Claire Cameron – L’Ours **

1540-1

Editeur : 10-18 – Date de parution : – pages

*

La quatrième de couverture annonçait un roman à mi-chemin entre Into the wild et Room ; cela avait de quoi m’intriguer car j’avais été très émue par le film de Sean Penn, et j’avais adoré le roman d’Emma Donoghue.

La romancière s’inspire ici d’un fait divers survenu en 1991 dans un parc naturel de l’Ontario, au Canada. Sur les rives du lac Opeongo, sur l’île de Bates, un couple qui campait a trouvé la mort, attaqué en pleine nuit par un ours brun. A l’époque, personne n’a compris comment cela avait pu arriver.

Dans le roman de Claire Cameron, le couple a deux enfants. C’est la petite Anna, cinq ans, qui prend la parole. C’est par ses mots et son regard que nous sont racontés les événements. Un récit à hauteur d’enfant, comme dans Room. Avec ses propres mots, son univers et son imaginaire, Anna raconte comment, avec son frère Stick, ils se retrouvent seuls au petit matin, après l’attaque de la nuit. Le campement est sans dessus dessous. Anna retrouve un « morceau de viande » avec la chaussure de son père. La chaussure de sa mère se trouve à l’autre bout du campement. Quand la fillette s’approche, sa mère lui ordonne de prendre le canoë et de partir avec son petit frère.

L’atmosphère du roman est lourde ; on a peu à peu une boule au ventre de voir évoluer ces deux enfants au milieu de cette nature sauvage, sans présence humaine, privés de leurs parents. Livrés à eux-mêmes sans s’en rendre compte, sur cette île qui deviendra le théâtre de ses cauchemars. Et ce chien noir qu’elle a en elle et qui ne la quittera pas…

Au début, je suis dérangée et déroutée par cette voix d’enfant, qui me perd un peu et m’agace par moments – je n’avais pas eu ce sentiment à la lecture de Room.

Et finalement, de la voix d’Anna il finit par se dégager une certaine poésie ; cette voix d’enfant a quelque chose de sauvage et de brut, comme la nature qui les entoure. Si elle m’agace dès les premières pages, elle finit par me convaincre et me remuer. Le regard qu’elle porte sur le monde est empreint de la magie de l’enfance ; quand on croit encore que les parents vont revenir du Paradis, que les fauteuils volent d’une maison à une autre. Derrière l’innocence de la voix d’Anna se dessine en filigrane l’horrible vérité…

Un roman qui m’a fait éprouver des émotions contradictoires. L’émotion a surgit de façon brutale dans les dernières pages. Une lecture marquante, qui m’a serré le cœur une fois la dernière page tournée.

***

« Je pleure et il y a un lac à l’intérieur de moi, c’est de là que toutes les larmes sortent et il devient plus petit pendant que le lac à mes pieds grandit tout le temps, bientôt mon lac caché sera sec et je mourrai, et ce sera la faute de Maman parce qu’elle m’a laissée pleurer toute la journée, ou en tous cas très longtemps je crois. »

« J’ai plus envie de flotter même si la chambre est bleue, et puis mon cœur est trop lourd, il me laisse pas décoller. »

« Ma mémoire rugit dans ma poitrine et on croirait qu’elle va me dévorer, et puis j’entends un bruit sourd, mes yeux s’ouvrent d’un coup et glissent sur le côté pour regarder. »

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15 réflexions sur “Claire Cameron – L’Ours **

  1. J’ai été un peu déçue en lisant ce livre, notamment par la voix d’enfant qui m’avait agacée un peu aussi. Je m’attendais à quelque chose d’assez différent de la réalité en fait et du coup j’étais assez perturbée tout au long de ma lecture. Mais le thème est super intéressant!

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