Marie-Aude Murail – En nous beaucoup d’hommes respirent ****

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Éditeur : L’Iconoclaste – Date de parution : 29 août 2018 – 440 pages

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Derrière cette sublime couverture dentelée se cache l’histoire de la famille de Marie-Aude Murail. Une histoire qui commence avec la rencontre de Raoul et Cécile – alias Moussia – ses grands-parents maternels.

C’est en vidant la maison de ses parents que la romancière tombe sur une véritable boîte aux trésors : des paquets de lettres, des mèches de cheveux, des photos, des images pieuses et des menus de mariage se mêlent aux journaux intimes. A partir de ces trésors, Marie-Aude déroule l’histoire de sa famille. Au fur et à mesure que les paquets de lettres sont déficelés et et les journaux dépouillés, une histoire sur trois générations se dessine, de la Grande Guerre aux années 2000. Trois générations pour trois histoires d’amour…

« C’est l’écriture manuscrite qui m’a attirée, car elle retient la chair et le sang ».

Au fil des chapitres, l’auteure écrit à partir des archives familiales, jusqu’au dernier chapitre qui s’ouvre sur un dialogue avec la jeune femme qu’elle était à dix-huit ans… Le récit de Marie-Aude Murail est enrichi de fragments de lettres manuscrites et de photos – afin de garantir une immersion complète.

La romancière en profite pour évoquer le statut d’écrivain, la vocation d’artiste, notamment à travers la figure de son père mais plus largement à travers sa fascinante famille d’artistes : des frères et sœurs écrivains et compositeur de musique, dans le droit chemin du grand-père Raoul Barrois.

Marie-Aude Murail développe une réflexion sur l’écriture et l’inspiration – qui pour elle, se nourrit de ses lectures : « En moi beaucoup d’écrivains respirent. » Sa passion pour l’écriture naît dès les premières années. Quand elle était enfant, elle pouvait passer des heures dans son lit, à fantasmer et imaginer. Ses personnages, elle les créaient déjà. Ses récits de jeunesse, elle les faisait illustrer par sa sœur Elvire.

En nous beaucoup d’hommes respirent est un livre foisonnant & enrichissant sur de nombreux points. A côté de l’écrivain jeunesse talentueux et prolixe, se tient une femme qui cherche sa place dans la lignée féminine en tant que femme, mère et épouse. Devant nos yeux se dessine une fresque familiale incroyable ; elle se dévore à la façon d’un roman. Une auteure dont j’aime définitivement la façon de s’exprimer, les mots qu’elle choisit, le personnage qu’elle est et qu’elle incarne.

Bref, vous l’aurez compris, ce livre est un concentré d’émotions brutes, c’est un coup de cœur, un petit chef-d’oeuvre qui m’a conquise. ❤

Et je vous donne rendez-vous sur mon Instagram pour un concours en partenariat avec les éditions de l’Iconoclaste : il s’agit de remporter un exemplaire de cette merveille !!

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« Je ne sais pas vivre sans joie. »

« Maman pensait que les joies que procure l’amour s’accompagnent nécessairement de ce qu’elle appelait La Facture, du titre d’une pièce de Françoise Dorin. La facture, c’est la peur quotidienne de perdre ceux qu’on aime, soit qu’ils meurent, soit qu’ils trahissent. »

« Je veux savoir toute ma vie dire non à la contrainte, à la facilité, à la vulgarité, à la routine, à l’embrigadement, à la dépoétisation de la vie quotidienne. Non à l’habitude de vivre. Oui au changement, à la création continuelle, au paradoxe. »

Pourquoi la vie passe plus vite à mesure qu’on vieillit, Douwe Draaisma.

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Guy Boley – Quand Dieu boxait en amateur ****

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Éditeur : Grasset – 29 août 2018 – 192 pages

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Besançon. Le père de Guy Boley y est né, dans un quartier périphérique, loin des
Notaires et des godasses, près d’un no man’s land de locomotives. Ce quartier, il ne l’a jamais quitté ; il y est mort.

Guy Boley écrit sur cet homme qui l’a tant marqué ; il nous raconte ce père aimé et admiré ; ce père qui fut champion de boxe, acteur, chanteur, acrobate et forgeron. Enfant, il craignait que son père ne souffre trop sur scène lorsqu’il interprétait Jésus crucifié. A l’époque, son père c’est Dieu. Et il y croit dur comme fer. « Roi sur un ring, Jésus sur scène, Zeus dans la forge, il était monté bien trop haut pour se permettre de descendre comme un simple mortel… »

Au début des années 90, il fait un AVC, devenant hémiplégique et perdant l’usage de la parole. Après sa mort, Guy fait la découverte d’un petit carnet – remplis de chansons, poèmes, mots farfelus. Le fils décide de raconter le père, ce héros – son héros. « Il me faut désormais le recoudre, ce passé déchiré, assembler pièce par pièce le manteau d’Arlequin… »

L’écriture de Guy Boley fait mouchevirtuose, elle mêle poésie, humour et émotion brute. L’écrivain sublime la figure paternelle par la fiction.

Il ne m’a suffit que de quelques mots pour être embarquée dans ce roman biographique. Les personnages ont pris vie sous mes yeux presque instantanément, grâce à une langue poétique et imagéeFils du feu m’avait bluffée ; la magie opère à nouveau avec ce nouvel opus… Un gros coup de cœur et un incontournable de cette rentrée littéraire ! ❤ ❤ ❤

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« Quand on se façonne un destin sur l’enclume ou sur le ring, forgeron ou boxeur, qu’importent les matériaux : ferraille ou chair humaine c’est du pareil au même. »