Amanda Coplin – L’homme du verger ****

9782264058362

Éditeur : 10-18 – Date de parution : juin 2015 – 543 pages

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Nous sommes à l’aube du XXe siècle. L’homme du verger, c’est William Talmadge. Il a grandit dans un verger à Wenatchee avec sa mère et sa sœur. La première est morte de maladie, et la seconde a disparu un jour dans la forêt, sans laisser une seule trace, un seul mot. Talmadge avait dix-sept ans. Depuis, il a vécu seul dans son verger, entretenant ses arbres, abricotiers, pruniers, pommiers ; vivant de ses récoltes.

Talmadge demeure hanté par la disparition de sa sœur. C’est un homme taiseux et solitaire, qui est resté bon et généreux malgré les douleurs du passé ; il vit au rythme des saisons et des récoltes. Sa vie est également rythmée par l’arrivée des Indiens et des chevaux qu’ils dressent pour les revendre dans d’autres villes.

Deux très jeunes filles enceintes vont débarquer dans sa vie. Deux gamines farouches qui rôdent autour de son verger comme deux animaux sauvages, lui volant d’abord des pommes. Puis Talmadge tentent de les apprivoiser en leur laissant de la nourriture sur le pas de sa porte… Elles semblent affamées. D’où viennent-elles ? Leur passé va vite les rattraper et chambouler la sérénité du verger.

Le récit se déploie avec lenteur et poésie. J’aime l’ambiance qui s’installe, paisible, et je découvre des personnages authentiques et une écriture exaltante et sensible. Certains passages m’ont ému aux larmes. C’est un roman sublime sur la famille, la solitude…

Ce roman est une bouffée d’oxygène. On entend le vent dans les abricotiers, on ressent la chaleur du soleil sur notre peau. On traverse les allées des vergers avec Talmadge. Je me suis laissée transporter à cette époque où prendre le train relevait de l’extraordinaire.

Coup de cœur pour cette merveille…   ❤

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« Dans les vergers, les feuilles étaient d’un bleu argenté. Les cris des oiseaux, que le silence de la route lui avait fait oublier, quadrillaient le ciel. Et puis il y avait ce mélange d’odeurs : celles de l’eau, des fruits, des fleurs et de la poussière. Toujours la poussière. »

« La tristesse était le produit de ces deux sentiments – le bonheur d’avoir de la compagnie, l’inquiétude de voir sa solitude interrompue. »

« Que signifient les saisons pour un homme qui va mourir ? Talmadge ouvrait les yeux en milieu de matinée et observait l’air dans la pièce. L’air avait quelque chose à voir avec la lumière, la qualité de la lumière – intensément dorée – ainsi qu’avec la vie des arbres, qui rejetaient de l’oxygène, l’air qui silencieusement tourmentait la maison. L’air qu’il inspirait dans ses poumons avait encore en lui quelque chose de la vie intérieure des arbres, leurs rêves saturés de chlorophylle, de soleil et d’eau, de pesanteur, de racines et d’enchevêtrements.