Jennifer Clement – Prières pour celles qui furent volées ***

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Editeur : Flammarion – Date de parution : août 2014 – 269 pages

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Ladydi est née dans une région du Mexique où il ne fait pas bon d’être une fille. Les montagnes de Guerrero sont une région hostile, où personne ne désire se rendre, où les taxis ne s’arrêtent même pas, et où les hommes ne vivent plus ; ils ont fini par tous partir, en quête du rêve américain. « Dans le Guerrero, ce sont la chaleur, les iguanes, les araignées et les scorpions qui font la loi. La vie ne vaut rien du tout.« 

Ladydi vit avec sa mère. Son père est parti comme tous les autres hommes ; il les a abandonnées pour une autre vie aux États-Unis. Dans cette région du Mexique, il n’y a presque que des femmes. Les seuls hommes qui passent sont les trafiquants de drogue… A cause d’eux, les petites filles qui naissent vivent cachées. On camoufle leur beauté, on les enlaidit pour qu’elles ne se fassent pas voler par ces trafiquants de drogue véreux, armés jusqu’aux dents. Quand elles naissent, on annonce alors que ce sont des garçons. On efface toute féminité de leur corps. Car les filles qui sont emportées ne reviennent jamais.

J’ai tout de suite aimé cette ribambelle de personnages féminins : Ladydi, cette jeune fille perdue, qui demeure attachée à ses racines mais qui en même temps aspire à l’émancipation, sa mère qui passe son temps à boire de la bière et à voler – de ses cheveux elle ressort des cuillères en argent, de ses sous-vêtements toutes sortes d’objets, des barres de chocolat… Et les amies d’enfance de Ladydi : Maria et son bec de lièvre, Paula et sa beauté fulgurante, Estefani et sa mère atteinte d’un cancer ; ensemble elles se rendent à l’école afin d’obtenir leur diplôme et espérer partir de cette région inhospitalière. Ensemble, elles survivent aux scorpions, aux insecticides largués par avion sur leurs villages.

On sentirait presque l’atmosphère aride du Mexique, cette région de femmes, où les maisons ont des sols en terre battue, où des fourmis grosses comme la main rampent sur les meubles. Une atmosphère qui me fait immédiatement penser à l’univers de Véronique Ovaldé, un de mes auteurs fétiches, qui privilégie souvent l’Amérique latine comme pour situer l’intrigue de ses romans.

C’est un roman qui ne laisse pas indifférent, qui m’a littéralement saisie. L’héroïne tout comme les personnages féminins secondaires sont attachants. J’ai été émue par leur destin souvent tragique ; soumises à la loi des hommes dès leur naissance, la plupart n’aspirent qu’à quitter cette terre maudite. Malgré le contexte douloureux et âpre, le roman n’est jamais plombant, jamais larmoyant ; on découvre une belle écriture, dénuée de tout pathos, ou la douleur de ces femmes est sublimée.

Découvrez aussi les avis de Charlitdeslivres et de Camilla, tous deux très tentateurs!

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« Lorsque je suis revenue à l’institut de beauté, personne n’avait plus de vernis. Il était clair qu’aucune de nous n’allait prendre le risque de sortir avec, dans ce monde où les hommes pensent qu’ils peuvent vous voler, simplement parce que vous avez les ongles peints en rouge. »

« Dans ce pays, on peut très bien sortir se promener et tomber sur un énorme iguane, un papayer couvert de dizaines de gros fruits, une immense fourmilière, des plants de marijuana, des pavots ou un cadavre. »

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17 réflexions sur “Jennifer Clement – Prières pour celles qui furent volées ***

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