Annelise Heurtier – Sweet Sixteen **

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Éditeur : Casterman – Date de parution : 2013 – 217 pages

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Ce roman jeunesse s’inspire de faits réels. En 1954, la Cour suprême des États Unis rend inconstitutionnelle la ségrégation raciale dans les écoles publiques grâce à l’arrêt « Brown versus Board of Education » qui remet en cause une règle vieille de plus de 80 ans… En 1957, neuf adolescents noirs sont sélectionnés pour intégrer le prestigieux lycée central de l’Arkansas.

En cette rentrée scolaire 1957, nous suivons la jeune Molly, une des jeunes noires qui fait son entrée au lycée. Le texte alterne en fait deux points de vue différents : celui de Grace, une jeune blanche d’origine bourgeoise et aisée, et Molly.

Dans un climat terriblement raciste, l’intégration au lycée se révèle traumatisante à plus d’un titre et la violence est incroyable. Dire que tout cela a existé dans les années 50 fait froid dans le dos et donne la nausée… Un roman qui me semble indispensable pour garder cette conscience de l’humanité déshumanisée à ce moment de l’Histoire.

Une lecture que j’ai aimée, mais qui comporte quelques défauts, peut-être un format trop court, trop d’ellipses pour cette année scolaire. J’ai eu aussi un peu de mal à m’attacher aux deux personnages féminins. Même si j’ai été touchée et choquée, voire même très émue à la fin, j’ai eu du mal à m’identifier à ces jeunes filles.

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« Elle avait fait face à une violence ahurissante, on lui avait volé son innocence et ses seize ans. Plus rien ne serait jamais comme avant. »

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Samuel Benchetrit – La nuit avec ma femme ***

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Éditeur : Plon – Date de parution : août 2016 – 160 pages

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Dans ce roman, Samuel Benchetrit, ex-mari de Marie Trintignant, revient sur le douloureux souvenir de cette femme, son premier amour et la mère de son fils. Et sur sa mort abrupte un jour d’août 2003.

Le texte se déroule de façon poétique et anarchique, comme le flot d’une pensée qui ne parviendrait pas à se tarir. Le narrateur semble submerger par des émotions parfois contradictoires, peur, colère, peine, regrets… Cette nuit, le fantôme de Marie se retrouve au chevet de son lit ; que fait-elle ici, après tant d’années ? Cette vision tenace l’oblige à convoquer les souvenirs de cette femme qu’il a tant aimée, morte sous les coups d’un homme.

Le roman se déroule le temps d’une nuit passée avec elle, « la morte de sa vie ». En s’adressant au fantôme de Marie, Samuel déambule dans les rues et dans ses souvenirs, lui racontant sa vie d’après, sur le ton de la confidence. C’est un texte fort, puissant et poétique, qui dégage quelque chose de magnétique. Quand les mots écorchent et soignent en même temps.

Celeste Ng – Tout ce qu’on ne s’est jamais dit ****

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Éditeur : Sonatine – Date de parution : mars 2016 – 320 pages

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Lorsqu’on commence la lecture de ce singulier polar, Lydia Lee a déjà disparu, elle n’est pas rentrée de toute la nuit. Elle est morte, mais ses parents ne le savent pas encore. Nous sommes à la fin des années 70, aux États-Unis. Sa mère Marilyn est femme au foyer, elle a fait des études de médecines qui demeurent inachevées et a décidé que sa fille serait le médecin qu’elle n’a pu être. Son père James, d’origine chinoise, est professeur d’Histoire à l’université, il a beaucoup souffert de sa différence et du regard des autres. Son frère Nath semble très proche de Lydia, observateur, il est celui qui la comprend le mieux. Quant à Hannah, c’est la petite dernière, celle qui traîne toujours dans les pattes, qu’on ne voit pas forcément mais qui entend tout.

Les parents appellent la police, commencent à contacter les amies que Lydia fréquentaient… mais ils s’aperçoivent rapidement que personne ne sait où elle est, que personne ne la connaissait vraiment, ni ne la fréquentait réellement. Seul son frère Nath sait que Lydia traînait souvent avec le fils des voisins, Jack…

Chaque membre de la famille se dévoile avec ses pensées, ses complexités. Nous découvrons peu à peu le passé de chacun des parents, leur différence, le milieu d’où ils viennent, les événements qui l’ont conduit au drame. Car comme le narrateur le souligne justement : « Comment est-ce que ça a commencé ? Comme toujours : avec les mères et les pères. » Alors, nous remontons aux racines du mal, aux racines familiales, ces héritages qui pèsent sur les épaules des enfants. Ces héritages dont ils se seraient bien passé.

Dès les premières pages, j’ai senti que ce roman policier ne serait pas comme les autres, qu’il serait différent, qu’il ferait partie de ces livres qui ne vous quittent plus et auxquels on pense longtemps après…

Tout ce qu’on ne s’est jamais dit, c’est tout ce que chacun a gardé au fond de soi, tous les mots – et les maux du passé – qui n’ont jamais fait surface. Avec talent, l’auteure fait émerger ces non-dits, ces regrets qui pèsent sur les épaules des enfants, de génération en génération, le poids des désirs parentaux. Un roman qui met l’accent également sur le statut de la femme dans les années 70, leur problématique émancipation.

C’est en fait un très beau roman psychologique, sur la différence, l’héritage des rêves parentaux, qui déroule sa vérité tout en pudeur. Un roman noir qui se raconte comme un chuchotement, de façon terriblement juste, diffusant à la fois une telle force et une telle douceur que j’en ai été émue aux larmes.

Un coup de   ❤

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« Ce mot essentiel : demain. Chaque jour, Lydia le chérissait. Demain je t’emmènerai au musée voir les os de dinosaures. Demain on apprendra des choses sur les arbres. Demain on étudiera la Lune. Chaque soir une petite promesse arrachée à sa mère : qu’elle serait là le lendemain matin. »

« Qu’est-ce qui rendait une chose précieuse ? La perdre et la retrouver. Toutes ces fois où il avait fait semblant de la perdre. Il se laisse tomber sur la moquette, étourdi de chagrin. »

Jo Witek – Mauvaise connexion **

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Éditeur : Talents Hauts – Date de parution : 2012 – 96 pages

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Julie est une adolescente de quatorze ans. Un soir, énervée contre sa mère qui l’engueule une énième fois pour les photos qu’elle s’amuse à faire, Julie s’inscrit sur un tchat sous le pseudonyme de Marilou. Pour elle, cela fait plus sexy, plus femme. Elle s’appellera Marilou et aura seize ans. Tout de suite, il est attiré par ce prénom. Il a vingt ans et dit s’appeler Laurent, être photographe de mode à Paris. Le courant passe immédiatement et l’homme la séduit et la rassure. Julie va en tomber follement amoureuse et se laisser prendre petit à petit au piège de ses mots.

Un roman en format court, qui fait l’effet d’un électrochoc. À la façon d’un témoignage, Julie raconte ce qu’elle a vécu à l’âge de quatorze ans, comment elle est tombée sous la coupe d’un manipulateur pédophile, perdant pied, se mettant à mentir à tout le monde ainsi qu’à elle-même. Une lecture qui me semble indispensable pour mettre en garde les adolescents, mais qui je pense, pourrait choquer les plus jeunes ; le récit est en effet raconté sans concession et le lecteur n’est pas épargné.

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« Personne n’a compris comment une telle horreur avait pu se déverser dans ma chambre, à l’insu de ma famille et de mes amis. La plupart des gens pensent que ce genre de drame n’arrive qu’aux filles faibles, simplettes ou aux familles désunies. Je sais que c’est faux. Les êtres pervers et manipulateurs se baladent sur la toile comme dans la rue, mais il est beaucoup plus facile de tomber dans leur piège sur Internet que dans la vraie vie. Surtout à quatorze ans. Mon histoire n’est pas virtuelle, mais bien réelle. »

Clémentine Beauvais – Songe à la douceur ***

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Éditeur : Sarbacane – Date de parution : 2016 – pages

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« Une cinglante douceur. »

C’est la rencontre de deux adolescents, Tatiana – littéraire idéaliste et rêveuse – et Eugène – fondamentalement nihiliste et qui pense que la vie ne sera qu’ennui et vacuité – qui vont tomber éperdument amoureux l’un de l’autre, le temps d’un été. Sans que leur histoire n’aboutisse vraiment. Un amour qui aura comme un goût d’inachevé. Une dizaine d’années plus tard, ils se rencontrent par hasard dans le métro… Soudainement, leur passé resurgit, leurs souvenirs aussi, avec Lensky et Olga.

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J’avoue avoir commencé ce roman avec un mélange de sentiments : de la curiosité, de l’envie et de l’appréhension, car le précédent roman de Clémentine Beauvais, Les Petites Reines,  m’était complètement tombé des mains – je n’avais pas accroché au style et à l’humour trop gras, trop lourd…

Avec Songe à la douceur, on se plonge dans un texte qui ne ressemble à aucun autre, on découvre un roman en vers, tout simplement. Les premières pages, on est un peu surpris. Et puis on tombe sous le charme, on se love dans cette écriture pleine d’humour, de douceur et pétrie d’intelligence, où la narratrice occupe beaucoup de place à la façon d’une conteuse omnisciente et omnipotente.

Immédiatement, j’ai été séduite par ce roman en vers, à l’écriture folle et déstructurée, très imagée. Un roman profondément nostalgique, parsemé de références poétiques et littéraires, porté par un imaginaire un peu fou. J’ai été légèrement moins transportée par la fin du roman, j’ai trouvé que le texte s’essoufflait un peu.

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« Là où le présent caresse, plus tard le passé pince. »

« Tatiana chavira, sachant chimérique de cacher à sa sœur qu’elle cherchait sans succès à chasser d’inséchables chaleurs de son corps cahoté par six cents sursauts chaque heure. »

Barbara Garlaschelli – Alice dans l’ombre ***

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Éditeur : Rivages / Noir – Date de parution : 2004 – 176 pages

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Dans ce court polar, le texte alterne un présent angoissant – où une jeune femme, Alice, se trouve plongée dans le noir d’une pièce, d’une immense villa italienne, dans laquelle elle a vécu avec « lui ». Une hache à la main, elle déambule dans le labyrinthe des couloirs sans fin, « le » guettant derrière chaque porte… – et un passé où Alice est encore une enfant de neuf ans, abandonnée par un père qu’elle adorait et dont la mère ne cesse de le critiquer. Elle découvre pour la première fois cette villa dont les persiennes ne laissent filtrer qu’un soupçon de soleil, quelque soit le moment de l’année, et fait la connaissance de Sofia, la curieuse amie de sa mère, et de son fils Maxi.

Un thriller terrifiant qui se dévore d’une traite… L’angoisse et la tension montent crescendo, à travers de courts chapitres, qui tiennent parfois en quelques mots, quelques phrases ciselées. Page après page, nous cheminons à toute allure dans ce chassé-croisé entre passé et présent, dans cette chasse en huis clos, jusqu’à la révélation finale, saisissante.

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« Il y a des pensées qui ont des dents. Qui, lorsque tu les as, te font mal. Il y a des pensées que tu t’efforces de ne jamais avoir parce qu’une fois que tu les as eues, rien n’est plus jamais comme avant. Être libre. Être vivante. Pouvoir choisir. Mieux aurait valu que je n’y aie jamais pensé. Il y a des pensées qui ont des dents. Et lorsque tu les as, elles commencent à te manger. »

Bilan du mois de novembre

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Cela fait un moment que je n’ai pas publié de bilan mensuel concernant mes lectures, ayant été pas mal occupée ces derniers temps et puis, autant dire les choses simplement, j’avais attrapé une maladie qui porte le doux nom de flemme. Mais je me soigne, c’est pourquoi ce mois-ci j’ai eu envie de vous faire le compte-rendu de mes lectures du mois de novembre… 11 lectures au total, dont 10 romans et un album jeunesse.

Au programme, il y avait…

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  • Des polars, avec deux belles découvertes surprenantes : Carnaval, de Ray CelestinAlice dans l’ombre, de Barbara Garlaschelli (chronique à venir)

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  • Deux bouquins assez courts, qui ne ferons pas l’objet d’un billet sur le blog mais que j’ai malgré tout apprécié : Ce n’est pas la fin du monde, de Judy Blume & Le Ramadan de la parole, de Jeanne Benameur.

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  • Et un album jeunesse, dont je ne vous ai pas non plus parlé sur le blog, mais qui mérite quand même le détour : Moi, Ernest… de Paul Mager et Laurent Souillé

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Sur ce, je vous souhaite un beau mois de décembre, entre fêtes et lectures !

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