Bilan littéraire – Année 2016

Ça y est, l’année 2016 touche à sa fin, c’est l’heure des bilans… Notant mes lectures depuis des années dans un carnet, je me rends compte que j’ai lu un peu plus que l’année passée. 132 livres et 6 BD ! Une année riche en belles lectures, venues de tous horizons. J’ai lu davantage de BD que les années passées, et surtout la littérature jeunesse s’est invitée dans ma bibliothèque et ma PAL, pour mon plus grand plaisir.

 Si je ne devais retenir que 10 lectures qui m’ont profondément marquée cette année…

 

j-ai-toujours-ton-cur-avec-moi-672x1024    couverture-roman-celeste-ng-tout-jamais-dit   Les-Oreilles-de-Buster   téhéran   la voleuse de livres   dorian gray   img_8203   la-terre-qui-penche   9782709649834-X_0   9782021313659_1_75   Idée-ridicule-de-ne-plus-jamais-te-revoir-HD

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Pour les BD, je retiendrais ces 3 pépites :

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C’est l’heure également de faire le bilan d’un challenge commencé il y a tout juste un an : Les 100 livres à avoir lu une fois dans sa vie ! Sur les 100 livres de la liste, j’en avais 71 à lire dans l’année, le challenge était costaud… Finalement, je n’en ai lu que 10, ce qui revient à même pas une lecture par mois, pas très sérieux, mais ce challenge a quand même eu le mérite de me faire découvrir de belles œuvres et des classiques trop longtemps laissés de côté : L’insoutenable légèreté de l’être, Le Portrait de Dorian Gray ou encore Des Fleurs pour Algernon… ❤

Les 100 livres

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Sur ce, je vous souhaite à tous un beau réveillon et une très belle année, riche de littérature du monde entier, de découvertes, qu’elles soient livresques, musicales, cinéphiles, artistiques… Je vous souhaite le réconfort des livres, et la douceur de vivre, surtout.

Dylan Landis – D’extase et d’amour féroce **

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Éditeur : Plon – Date de parution : août 2016 – 248 pages

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Nous sommes dans les année 70 à New-York, Greenwich Village. Rainey Royal a seize ans, elle passe son temps avec sa meilleure amie Tina. Ensemble, elles aiment aguicher leurs professeurs masculins, jouer le jeu de la séduction. Rainey n’a pas une vie très équilibrée pour une adolescente de son âge : sa mère a déserté la maison depuis un an pour vivre dans un ashram, son père Howard est musicien de jazz et passe son temps à inviter des musiciens qui squattent leur maison de jour comme de nuit. Gordy, le meilleur ami de son père, a pris l’habitude de border Rainey chaque soir et de lui caresser les cheveux de façon très ambiguë.

Rainey se comporte comme une garce, et elle aime ça. Avec Tina, elles harcèlent leurs camarades de classe, ou les gens dans la rue, pour les voler. La jeune femme aime également passer des heures au musée pour reproduire les œuvres qu’elle admire et qui la fascinent. Son cœur penche entre son admiration pour la vie de sainte Catherine de Bologne et son goût prononcé pour la séduction. On suit la jeune femme et ses amies jusqu’à leur vingt-cinq ans, et le roman prend la forme de chroniques d’une jeunesse.

Une lecture qui ne m’a pas convaincue… ça se laisse lire, mais je n’ai pas su où l’histoire nous amenait, où l’auteure voulait en venir. Je suis restée extérieure, n’éprouvant aucune empathie pour ces adolescentes. C’est un roman qui met sensiblement mal à l’aise et qui m’a un peu déçue ; j’en avais entendu d’excellentes et enthousiastes critiques, je m’attendais donc à autre chose. Même si, par moments, j’ai aimé l’ambiance, il m’a manqué quelque chose pour apprécier ma lecture.

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« Rainey aime les motifs, elle aime les kaléidoscopes, elle aime les ailes de papillons qui dessinent des mandalas et que l’on place sous verre, et elle aime les rosaces dans les cathédrales, tous les éléments de la nature et de l’homme qui s’imbriquent et forment un système à part entière. »

Tom Kelly – Moi et Finn ***

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Éditeur : Alice éditions – Date de parution : 2009 – 361 pages

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Tout commence le jour où Danny lance une brique à trois trous dans la fenêtre du vieux Grundy, son voisin. Ce qui a pour effet d’écrabouiller sa loutre empaillée. Danny s’enfuit, le ventre vide, ils déambulent dans les rues, prend un bus. Toutes ses pensées sont tournées vers Finn, vers son absence béante.

Un roman à la première personne du singulier ; nous sommes dans la tête de cet enfant, nous (re)découvrons le monde à travers ses yeux et à travers son imagination. Tout au long de sa fugue, Danny va faire de drôles de rencontres : Carki et Louie le caniche bleu miniature, Mme E.T. et Tom Pouce, le garçon à tête de cuillère & Nulty, l’homme ravagé par la perte de sa famille.

Au fil de sa cavale, Danny laisse les souvenirs affluer. Et au fil de ma lecture, je me suis beaucoup attachée à ce petit garçon, il m’a attendrie. Ce petit garçon qui aime dresser des listes sur tout, réfléchir sur le monde et le sens de la vie. Il se pose énormément de questions, et derrière la naïveté de ses propos se cache la vérité dans toute sa pureté.

Un roman à la fois drôle et émouvant, très touchant, écrit simplement, avec des mots d’enfants, qui évoque de façon terriblement juste la perte d’une personne aimée et les façons d’y survivre.

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« Maintenant que j’y pense, je crois savoir pourquoi les gens s’agitent partout tout le temps. C’est pour échapper à leur trouille diffuse. Ils fuient pour faire comme si elle n’était pas là, comme si elle ne leur courait pas après. Ça commence le jour où on se rend compte que personne n’est éternel. »

Sylvia Plath – La Cloche de détresse ***

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Éditeur : Denoël – Date de parution : avril 2014 [1963] – 366 pages

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La Cloche de détresse, c’est le fameux et l’unique roman de Sylvia Plath, publié quelques mois avant qu’elle ne se suicide. Le personnage principal, Esther Greenwood, étudiante en lettres, n’est autre que son double. Nous sommes au début des années 50, la jeune fille vient de débarquer à New York, grâce à un concours de fiction organisé par un magazine de mode ; ce qui lui donne droit à une bourse ainsi qu’un stage d’un mois au sein du magazine, aux côtés d’autres chanceuses.

Dans une langue poétique et métaphorique, Esther s’interroge sur le sens de sa vie de femme. Très vite, on découvre un brin de femme qui se sent inadaptée dans ce monde tel qu’il est ; elle se fait un soir la réflexion qu’elle n’a plus été heureuse depuis ses neuf ans. Esther ne se voit pas vivre comme tout le monde, étouffée par le carcan des conventions, ou travailler sous les ordres d’un homme. Elle est en fait tiraillée entre deux vies très différentes : devenir mère & épouse ou devenir poétesse, écrire comme elle l’a toujours désiré.

Esther est une héroïne mélancolique, qui ne semble percevoir que le vide de sa propre vie. La métaphore de la cloche de verre, qui la fait « mijoter dans son propre air vicié », se développe et prend de l’ampleur tout au long de ce roman aux forts accents autobiographiques. Elle se sent prisonnière de cette cloche, qui tour à tour l’oppresse et se suspend au-dessus d’elle comme une épée de Damoclès.

Un roman à la fois dérangeant et fascinant, au ton terriblement juste, qui fait preuve d’une grande maîtrise de l’écriture. Arbres d’hiver et Ariel se trouvent dans ma bibliothèque, je pense que je vais me plonger à nouveaux dans ses poèmes…

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« Je voyais ma vie se ramifier sous mes yeux comme le figuier de l’histoire. Au bout de chaque branche, un avenir merveilleux, telle une grosse figue violacée, me faisait des clins d’œil. L’une des figues était un mari, un foyer heureux avec des enfants. Une autre figue était une poétesse célèbre. Une autre, un brillant professeur… »

« La dernière chose que je voulais, c’était bien la sécurité infinie, et être l’endroit d’où part la flèche. Je voulais des changement, de l’excitation, je voulais moi-même partir dans toutes les directions, comme les traînées colorées des fusées du 4 juillet. »

« Pour la personne qui se trouve sous la cloche de verre, vide et figée comme un bébé mort, c’est le monde lui-même qui est le mauvais rêve. »

Emmanuel Moynot – Suite française ***

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Éditeur : Folio – Date de parution : octobre 2016 – 220 pages

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Il s’agit de l’adaptation BD de l’oeuvre d’Irène Némirovski, qu’elle écrivit dans les années 40 et qui ne parut qu’après sa mort ; Suite française reçut à titre posthume le prix Renaudot en 2004.

Nous sommes en 1940, les Allemands sont aux portes de Paris, les gens fuient vers Tours, vers le sud. Sur les routes de l’exode, certains sont à pieds, en train, en voiture privée… Des familles très différentes vont se croiser. Le banquier Corbin, le couple Michaud, la famille nombreuse des Péricand… Sans oublier l’odieux et sinistre écrivain Corte, accompagné de sa maîtresse. En fait, à chaque chapitre correspond une classe sociale différente : des bourgeois catholiques avec enfants et domestiques aux banquiers et aux écrivains, en passant par les petits employés. Leurs petits travers et leurs comportements – entre bassesse et cynisme – sont mis à nu. La fuite parisienne prend forme entre drame et humour, solidarité et mesquinerie.

J’ai dévoré cette BD en un rien de temps. Même si je ne suis a priori pas fan du trait de crayon de Emmanuel Moynot, je me suis finalement laissée embarquer… Les dessins en noir et blanc sont saisissants et les images sont fortes, retranscrivant à merveille l’atmosphère de cette époque, à travers de savants jeux d’ombres et de lumières. Il ne me reste plus qu’à découvrir le roman !

Merci aux éditions Folio pour cette belle découverte !

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Wendy Walker – Tout n’est pas perdu ***

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Éditeur : Sonatine – Date de parution : mai 2016 – 320 pages

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Jenny est une adolescente de seize ans. Un soir d’été, alors que se déroule une grosse soirée, elle se fait violer en lisière de la forêt de Fairview, petite bourgade de province. En état de choc physique et psychologique, on lui administre un traitement pour lui faire oublier cet événement traumatique ; s’efface de sa mémoire la longue heure pendant laquelle elle se fait violer. Sauf que le corps se souvient ; il n’oublie jamais. Son psychiatre va alors chercher à lever le voile sur la vérité et faire émerger des souvenirs de l’agresseur, en interrogeant Jenny et ses parents ; son père, détruit par ce viol et rongé par le fait qu’il n’a pas su protéger son enfant ; sa mère, plus énigmatique, plus distante.

La vérité est-elle toujours bonne à dire ? C’est dans cette plaie que le couteau s’enfonce et c’est sur cette question que ce thriller insiste. C’est le psychiatre qui mène la danse de la narration, on plonge dans les méandres de ses pensées et de sa vie. Selon lui,  « aucune relation ne peut survivre à la vérité pure, la vérité absolue. » Dans cette quête de l’agresseur, les tensions familiales et les secrets seront mis à nu…

L’originalité de ce thriller tient donc à ce point de vue interne du psychiatre. Un personnage pour lequel on éprouve des sentiments très mêlés… J’avoue avoir eu beaucoup de mal à éprouver de l’empathie pour lui, et à savoir vraiment à quoi m’en tenir vis-à-vis de sa personnalité, de son éthique. On découvre le pouvoir machiavélique de la psychiatrie, la manipulation des souvenirs à portée de mains…

Au final, ce thriller m’a laissée perplexe ; le dénouement m’a quelque peu déçue, mais en même temps, j’ai trouvé le déroulement de l’intrigue très ingénieux et intelligent. Ça reste une lecture originale, avec beaucoup de potentiel, qui se lit d’une traite.

Gilles Marchand – Une Bouche sans personne ***

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Éditeur : Aux forges de Vulcain – Date de parution : août 2016 – 282 pages

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Un homme vient tous les soirs dans le même bar pour y retrouver ses amis, Sam, Thomas et Lisa. Personne, au fond, ne sait grand chose de lui, hormis le fait qu’il est comptable, qu’il aime les Beatles et qu’il porte, été comme hiver, une écharpe qui semble dissimuler une cicatrice. Cet homme – dont on ne connaîtra pas le nom – mène une vie solitaire, il aime cette solitude, ce retrait du monde. Dans son appartement, il a une pièce où sont enfermées dans des cages toutes les écharpes qu’il a portées ; il en change toutes les semaines et ne s’en sépare jamais, de peur qu’elles ne révèlent ce qu’elles cachent…

Un soir au bar, il renverse du café sur son écharpe et abandonne ses amis, précipitamment. Le soir suivant, l’homme commence le récit de son passé. Soir après soir, l’homme déroule le fil de son passé, à travers la figure de son grand-père fantaisiste, Pierre-Jean. Pierre-Jean et ses histoires farfelues, fantastiques, où les frontières du réel et de la fantaisie deviennent poreuses. On entend alors parler de poissons vivant dans des éviers, d’un éléphant dégonflé qui s’appelle Alphonse, d’un ciel où les étoiles porteraient un autre nom, d’une chasse aux vers à minuit dans un parc parisien, d’un tunnel de sacs poubelles et d’une mouche qui danse lascivement…

En fait, dès l’instant où il prend la décision de raconter son passé, la fantaisie s’invite au présent dans son quotidien… Comme si le passé déteignait sur le présent.

J’aime immédiatement le message véhiculé par ces récits – on découvre un ton plein d’humour et cynique pour décrire la réalité qui me rappelle beaucoup celui de Martin Page. La réalité ne peut être acceptable qu’en étant transformée, déguisée, portant le voile de la fantaisie… Le regard porté sur la réalité est délicieusement absurde. Pour être heureux il faut travestir la réalité, la tourner en dérision.

Chaque soir, l’homme se met à raconter la suite de son histoire, à la façon d’une Shéhérazade des temps modernes, devant un auditoire attentif et de plus en plus nombreux. J’aime ce choix de la fantaisie et de la folie comme unique moyen de supporter les blessures de la vie ; comme cette cicatrice qui se cache sous l’écharpe.

Un beau roman qui sort de l’ordinaire, qui mêle la légèreté de l’imaginaire à la violence de la réalité, de ce sombre passé. Une belle ode à l’imagination qui m’a complètement séduite ; l’écriture de Gilles Marchand est enveloppante, à la fois drôle et incisive mais aussi profondément poétique. A découvrir absolument !

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« Je n’ai qu’une méthode : celle qu’a appliquée consciencieusement Pierre-Jean tout au long de sa vie. Ne pas s’encombrer de la réalité, transformer son présent pour oublier son passé. Il m’avait expliqué que si j’estimais que le monde n’était pas assez beau et que je n’étais pas en mesure de le changer, personne ne pourrait m’empêcher de l’imaginer tel que je voudrais qu’il soit. »

« Il a eut l’air étonné avant de m’expliquer que non, d’ailleurs, il n’avait aucune raison de pleurer. C’était juste que son visage n’était pas étanche. Il n’y pouvait rien et ça n’était pas bien grave. C’est le genre de choses qui arrive de temps en temps, avec toute cette eau qu’on a dans le corps. Il m’a expliqué qu’il s’était penché pour ramasser sa cuillère à café qui était tombée sur le lino et avec cette maudite loi des vases communiquant, ses yeux s’étaient remplis et avaient débordé. »