enfer quotidien ».

Elle espère un jour que le père finisse par se manifester. L’absence paternelle pèse sur leur relation. Alors pour souffler, pour s’extraire du carcan de mère modèle imposé par la société, elle se met à fuguer la nuit, quand l’enfant dort. Dix minutes puis une heure, deux heures… de plus en plus loin et de plus en plus longtemps. 

Cette mère au bord de la crise se met à jouer avec le temps et le feu. Comme la chèvre de Monsieur Seguin, elle tire sur la corde… Cette métaphore qui revient comme une ritournelle entêtante tout au long du récit. J’ai aimé cette symbolique, cette métaphore filée de la petite chèvre de Monsieur Seguin, jusqu’à la fin…

Un récit empreint d’une tension latente jusqu’au dernier chapitre. Sournoisement, le drame se tisse et se fait désirer. La tristesse et la lassitude que cette femme ressent vis à vis de ce quotidien fusionnel avec son enfant sont palpables. Tout comme sa culpabilité, profonde.

Tenir jusqu’à l’aube – c’est ce que fera la petite chèvre blanche, courageuse, forte jusqu’au bout – est un roman terrible, qui dépeint sans fard le quotidien d’une maman seule et ses besoins d’échappées hors du quotidien, hors de sa réalité. Un roman qui dénonce aussi la pression extérieure et le regard des autres qui jugent, sans cesse, même sans avoir d’enfant – cette société tyrannique.

La fin surprenante : un coup au coeur, un coup de massue. 

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« Elle était lasse, fatiguée de cette créature qu’elle avait créée de toutes pièces : la bonne mère. C’était sans doute dans ces moments-là que l’envie de fuir était la plus forte. Quand elle réalisait qu’elle ne supportait plus cet unique rôle où on la cantonnait désormais, dans un film dont elle avait manqué le début, et qu’elle traversait en figurante. C’était alors que les fugues s’imposaient, comme une respiration, un entêtement. »

Frankenstein à Bagdad ***

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Le Livre de Poche – 2017 – 448 pages

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Bagdad, printemps 2005. Dans le quartier de Batawin, Hadi le chiffonnier récupère des fragments de corps abandonnés sur les lieux de différents attentats pour les coudre ensemble et reconstituer un corps… Corps qui va disparaître quelques jours plus tard.

Il raconte ensuite que la mystérieuse créature qu’il a fabriquée – et qu’il nomme « Trucmuche » – a pris vie et qu’elle écume les rues pour venger les victimes dont elle est constituée. Sa réputation d’affabulateur n’étant plus à faire, personne ne le croit au début… Jusqu’à ce que le journaliste Mahmoud se penche sur l’affaire.

C’est aussi l’histoire d’Elishua, Oum Daniel, qui pleure toujours son fils disparu il y a des années, jamais revenu d’une guerre. C’est l’histoire également de ce gardien renversé par une voiture piégée, dont l’âme se balade sans corps

Un synopsis séduisant et prometteur qui tient ses promesses.

A la fois conte réaliste et fantasmagorique, ce roman terriblement prenant nous remue et nous émeut ; cette lecture aux multiples visages m’a fascinée. Le Trucmuche est une figure symbolique très forte ; à la fois victime et bourreau, ce Frankenstein irakien, aussi nommé le « Sans-Nom », symbolise un pays, entre crises et contradictions. « Je vengerai les innocents qui n’ont d’autres secours que les frémissements de leur âme qui en appelle à refouler la mort et à l’entraver. »

Juliana Léveillé-Trudel – Nirliit ***

Nirliit

La Peuplade – octobre 2015 – 184 pages

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Québec. La narratrice divague en s’adressant à Eva, la disparue – l’absente qui hante ces lignes. La narratrice nous décrit la toundra qui émeut et donne envie de brailler. Elle nous raconte ce besoin qu’elle a de se donner aux autres et de venir en aide aux plus démunis du Nord. Chaque été, elle fait le voyage vers le Nord et ses peuples inuits. Irrésistiblement attirée par ces terres et leurs aurores boréales. Chaque été elle répond à son irrésistible besoin de réparer les injustices du monde. Elle n’en a jamais assez, malgré, la fatigue, malgré le manque d’un mari et d’enfants, le manque d’une famille à elle. Elle se confronte ainsi au froid du Nord, et à son extrême pauvreté, son alcoolisme, son délitement.

Ce Nord qui brise des cœurs, ce Nord où il fait 5 degrés en plein mois de juillet… L’Arctique canadien où les caribous envahissent les pistes d’atterrissage. La narratrice cette année y cherche désespérément son amie Eva, portée disparue. Que personne ne cherche.

Nirliit est un récit plutôt court, écrit dans une langue poétique et rugueuse, mêlant québécois et français. Une langue qui m’a dépaysée et happée.

David Foenkinos – Vers la beauté **

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Éditeur : Gallimard – Date de parution : mars 2018 – 224 pages

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Antoine Duris quitte du jour au lendemain son poste de maître de conférence à l’Ecole nationale supérieure des beaux arts de Lyon. Pour devenir… gardien de salle au musée d’Orsay. Pour quelles obscures raisons ? Il argue vouloir être assis dans une salle au milieu des tableaux, travailler au milieu de la Beauté.

Antoine est pourtant un enseignant émérite et respecté qui bénéficie d’une certaine renommée. Alors pourquoi tout quitter ? Pourquoi quitter Lyon pour Paris tout en s’assurant que personne ne puisse le retrouver ?

Mot après mot, le lecteur finit par découvrir que le destin d’Antoine est étroitement lié à celui de Camille, une toute jeune étudiante en art qui cache un sombre passé.

Ce nouveau roman de David Foenkinos m’a laissée quelque peu dubitative ; c’est un récit sombre et tragique. Où la beauté des œuvres contraste avec la monstruosité humaine. En filigrane se pose cette question : la beauté – autrement dit l’art – est-elle capable de sauver une âme ? De redonner sens à une vie ? Vers la beauté est un roman énigmatique, qui oscille entre ombres et lumières. J’ai été secouée et certains passages sont poignants, mais je ne suis pas parvenue à adhérer totalement à l’intrigue, à y croire tout à fait.

Martin Page & Coline Pierré – Les Nouvelles vies de Flora et Max ****

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Éditeur : école des loisirs – Date de parution : novembre 2018 –

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Il s’agit de la suite de La folle rencontre de Flora et Max. On retrouve ces deux adolescents fragiles et maladroits, qui avaient fait connaissance en s’envoyant des lettres, chacun dans sa propre prison… Flora dans une « vraie » prison pour avoir frappé une fille de son lycée – Max quant à lui dans une prison qu’il s’est lui-même créée : criblé de phobies, il ne sortait plus de sa chambre. Ils se sont donc écrit des lettres, chacun depuis leur cage respective.

Ce second tome s’ouvre sur leur rencontre dans le monde réel, à la sortie de prison de Flora. Leur amitié s’étoffe, prend de nouvelles formes. Les deux adolescents continuent malgré tout de s’envoyer de temps à autre des mails, pour garder ce lien singulier qu’ils aimaient, ce que l’écrit rendait unique. Leur langue commune, c’est le sentiment de leur inadéquation avec le monde.

J’ai beaucoup aimé ce second tome – les personnages sont plus détaillés, se livrent davantage. Ils changent, évoluent, prennent conscience de beaucoup de choses… Flora trouve un job dans leur maison de retraite préférée en parallèle de ses études d’anthropologie et Max entame un CAP de cuisine sans trop savoir ce qu’il en ressortira.

Un projet dévorant de centre commercial menace le fragile équilibre de leur vie : il va falloir se battre et se faire entendre pour faire survivre la maison de retraite qui est menacée. L‘endroit où ils se sont créés leur refuge… avec des personnes précieuses comme Madame Breitendeld et drôles comme Birgit.

Humour, poésie et douceur. Trois mots qui caractérisent à merveille ce roman écrit à quatre mains. Flora et Max sont définitivement deux adolescents attachants et décalés, à côté de leurs pompes et touchants. Ce sont des inadaptés dont on se sent profondément proche. Des anti-héros qui changent le monde, à leur façon. J’ai aimé leur combat pour la survie de la maison de retraite – comme cette manifestation faite de courses en déambulateurs, de sauts d’obstacle en pantoufles…

Quelle jolie pépite… tout en douceur, maladresse, poésie. Les mots de Martin Page et Coline Pierré sont magiques. « Il ne faut pas chercher où se trouve notre place dans le monde, il faut modeler, sculpter le monde pour le tailler à notre mesure. »

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Julien Dufresne-Lamy – Boom ***

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Actes Sud Junior – avril 2018 – 112 pages

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Timothée et Étienne – deux amis inséparables depuis leur rencontre au cours de danse africaine de leurs mères. Une amitié de trois ans qui se trouve fauchée par un fou de Dieu sur le pont de Westminster, à Londres.

Dans ce monologue, Étienne s’adresse à Tim, son ami disparu. L’adolescent égrène les souvenirs de leur rencontre, leurs années lycée, leurs beuveries, leurs soirées, leurs fous rires, leurs (rares) disputes… Jusqu’à ce voyage scolaire qu’ils n’auraient jamais dû faire.

La voix d’Etienne, vibrante d’émotion, conjugue les verbes tantôt à l’imparfait, tantôt au présent ; signe que la disparition de Timothée est une réalité inacceptable et absurde. Au fur et a mesure des mots et des souvenirs accumulés sur la page, le personnage de Timothée prend forme et couleur, épaisseur et vie et l’émotion nous étreint.

Antoine Dole – Ueno Park ****

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Éditeur : Actes Sud Junior – Date de parution : août 2018 – 128 pages

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Huit voix – huit adolescents qui prennent la parole, tour à tour. Huit jeunes en marge de la société japonaise, différents des autres.
Dehors, c’est Hanami – la saison de l’éclosion des fleurs de cerisiers. « Ce moment de l’année où l’impossible se passe, et où des fleurs roses poussent sur des arbres à l’écorce noire. Celui où la nature se réinvente. »
Il y a Ayumi, qui sort de chez elle peu avant l’aube, après être restée cloîtrée dans sa chambre pendant plus de deux ans, devenant comme un fantôme pour ses proches et pour elle-même.
Sora qui renaît sous les traits d’une autre grâce au maquillage. Le maquillage révèle celle qui dort au fond de lui.
Fuko, qui est en fauteuil roulant, son corps comme un tombeau – condamnée par la maladie, c’est son dernier Hanami.
Natsuki qui s’achète des vêtements de luxe grâce à son activité d’escort girl.
Haruto qui a survécu au tsunami qui a ravagé sa ville quand il avait dix ans… et qui lui a pris son père.
Daïsuke a arrêté ses études à seize ans pour travailler dans une petite échoppe de pan-cakes… Il passe ses journées à les faire cuire pour les vendre. Pour la société, il est un perdant.
Aïri attend Makoto afin de lui déclarer sa flamme…
Et Nozomu, qui s’est livré lui-même à la rue, pour sauver sa famille de la misère.
Comme le dit si bien Haruto : « Je suis né sur une île où l’on ne fait pas de vague. » On attend de ces adolescents qu’ils soient à leur place ; à la place qu’on leur a attribué et qu’ils ne sortent pas des clous. Ces voix nous parlent de renaissance, elles célèbrent ensemble la différence et ses richesses.

Michela Marzano – L’amour qui me reste ***

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Éditeur : Grasset – Date de parution : octobre 2018 – 304 pages

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Le soir où sa fille Giada se donne la mort, ne laissant que quelques mots sur un bout de papier, Daria s’effondre, et le monde autour d’elle aussi. Au fil de ce roman, la mère s’adresse à sa fille disparue – une adresse qui demeurera sans réponse. La mère endeuillée égrène les souvenirs sous la forme d’un long monologue : le désir impatient de devenir mère à vingt-cinq ans, l’adoption, l’amour inconditionnel, la maternité, la relation mère-fille fusionnelle et complexe, le sentiment d’abandon que Giada ne peut s’empêcher de ressentir…

Comment écrire sur cette réalité qui n’a pas de mot : la perte d’un enfant. Qui est-on quand on perd son enfant, que devient-on ? Aucun mot n’existe pour désigner cette réalité inadmissible, contre-nature.

Il y a la culpabilité aussi. Pourquoi Giada s’est-elle suicidée? Pourquoi a-t-on envie d’en finir à vingt-cinq ans ? Daria aurait-elle pu enrayer le cours des choses ? J’ai été touchée et ébranlée par cette mère qui cherche désespérément à donner un sens au geste de sa fille. A donner un sens à sa douleur.

L’amour qui me reste est une lecture poignante qui m’a prise à la gorge au fur et à mesure que je lisais… J’en suis ressortie sonnée.

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« Le mal laisse sans mots. Si tu ne le nommes pas, il n’existe pas. Si tu ne l’appelles pas, il disparaît. Jusqu’à ce que tu sombres dans la folie pour avoir ingurgité tous ces mots imprononçables. Mais ne vaut-il pas mieux se détacher de la réalité plutôt qu’admettre la fin de toute chose ? »