Christelle Dabos – La Passe-miroir, Livre 1 : Les Fiancés de l’hiver ***

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Éditeur : Gallimard Jeunesse – Date de parution : 2013 – 517 pages

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Les Fiancés de l’hiver est le premier tome d’une saga littéraire on ne peut plus prometteuse… Mais j’avais un peu d’appréhension en débutant ma lecture car j’ai tendance à me méfier des bouquins qui provoquent autant d’engouement. De plus, ce n’est pas mon genre littéraire de prédilection !

Dans ce premier opus, on fait la connaissance d’Ophélie alors qu’elle traverse un miroir pour se rendre dans la maison des Archives familiales où travaille son oncle, l’archiviste animiste… Ophélie est une jeune fille aux cheveux en bataille, qui possède une petite voix fluette, une écharpe vivante et sommeillante autour du cou, des habits de grand-mère et des lunettes qui changent de couleur selon son humeur. Elle a le don de traverser les miroirs mais elle fait preuve d’une maladresse maladive. Elle travaille au musée d’histoire primitive et sait lire les objets avec ses mains : c’est une liseuse. Dès qu’elle pose les doigts sur un objet, Ophélie peut lire son histoire.

Dans le monde de Christelle Dabos, la terre s’est désagrégée en plusieurs arches. On voyage de l’une à l’autre en ballon dirigeable. Ophélie et sa famille vivent sur l’arche Anima, où les bâtiments sont capables de se mettre en colère et où les objets ont tous une histoire à raconter. Les écharpes tentent de vous étrangler et les objets cicatrisent tout seuls…

Après avoir refusé plusieurs prétendants, Ophélie se voit fiancée avec Thorn, un homme bourru, mutique et énigmatique, qui ressemble à un ours avec sa fourrure blanche sur les épaules ; un homme du Pôle. Sa vie va prendre une tournure différente, car elle doit partir vivre avec lui, à la Citacielle, un monde qu’elle découvrira sans pitié, mesquin, sur lequel règnent les illusions les plus folles et où il faut faire attention à qui l’on offre sa confiance. Un monde dans lequel elle devra cacher sa véritable identité, sans savoir pourquoi…

Je ne vous en dirai pas plus pour vous laisser le plaisir de découvrir ce monde riche et foisonnant… Qui fut une étonnante et belle découverte pour moi.

Peu à peu je me suis laissée emporter et charmer par cet univers de folie douce… Les personnages ont pris vie sous mes yeux : Berenilde la tante acariâtre et amoureuse, Thorn l’énigmatique fiancé, Renard le valet dévoué… Je me suis particulièrement attachée à l’héroïne, avec son fort caractère et sa perception sensible du monde. L’écriture de Christelle Dabos m’a complètement ferrée, elle a quelque chose d’incroyablement addictif. L’auteure déploie une imagination folle, c’est un vrai délice. On tourne les pages à toute allure pour en savoir plus, et connaître la suite. J’ai littéralement dévoré ce joli pavé ! Un roman jeunesse de grande qualité.

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« On dit souvent des vieilles demeures qu’elles ont une âme. Sur Anima, l’arche où les objets prennent vie, les vieilles demeures ont surtout tendance à développer un épouvantable caractère. Le bâtiment des Archives familiales, par exemple, était continuellement de mauvaise humeur. »

« Ophélie regarda en contrebas et aperçut l’ombre des remparts, des arcades et des tours. C’était vertigineux. Il y avait même une aire de dirigeables ! Elle essuya du gant la buée qu’elle avait déposée. Alors qu’elle saisissait un morceau de nuit à travers les dentelles de givre et les stalactites, elle retint sa respiration. D’étranges tourbillons laissaient des traînées de couleur au milieu des étoiles. C’était cela, une aurore boréale ? »

« Mais son regard, lui, ne redeviendrait jamais comme avant. A force de voir des illusions, il avait perdu les siennes et c’était très bien comme ça. Quand les illusions disparaissent, seule demeure la vérité. »