Adeline Dieudonné – La vraie vie ***

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Éditeur : L’Iconoclaste – Date de parution : 29 août 2018 – 270 pages

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Dans ce petit pavillon qui ressemble à tous les autres pavillons du lotissement, vit une famille, celle de la narratrice ; elle y vit avec son frère Gilles et ses parents. Il y a quatre chambres : la sienne, celle de Gilles, celle des parents et… celle des cadavres : les trophées de chasse que son père expose et dont il est si fier.

C’est une gamine d’une dizaine d’années qui prend la parole et nous raconte son enfance avec une mère amorphe comme une amibe et un père empli d’animosité qui anime les soirées avec ses colères spectaculaires… Heureusement qu’il y a Gilles et son sourire. Le samedi après-midi, le frère et la sœur aiment fureter dans les carcasses de voitures de la déchetterie – ce cimetière de métal qui les fascine. Ils aiment parler à ces voitures cassées, fracassées. Ils se racontent des histoires, rient ; se commandent des glaces avec une montagne de chantilly chez le glacier…

Jusqu’au drame. Alors, le sourire de Gilles disparaît. Son rire s’éteint. Quelque chose en lui s’effondre. « Chaque soir, le visage en viande dans ma tête. Chaque soir, ce craquement dans les yeux de mon petit frère. » Et il n’y a personne pour le réparer ; personne pour le consoler.

La gamine va tout faire pour retrouver le sourire de Gilles, son innocence et sa joie de vivre. Elle est prête à remuer ciel et terre pour cela. Ce dont elle aurait besoin, c’est d’une machine à remonter le temps, comme dans Retour vers le futurIl lui faut à tout prix revenir en arrière, inverser le cours des choses pour chasser cette sauvagerie de hyène qui semble s’être installée dans les yeux de Gilles, cette vermine qui a pris possession de lui.

Le ton à la fois caustique et tragique de ce roman m’a séduite dès les premières pages. En deux temps trois mouvements, j’étais scotchée. L’écriture de Adeline Dieudonné m’a littéralement harponnée. Prenant et angoissant, La Vraie vie est un roman coup de poing que je ne suis pas prête d’oublier.

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« Tout me semblait irréel. Le jardin, la piscine, le romarin, la nuit qui tombait. Ou plutôt, nimbé d’une réalité nouvelle. La réalité sauvage de la chair et du sang, de la douleur et de la marche du temps, linéaire, impitoyable. »

« En réalité, c’était peut-être la seule chose que nous partagions tous les quatre, l’envie d’en finir avec cette famille. »