Maria Ernestam – Les Oreilles de Buster ****

Les-Oreilles-de-Buster

Éditeur : Babel Actes Sud – Date de parution : 2013 – 480 pages

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Eva a la cinquantaine. Pour son anniversaire, sa petite-fille lui offre un journal intime orné de roses, afin qu’elle puisse écrire. La nuit-même, elle s’attelle à la tâche« J’avais sept ans quand j’ai décidé de tuer ma mère. Et dix-sept ans quand j’ai finalement mis mon projet à exécution. » C’est sur ces mots que le roman débute et ce sont également les premiers mots qui figurent dans son carnet.

Écrire, Eva l’a toujours désiré sans jamais oser se lancer, de peur de ne pas savoir le faire. Au fil de l’écriture, les souvenirs affluent et elle se retrouve confrontée aux démons du passé. Eva raconte surtout sa relation avec sa mère ; une mère acerbe, profondément méchante, et aux accès de démence, qui n’a jamais été heureuse de l’élever et qui n’a jamais montré son affection, ne parvenant jamais à aimer sa fille. Après le renvoi de Britta, sa nourrice préférée, Eva, qui n’a que sept ans, décide qu’un jour elle se vengera : elle tuera sa mère.

Au fil des mots, nous découvrons l’enfant et l’adolescente qu’elle était, vivant sous la coupe d’une mère folle de méchanceté, se moquant de sa fille chaque fois qu’elle le pouvait. La fillette déploie des stratagèmes pour fomenter sa vengeance et survivre à cette enfance. Chaque nuit, le mystérieux roi de pique lui rend visite dans ses rêves…

L’écriture alterne souvenirs du passé et temps présent ; Eva vit avec Sven, ils habitent une petite bourgade, celle de ses vacances d’été. Elle aime s’occuper de son jardin, et de ses roses, qu’elle aime particulièrement. La plume de Maria Ernestam m’a vraiment impressionnée ; à la fois aiguisée, douce et glaçante Il s’en dégage une telle puissance que j’ai dévoré ce roman à la façon d’un thriller. Un roman empreint de noirceur – la relation avec la mère fait littéralement froid dans le dos – qui m’a ferrée dès les premiers mots et que j’ai lu en totale apnée.

Un vrai coup de cœur

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« Mais je devais l’éliminer. C’était elle ou moi, je le compris ce jour-là. Aussi longtemps qu’elle vivrait, elle m’empêcherait de vivre. Elle me viderait de ma substance et ne laisserait de moi qu’une écorce creuse, desséchée, qui finirait par tomber en miettes. Je n’avais que sept ans, mais j’étais parfaitement consciente de ce qu’elle m’avait fait endurer, et de ce dont elle était encore capable. Je décidai de lutter pour ma vie. »