Anna McPartlin – Les derniers jours de Rabbit Hayes **

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Éditeur : Pocket – Date de parution : février 2017 – 480 pages

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Mia Hayes, alias Rabbit, est atteinte d’un cancer en phase terminale, qui a fini par ronger insidieusement ses os… C’est dans une maison de soins palliatifs qu’elle passe ses derniers jours. Dès le début, nous savons que Rabbit va mourir. Les dés sont jetés, aucune surprise ne nous attend au tournant. Les uns après les autres, ses proches défilent dans sa chambre et les souvenirs de chacun resurgissent : l’enfance de Rabbit, son grand amour de jeunesse Johnny… Parents, frère et sœur, meilleure amie, tous se souviennent de la petite Rabbit, haute comme trois pommes, malicieuse et attachante. Et il y a Juliet, sa fille, à qui l’on cache pour le moment la terrible vérité.

Au début, je tourne les pages à toute allure, emportée par la douce amertume et la tendresse qui se dégagent des pages. Mais très vite je me lasse et me sens déçue par l’écriture, somme toute assez banale ; les dialogues sont plats et sonnent creux. Quant aux personnages, ils brillent pas leur absence d’épaisseur psychologique, ils pourraient être interchangeables.

Au vu des critiques unanimement élogieuses, je m’attendais à un roman bouleversant ; je m’attendais au moins à verser une petite larme (je suis quand même facilement émue). Mais je me suis franchement ennuyée et ne suis pas parvenue à m’attacher aux personnages, et surtout, à croire à cette histoire. C’est bien cela le problème : je n’y ai pas cru. Page après page, j’ai cherché l’émotion attendue, en vain. La mayonnaise n’a hélas pas pris… et pourtant j’aurais voulu aimer ce roman !

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Jérôme Magnier-Moreno – Le Saut oblique de la truite **

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Éditeur : Phébus – Date de parution : mars 2017 – 112 pages

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Un récit de voyage en Corse, une balade sur le sentier du GR20, tout au long duquel le narrateur a l’intention de pêcher… Un joli titre faisant référence à Hemingway… Quand Jérôme Magnier-Moreno, peintre et romancier, m’a proposé de lire son roman, j’ai tout de suite accepté ! Ce récit avait tout pour me plaire.

Sur le quai d’une petite gare corse, un peu paumée, le narrateur attend son ami Olivier, qui ne viendra jamais. Il se met alors en route en solitaire, écrivant et décrivant ses journées de voyage dans un style simple et épuré, très descriptif – parfois ce sont juste des mots lâchés sur la page, pour décrire la journée qui vient de se passer, l’instant présent, la nature environnante, les rencontres et leur vacuité. Les chapitres prennent le nom de différentes teintes, à l’image d’une palette de couleurs. On décèle un regard perçant et observateur, submergé par moment par un désir masculin irrépressible.

Un récit de jeunesse un peu fou et brouillon, dont la légèreté cache une vérité plus cruelle… Si j’ai aimé le projet d’écriture, la plume ne m’a cependant pas du tout emballée – un peu trop banale et prosaïque, dénuée d’envolée lyrique.

Merci à son auteur pour l’envoi de son roman et la découverte !

 

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Sara Stridsberg – Beckomberga **

Beckomberga

Éditeur : Gallimard – Date de parution : mai 2016 – 377 pages

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En 1995, l’institut psychiatrique Beckomberga ferme ses portes et renvoie ses derniers patients. Ouvert dans les années 30 à Stockholm, l’institut se voulait novateur : un lieu permettant d’accueillir les malades mentaux dans le bien être et le confort, et leur offrir un espace de chaleur et de lumière.

Beckomberga, c’est l’histoire de cet institut hors norme – je garde en mémoire Edvard, le psychiatre auquel se confie tous les jours Jim et qui, le soir venu, emmène ses patients en soirée…

Beckomberga, c’est aussi l’histoire d’un père suicidaire et alcoolique, raconté par sa fille, Jackie. L’histoire d’un amour sans concessions pour la figure paternelle. Jim est interné en 1986 à Beckomberga parce qu’il ne cesse de tenter de se suicider et qu’il ne parvient pas à se défaire de l’alcool. Il y rencontrera des personnes qui le marqueront, au point qu’il ne voudra plus quitter cet endroit…

Sara Stridsberg nous délivre un beau roman sur la folie et son hérédité ; l’auteure développe des réflexions également sur la mort et la maternité – Marion, ce fils pour qui Jackie est prête à tout quitter, qui la fait renaître au monde.

Il règne dans ce roman une atmosphère propre aux romans nordiques – je ne saurais pas la décrire. J’ai aimé cette narration faite d’éclats de voix venues du passé. Même s’il ne se passe pas grand chose, la lecture de ce roman suédois m’a à la fois déroutée et séduite. Je me suis laissée bercer et entraîner par la plume poétique et fluide de Sara Stridsberg et j’ai découvert un portrait de père touchant et profondément nostalgique. Il m’a cependant manqué un petit quelque chose pour que cette lecture demeure inoubliable…

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« Jim a toujours flotté avec un sourire au-dessus du gouffre, ivre et invincible, il a toujours réussi à faire rire les gens. »

« Je me dis que si la vraie folie existe alors elle doit être l’amour : le ravissement, le vertige, l’hystérie. »

« N’attend pas, dit Jim comme s’il lisait dans mes pensées. La vie ne commence jamais. Elle termine, c’est tout. D’un coup. Comme ça. »

Elena Ferrante – Le nouveau nom ***

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Éditeur : Folio – Date de parution : novembre 2016 – 622 pages

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C’est avec énormément de plaisir que j’ai retrouvé la plume d’Elena Ferrante et les aventures de ses deux héroïnes, Elena et Lila. Le premier tome m’avait vraiment marquée… Je me suis délicieusement replongée dans cette saga, renouant avec les deux jeunes filles comme si je les avais quittées hier, alors qu’un an sépare mes deux lectures. Au bal de son mariage, Lila découvre les chaussures qu’elle a confectionnées aux pieds de Marcello Solara, son pire ennemi.

Ce deuxième tome nous raconte la jeunesse d’Elena et Lila, quittant l’adolescence pour devenir des jeunes femmes. Elena poursuit ses études avec plus ou moins d’assiduité, tandis que Lila découvre la vie d’épouse… Leur amitié, atypique, fusionnelle et intransigeante se poursuit au fil des années, avec leur bande d’amis napolitains.

C’est toujours aussi bien raconté, la plume d’Elena Ferrante est littéralement géniale, et les descriptions psychologiques sont fabuleuses. La romancière, à travers la voix d’Elena, creuse savamment la profondeur des sentiments, détaille et analyse les émotions avec une précision et une justesse incroyable. Il y a dans ces mots une douce folie… Ce deuxième tome se dévore avec avidité !

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« Qu’est-ce qui me poussait à me conduire ainsi ? Avais-je tendance à étouffer mes propres sentiments parce que j’étais effrayée par la violence avec laquelle, au plus profond de moi, je désirais les choses, les personnes, les louanges et les victoires ? »

« Je ne possédais pas cette puissance émotionnelle qui avait poussé Lila à tout faire pour profiter de cette journée et de cette nuit. Je demeurais en retrait, en attente. Alors qu’elle, elle s’emparait des choses, elle les voulait vraiment, se passionnait, jouait le tout pour le tout sans crainte des railleries, du mépris, des crachats et des coups. »

Julia Kerninon – Une activité respectable ****

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Éditeur : Le Rouergue – Date de parution : – pages

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« … allongée dans ma chambre sur le lit, un livre posé légèrement sur le nombril, en me sentant tellement à ma place, tellement complète. »

Julia Kerninon revient sur la façon dont est né son amour des livres et de la littérature. Tout a commencé grâce à ses parents, deux lecteurs fous des mots, accros aux livres. Surtout sa mère-léopard qui l’emmène dès ses premières années à Paris, déambuler chez Shakespeare & Compagnie. La romancière rend hommage à l’enfance livresque que ses parents lui ont ainsi donné. Ce petit cercle familial empreint de lecture. Leur maison pleine de livres, avec un pêcher dans le jardin.

L’écriture de Julia Kerninon s’écoule lentement, mot après mot – elle est à la fois sinueuse et fluide. Avec talent, elle inscrit des mots sur son amour des lettres. J’ai aimé ses réflexions et ses souvenirs : ses lectures compulsives, les conseils de sa mère, cette figure incontournable dans sa vie d’écrivain, qui l’a poussée dans les bras de la littérature et lui a donné sa vocation. Sa mère qui lisait tout ce qui lui tombait sous la main et sous les yeux.

Je découvre une voix forte et déterminée, qui me plaît tout de suite. Comment n’ai-je pas lu cette auteure avant ?! Autobiographie littéraire et livre-témoignage essentiel à tout amoureux des livres, hérissé de post-it, ce bouquin fera certainement l’objet de nombreuses relectures…  ❤

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« Nous avions beaucoup, beaucoup de chance, me disait-elle, parce que nous avions les livres et que dans les livres les phrases étaient éternelles, noir sur blanc, solides, crédibles – elles n’étaient pas en l’air, elles ne venaient pas de n’importe qui (…) et elles nous livraient le monde entier, le monde accéléré, perfectionné, lavé de ses scories, sans temps mort, un cours d’eau pur et bondissant, un monde dans lequel nous pouvions nous échapper chaque fois que le monde réel cessait d’être intéressant, ce qui arrivait beaucoup trop souvent quand quelqu’un venait nous parler. »

Sorj Chalandon – Profession du père ***

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Éditeur : Le Livre de Poche – Date de parution : août 2016 – 281 pages

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Emile assiste à l’enterrement de son père. C’est pour lui l’occasion de se souvenir de ce père autoritaire, mythomane, violent, cruel et extrême dans ses émotions & ses attitudes, obsédé par la guerre et l’Algérie. Emile remonte le temps, se retrouve petit garçon de neuf ans, dans les années 60, sous le régime du Général de Gaulle, dans un climat singulier.

On découvre un père hanté les fantômes de la guerre d’Algérie, l’OAS… Un père espion, mais aussi Compagnon de la Chanson, professeur de judo, parachutiste à la guerre, footballeur professionnel, pasteur américain, conseiller du Général…

La figure du père mise sur un piédestal, ce grand affabulateur, qui bat femme et enfant, qui fait croire qu’il est agent secret et parvient à embrigader son fils. Ce fils qui fait confiance à la figure paternelle complètement folle et qui, même une fois adulte, veut encore y croire. Croire à cette vie de fiction démesurée que son père s’est inventée. La personnalité du père est à la fois fascinante et dangereuse. Un roman poignant, terrible, porté par une très belle plume.

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« Il m’appellerait au secours. Moi, le rebelle, le petit Frenchie, le prisonnier de son placard. Je serais triste et seul. Infiniment seul. Je serais malheureux. Tout chagrin de lui. Et je m’en voudrais tellement de toujours l’aimer. »

Aimée de Jongh – Le Retour de la bondrée ***

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Éditeur : Dargaud – Date de parution : janvier 2016 – 160 pages

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Simon Antonisse est libraire. Mais en ces temps de crise, la librairie qu’il tient avec sa femme, et qu’il a hérité de son père, prend l’eau ; il est poussé à mettre la clé sous la porte et à fermer boutique, mais il ne parvient pas à s’y résoudre. Au cours d’un trajet en voiture, il est témoin d’un suicide sur la voie ferrée… Ce suicide le traumatise et fait resurgir des souvenirs de son passé, et notamment de son adolescence, marquée par une tragédie. En vidant peu à peu la réserve de livres située dans la cabane de son père, il tombe sur Le Guide des oiseau, un livre qu’il lisait à l’époque, quand il désirait devenir ornithologue.

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Les bulles alternent le temps présent et la résurgence du passé. Assailli par ces images du passé, Simon fait la rencontre d’une jeune femme qui va l’aider peu à peu à sortir la tête de l’eau et devenir pour lui un échappatoire au quotidien.

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La bondrée, c’est cet oiseau qui survit en repartant de zéro, métaphore du renouveau.

Un roman graphique néerlandais d’une profonde justesse et d’une grande sensibilité, dont les dessins m’ont tout de suite touchée. Épurés, ciselés, en noir et blanc. Il s’en dégage une émotion brute. Un petit bijou, où l’espoir, malgré la noirceur, est toujours présent, que je vous invite à découvrir de toute urgence.

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