Les mots pour le lire. Jeux littéraires

004135591

Éditeur : Folio – Date de parution : mai 2016 – 113 pages

*

4ème de couverture : « Quelle passion ont en commun Vladimir Nabokov et Stefan Zweig ? Combien sont les princes d’Ambre de Roger Zelazny ? Quelle héroïne désespérée se jette sous un train ? Qu’est-ce qu’un amphigouri ? Connaissez-vous le subjonctif passé du verbe ouvrir ? Plongez au cœur des livres, jouez avec les écrivains et leurs mots ! »

***

Aujourd’hui pour changer, je vous présente, non pas un roman, mais un petit livre de jeux littéraires…! Les mots pour le lire – j’aime beaucoup le titre – nous offre toutes sortes de jeux sur des auteurs classiques, modernes, des titres de romans, mais aussi des jeux de conjugaison et de vocabulaire. On doit par exemple trouver les dix erreurs qui se sont glissées dans une notice biographique de Paul Verlaine, découvrir le voyageur ou le sportif qui se cache en tel auteur, mais aussi retrouver la définition originelle d’un mot … De quoi tester sa culture littéraire et linguistique sous toutes les coutures ! Les réponses se trouvent répertoriées à la fin du livre.

Empoché dans mon sac à main, ce petit livre m’a accompagné ces derniers jours pendant mes heures d’attentes ferroviaires. Il m’a fait sourire. M’a donné des idées de lecture. Des envie de relire certaines œuvres, de découvrir des auteurs classiques et d’autres, moins classiques. C’est un petit bouquin intelligent qui fourmille d’idées de lectures à piocher et au passage on apprend une foule de choses sur les expressions linguistiques, sur la vie de certains auteurs, sur leurs œuvres… Un régal.

*

Jeux littéraires_1

*

Un grand merci aux éditions Folio pour cette jolie découverte !

Sarah Maeght – C’est où, le nord ? **

1540-1

Éditeur : Albin Michel – Date de parution : avril 2016 – 282 pages

*

Ella a vingt-quatre ans, elle est prof de français dans un collège privé catholique à Paris. Elle habite avec Victor, son amour de jeunesse. Quand il trouve un emploi dans le Nord, il la laisse en plan du jour au lendemain. Ella se retrouve toute seule dans un grand appartement avec Klaus, son poisson rouge. Heureusement, son amie Lou est là pour lui changer les idées, elles sortent à droite à gauche. Au collège, elle découvre des santons décapités dans son casier ; qui peut bien les lui déposer ?

Certes, l’écriture est légère, vivifiante, et l’auteure a un certain talent dans la description et la mise en scène des atmosphères – les scènes qui se déroulent en classes sont cocasses. On sent qu’elle a une écriture qui lui est propre, pleine d’humour et malicieuse.

La quatrième de couverture était bien – trop – séduisante… Si c’est un roman très plaisant qui se lit vite, je l’ai cependant trouvé inconsistant et brouillon à de nombreuses reprises. L’histoire se perd un peu, comme son héroïne. Quant à l’intrigue qui se déroule au collège, cette histoire de santons massacrés, elle n’offre pas le suspense attendu et est donc bien superflue. En définitive, l’histoire ne m’a pas vraiment convaincue, les personnages non plus…

Et vous, qu’en avez-vous pensé ?

Nakamura Fuminori – Revolver **

CVT_Revolver_8252

Éditeur : Philippe Picquier – Date de parution : février 2015 – 173 pages

*

Un soir de pluie, un étudiant marchant au hasard des rues, découvre le corps d’un homme sur le bitume. À coté de lui, une masse sombre… Un revolver. Est-ce un assassinat ? Un suicide ? Ces questions ne préoccupent pas Nishikawa, qui est absolument fasciné par l’arme. En effet, il ressent une joie l’inonder à l’idée de posséder cette arme, dont la couleur argentée a un effet magnétique sur lui. La réalité étant synonyme d’ennui pour l’étudiant, il décide de s’en emparer.

On a bien du mal à s’attacher au personnage, qui est d’une froideur et d’une indifférence effroyable au monde. En fait, on découvre qu’il est complètement déconnecté de la réalité, tout semble l’ennuyer, à part le revolver : son existence l’électrise complètement, sans qu’il sache vraiment pourquoi. Comment un instrument capable d’ôter la vie peut-il fasciner à ce point ? « Le symbole même de la mort »… Son caractère m’a rappelé celui du protagoniste du film Night call.

Il attribue au revolver des caractéristiques humaines, des sentiments, alors que lui-même ne ressent rien pour les autres êtres humains, et pour les choses communes de la vie. On plonge dans les méandres des pensées embrouillées de ce jeune homme perdu, qui ne ressent ni la compassion, ni l’empathie, ni l’amour, qui a un côté déshumanisé ; il est comme aliéné par l’arme.

Dans ce bouquin terrifiant, l’auteur décrit avec talent la transformation psychologique de son personnage. On sent littéralement la folie s’emparer du jeune homme. Ça reste une lecture dérangeante et qui fait froid dans le dos.

***

« Mon cœur palpitait si fort que j’avais mal, un coin de mon esprit voyait mon champ de vision se rétrécir et devenir flou. Puis une phrase a surgit dans mon esprit : cette arme, elle est à moi maintenant. A peine formulée, cette pensée s’est mise à tourner dans ma tête. »

« Elle était d’une beauté stupéfiante, qui ne me décevrait pas, et elle avait une présence imposante. Elle allait sûrement m’emmener vers un ailleurs, c’est-à-dire ouvrir un monde enclos en moi, elle me semblait déborder de possibles. »

« Mais l’arme avait proliféré en moi, jusqu’à me phagocyter totalement, ce que j’avais délibérément accepté. »

« Tuer quelqu’un, on aurait dit que ces mots ne s’étaient pas formés dans mon esprit, c’était comme s’ils étaient déjà là, à l’affût, et remontaient à ma conscience par intermittence. »

Parinoush Saniee – Le voile de Téhéran ****

téhéran

Éditeur : Points – Date de parution : mai 2016 – 610 pages

*

Nous sommes en Iran, dans les années 60. Grâce à la modernisation opérée par le Shah, les filles ont accès aux études. Massoumeh, seize ans, est très douée au collège et désire poursuivre ses études. Avant de partir s’installer à Téhéran, ses frères font pression pour qu’elle se marie, car ils ont peur qu’elle se fasse pervertir par la vie citadine… Seul son père semble la comprendre ; grâce à son indéfectible soutien, Massoumeh intègre la classe de 4ème au collège de Téhéran. Elle y rencontre une adolescente un peu folle et extravertie, Parvaneh, qui devient sa meilleure amie. Un soir en rentrant des cours, elles passent par la pharmacie et découvrent le nouvel assistant du pharmacien, Saiid Zareii. Massoumeh tombe tout de suite follement amoureuse de lui ; et c’est réciproque. Il la guette matin et soir au seuil de la pharmacie… Mais quand ses frères découvrent cette histoire d’amour naissante, la foudre s’abat sur la maisonnée, et un mariage forcé est organisé dans la précipitation avec un homme qu’elle n’a jamais vu…

D’abord désespérée, en colère et le cœur brisé, Massoumeh décide finalement d’affronter son destin. M’attachant immédiatement à l’héroïne, j’ai éprouvé un immense sentiment révolte pour ce qui lui arrivait ; je me suis identifiée à cette jeune femme brisée qui devient épouse malgré elle et va traverser de nombreuses épreuves. Sur une quarantaine d’années, nous suivons son évolution et celle de son pays : le régime du Shah, les attentats communistes qui se trament dans l’ombre, le changement des mœurs, la révolution qui se préparent et s’abat sur le pays, les oppositions entre islamistes et communistes, la guerre contre l’Irak…

C’est un roman autobiographique qui met en relief les conflits sociaux et politiques… On apprend beaucoup de choses sur l’histoire de ce pays tiraillé entre tradition et modernité. Ce roman nous offre également le témoignage magnifique d’une femme au parcours semé d’embûches, dans un pays où les femmes n’ont quasiment aucun droit et où elles dépendent des hommes, dans une absence d’égalité flagrante.

J’ai éprouvé une telle empathie pour cette femme que j’ai souvent été émue aux larmes. J’ai tellement aimé ce roman que j’ai eu bien du mal à écrire cette chronique…  Cette histoire m’a bouleversée et les dernières pages laissent un goût amer. Un livre puissant, dont j’ai dévoré les mots et que j’ai terminé à regrets.

Un immense merci aux éditions Points pour cette découverte et ce grand coup de cœur…!

éditions POints

 

***

« Il y avait eu tant de vie autrefois dans cette maison désormais silencieuse. J’ai séché mes larmes et, le cœur lourd, j’ai verrouillé les portes, prenant congé de ce chapitre de ma vie, de mon bonheur et de ma jeunesse. Et je suis partie. »

« Je me demande souvent ce que cette vie m’a apporté. Ai-je jamais eu une destinée à moi ? Ou n’ai-je été qu’un élément dérisoire du destin des hommes de ma vie, d’hommes qui m’ont tous, d’une manière ou d’une autre, sacrifiée sur l’autel de leurs convictions et de leurs objectifs ? »

Fabcaro – Zaï zaï zaï zaï ***

IMG_9399

 

Editeur : 6 Pieds sous Terre – Date de parution : janvier 2016

*

Tout commence avec un homme – dessinateur de BD – qui, au moment de payer ses courses, se rend compte qu’il a oublié la carte de fidélité du magasin dans son autre pantalon. Face au vigile qui le questionne et le menace de faire une roulade arrière, l’homme brandit un poireau comme s’il brandissait une arme… Et il se carapate. Le fugitif devient très vite l’homme le plus recherché par la police.

Cette BD est un véritable ovni…! Il faut accepter dès le début le second degré et le décalage délirant avec la réalité. Il y a des scènes et des dialogues tellement absurdes et sans queue ni tête que je ne pouvais m’empêcher d’éclater de rire bruyamment. On se demande franchement ce qui a pu passer par la tête de l’auteur… J’ai rarement autant ri en lisant une BD.

A travers les situations toutes plus absurdes & cocasses les unes que les autres, on découvre une critique de la société de consommation, de la politique, de la société en général. Les courtes scènes résonnent avec l’actualité mais dans un registre complètement décalé et loufoque ; sont dénoncés et tournés en ridicules les clichés, l’intolérance, l’exclusion, la différence.

Les dessins sont un peu déroutants au début : les personnages ne semblent pas finis, leurs visages semblent interchangeables, seulement esquissés, dans les tons noir et blanc, jaune, beige… Mais cela ne m’a pas gêné plus que ça.

C’est une farce déroutante et désopilante que j’ai lu d’une traite, avec délectation et en me poilant du début à la fin. J’ai maintenant envie de la recommander à tout le monde ! – Et je vous laisse découvrir la signification du titre par vous-même…

***

IMG_9397

*

IMG_9400

*

IMG_9401

David Foenkinos – Le Mystère Henri Pick ***

henri pick

Éditeur : Gallimard – Date de parution : avril 2016 – 285 pages

*

Crozon, Bretagne. Jean-Michel Gourvec est bibliothécaire. Dans les années 90, il a l’idée insolite de consacrer une partie des étagères aux livres refusés… Il reçoit ainsi toutes sortes de manuscrits qui ont été refusés par les éditeurs et les entrepose dans son sanctuaire. Il embauche Magali pour l’aider dans la gestion de la bibliothèque. À sa mort, la jeune femme reprend le flambeau.

Delphine Despero est éditrice chez Grasset. Alors qu’elle est en vacances chez ses parents en Bretagne, elle entend parler de ce curieux projet de bibliothèque et décide d’aller y jeter un œil. Dans les rayons, elle déniche un chef d’oeuvreLes Dernières heures d’une histoire d’amour. Elle en est persuadée, ce roman écrit par un certain Henri Pick, qui mêle la fin d’une passion amoureuse et l’agonie de Pouchkine, va faire un tabac ! Fascinés et intrigués, Delphine et son petit ami Frédéric, écrivain de l’échec commercial La Baignoire, découvrent que Henri Pick était pizzaïolo, qu’il ne lisait, selon sa femme, rien d’autre que le magazine tv, qu’il parlait & souriait rarement.

Ce mystérieux roman provoque un engouement sans précédent. Tout le monde se l’arrache. Et peu à peu, ce livre va avoir des conséquences sur le destin de certaines personnes. Notamment celui de Jean-Michel Rouche, critique littéraire déchu mais obstiné, qui ne croit absolument pas à la version officielle… Et qui décide de mener sa propre enquête.

J’ai aimé les anecdotes sur le monde littéraire, les écrivains… Et cette idée de bibliothèque de livres refusés est tellement séduisante. Au détour des pages, nous croisons des auteurs et personnalités littéraires dont François Busnel et sa Grande Librairie. Le roman développe des réflexions sur le lecteur, l’auteur, mais aussi sur le monde de l’édition, ce qui plaira aux bibliophiles & bibliovores en tous genres…

Un roman où l’enquête littéraire se mêle aux multiples intrigues amoureuses, truffé de références littéraires, d’humour et qu’on lit avec délectation. La sortie du livre de Henri Pick va en effet bouleverser les relations des unes et des uns et faire valser les cœurs : Magali la bibliothécaire, Joséphine, la fille de Henri Pick dont l’ex-mari resurgit, Delphine l’éditrice qui vit avec l’auteur de La Baignoire.

David Foenkinos a l’art de raconter des choses ordinaires de façon géniale et il faut dire qu’il décrit l’amour comme personne, avec une plume toujours aussi délicieuse et légère.

***

« Les lecteurs se retrouvent toujours d’une manière ou d’une autre dans un livre. Lire est une excitation totalement égotique. On cherche inconsciemment ce qui nous parle. »

« A mon avis, il faut se méfier de tous ceux qui aiment les livres. »

« La vie possède une dimension intérieure, avec des histoires qui n’ont pas d’incarnation dans la réalité mais qui pourtant sont vécues. »

Niroz Malek – Le Promeneur d’Alep ***

le promeneur d'alep

Éditeur : Le Serpent à plumes – Date de parution : octobre 2015 – 156 pages

*

Un écrivain et professeur syrien a décidé de rester chez lui, à Alep, au milieu de ses livres – sa chambre est une bibliothèque – & de sa vie d’avant. Malgré les barrages de militaires, les bombardements incessants, malgré le chaos qui se déroule en bas de chez lui.

En de bref chapitres, l’auteur nous offre des scènes et des instantanés de ce chaos. Il rencontre les fantômes de son passé, ses amis, oubliant un instant qu’ils sont morts. Il raconte les petits détails de ce quotidien terrifiant, les annonces de décès placardées par dizaines sur les immeubles…

L’écrivain use également de son imagination pour s’extraire de cet effroyable quotidien ; il convoque ainsi ses auteurs et ses œuvres préférés. Il cherche à réenchanter le quotidien grâce aux voix de l’imagination… L’art et la culture demeurent pour lui une source de consolation. Il garde ainsi toujours un pied en dehors de la réalité, malgré les cauchemars récurrents.

Un récit qui provoque de l’effroi et qui glace le sang… Une écriture poétique, pudique, dénuée de pathos ou d’excès, dont les mots m’ont émue et transpercée.

Il vient de recevoir le Prix Lorientales.

***

« Que se passait-il ? Je ne savais pas. Seulement des balles et des projectiles qu’on lançait vers le ciel, comme pour chasser les étoiles de leur page noire. »

« J’ouvre les yeux, tout est calme comme avant : un jour de Chagall, la musique de Beethoven et une nuit de Van Gogh, les feuilles que j’ai laissées sur ma table, un léger sommeil qui s’immisce entre mes paupières, et l’image trouble d’une fille partie au loin dont je sens encore la présence et à qui j’avais fait une place dans mon lit. »

« Je prends le stylo et je commence à écrire : Je suis convaincu qu’un jour la lumière jaillira à nouveau de l’obscurité qui s’est abattue sur nous… »

*

14ème roman lu pour le challenge 1% de la Rentrée Littéraire…

challenge rl jeunesse

C.S. Lewis – Les Chroniques de Narnia – Tome 1 : Le Neveu du Magicien ***

Le_neveu_du_Magicien

Éditeur : Folio Junior – Date de parution : 2005 – 210 pages

*

J’avais laissé quelque peu en plan ma participation au challenge des 100 livres ces derniers temps…! Mais je me reprends, avec le premier tome des Chroniques de Narnia… Qui date de 1955, c’est drôle, j’imaginais cette saga beaucoup plus récente !

Polly Plummer trouve que la vie est bien morne et grise à Londres, et elle a tendance à s’ennuyer ferme. Mais un jour, elle fait la connaissance de son nouveau voisin Digory, qui vit avec sa mère gravement malade chez un vieil oncle au comportement très étrange et au regard inquiétant. Cherchant à percer le mystère d’une maison vide, en passant par un tunnel dans les combles, les deux enfants se retrouvent dans le cabinet de travail interdit de l’oncle Andrew… Il va leur faire essayer à chacun une bague magique qui les enverra dans un autre monde

Comme avant de plonger dans l’univers de La Passe-Miroir, j’avoue avoir eu quelques réticences bien vite été balayées ! Guidée par la voix d’un narrateur qui aime souvent s’adresser au lecteur et prendre certaines libertés dans la narration des événements, j’ai découvert la plume de C.S. Lewis et je me suis laissée emporter.

Polly et Digory – enfants un peu trop ordinaires auxquels je n’ai pas réussi à m’attacher – vont faire des rencontres tout à fait extra-ordinaires : la Reine Jadis, le Lion Aslan qui chante et fait naître, par son chant, une nature luxuriante et des étoiles dans le ciel… Qui donne vie à tout un monde, où les animaux sont doués de paroles…

Un monde empreint de magie, et d’inventions, de créatures issues d’un imaginaire délicieusement débridé – sur la terre de Narnia, les enfants plantent un caramel dans la terre et pendant la nuit il pousse un arbre à caramels… Un monde qui m’a rappelé l’univers des contes – avec des notions de transgressions, de conditions à respecter et de missions à réaliser, comme sous la forme d’un apprentissage, d’un cheminement. Les héros ont des missions à accomplir et un destin à choisir.

Un roman intelligent qui, s’il semble léger au début, met cependant en relief un certain nombre de réflexions sur les êtres humains, la terre et leur destinle mal… C’est un roman jeunesse qui est loin d’être ordinaire et vide de sens – l’intrigue est riche d’interprétations, de références symboliques et religieuses, notamment à travers le discours et les mises en garde du Lion.

C’est un récit qui m’a fascinée et émue tout à la fois. L’auteur déploie une poésie de l’imaginaire terriblement séduisante et je me suis laissée envoûter par la voix du narrateur. Une lecture que j’ai terminée avec le sourire aux lèvres et l’envie de découvrir les autres tomes…!

***

« C’est une histoire qui s’est passée il y a très longtemps, à l’époque où votre grand-père était un petit garçon. Une histoire très importante car c’est elle qui permet de comprendre comment les échanges entre notre monde et le pays de Narnia ont commencé. »

« Vous savez ce que c’est quand vous commencez à croire à ce que vous espérez du fond du cœur, vous luttez contre cet espoir, car ce serait trop beau pour être vrai ; vous avez déjà été si souvent déçu… »

« Le Lion ouvrit la gueule mais nul son n’en sortit ; il exhala un long souffle tiède qui fit vaciller les bêtes comme le vent fait frissonner une rangée d’arbres. Beaucoup plus haut, au-delà du voile de ciel bleu qui les cachait, les étoiles recommencèrent à chanter, un chant épuré, froid, aride. »

Livre lu dans le cadre du Challenge des 100 livres !

8 / 71

Les 100 livres

Léonor de Récondo – Amours ***

51UeNYDks0L._SX195_

Éditeur : Points – Date de parution : mai 2016 – 206 pages

*

1908. Nous plongeons dans le huis clos d’une maison bourgeoise du Cher. Victoire a été précipitée dans un mariage arrangé avec Anselme Boisvaillant, notaire à la suite de son père. Mais elle ne ressent rien pour lui, rien qui pourrait ressembler à de l’amour ou à du désir ; elle limite le plus possible les contacts physiques avec lui. Depuis presque cinq ans, Victoire attend de voir un enfant naître de cette union forcée, en vain. Quand il n’y tient plus, Anselme se rend au dernier étage de la maison, dans la chambre de bonne et abuse de Céleste sur son petit lit en fer forgé. Quand cette dernière tombe enceinte, Victoire y voit une chance d’avoir l’enfant qu’elle attend. Elle décide de l’élever comme son propre enfant, mais elle n’a pas la  fibre maternelle. Le nourrisson dépérit à vu d’œil en réclamant sa vraie mère, ressentant le besoin viscéral d’être avec elle. Alors une nuit, Céleste emporte son fils dans sa chambre au grenier, pour bercer la chair de sa chair contre elle. Victoire, s’apercevant de cette absence, les retrouve.

Si l’atmosphère un peu démodée de début du siècle m’a déroutée en lisant les premières pages, c’est finalement ce qui m’a charmée dans cette lecture ; l’écriture fluide et sensible de Léonor de Récondo m’a immédiatement conquise. On a l’impression d’être dans un autre temps qui ressemble sensiblement au nôtre. J’ai aimé suivre l’évolution de ces personnages et de leurs sentiments, enfermés dans les carcans -au figuré comme au propre – d’un monde bourgeois. J’ai aimé la pulsion de liberté qui s’empare de Victoire lorsque, prise d’une folie douce, elle jette au feu les boîtes contenant ses corsets.

L’auteure nous offre, au fil des pages, la naissance d’un amour clandestin, tabou pour cette époque très conventionnelle. Un amour interdit, à l’encontre des conventions.

Un roman éminemment féminin et féministe, à la fois sombre et lumineux, dont l’atmosphère, parfois très mystique, m’a fait penser à l’univers de Sylvie Germain.

Merci aux éditions Points pour cette belle lecture !

éditions POints

***

« Céleste sent la terre battue et la solitude, toute son enfance, toute son histoire, si loin de celle de Victoire, et maintenant si proche, toute proche. »

« Quand on a vécu dans sa chair ce qu’il y a de plus obscur, on comprend combien il faut choyer la lumière, aussi éphémère soit-elle. »

« De la vie, on ne garde que quelques étreintes fugaces et la lumière d’un paysage. »

Olivia Rosenthal – On n’est pas là pour disparaître ****

41SNHpfBRCL._SX195_

 

Éditeur : Folio – Date de parution : mars 2011 – 233 pages

*

« Le 6 juillet 2004, Monsieur T. a poignardé sa femme de cinq coups de couteau. Il a ensuite quitté le domicile conjugal et s’est réfugié dans le jardin des voisins. C’est la qu’il a été découvert par la police. Quand, lors de son interrogatoire, on a demandé à Monsieur T. pourquoi il avait agi de la sorte, il a été incapable de répondre. »

C’est sur ces mots que débute l’étrange roman d’Olivia Rosenthal. On n’est pas là pour disparaître a pour sujet la maladie d’Alzheimer et ses effets sur le malade et sur ses proches.

La narratrice nous explique sans détour que ce livre lui tient vraiment à cœur, sans qu’elle sache vraiment pourquoi, tout en ayant peur que ça lui porte malheur… Mais elle ressent un besoin irrépressible d’écrire sur cette maladie. L’auteure nous livre également quelques pans de sa propre mémoire ; ses propres souvenirs s’insèrent au plus près de la mémoire défaillante du malade.

Le texte alterne entre plusieurs fragments, donnant l’impression curieuse d’entendre en même temps plusieurs voix différentes, qui se superposent. L’auteure nous délivre les extraits d’un interrogatoire sans queue ni tête de Monsieur T. par la police, des fragments de la vie d’Alois Alzheimer & les pensées confuses du malade.

A leur suite, s’ajoutent d’autres voix, à la façon de conseils donnés à un patient sur un ton presque clinique, et des tests nous sont proposés – « faites un exercice » – comme pour nous mettre dans la peau du malade… Le lecteur est par moment tutoyé, vouvoyé, il est convoqué pour prendre part à cette réflexion sur la maladie d’Alzheimer.

La voix de l’auteure semble parfois se confondre avec celle du malade, comme si elle cherchait à entrer dans sa tête.

C’est un livre à la fois dérangeant et magnétique qui aborde un sujet très complexe et sombre, à travers lequel l’auteure nous faire éprouver les sentiments de Monsieur T.

L’écriture d’Olivia Rosenthal est un électrochoc ; avec sensibilité, intelligence et de façon profondément poétique, elle pose des mots sur la perte de mémoire, la perte de raison, les souvenirs qui s’effacent, la maladie qui peu à peu s’empare de l’homme. Un roman qui n’en est pas vraiment un, qui prend aux tripes, qui secoue.

Un coup de cœur, un livre bouleversant qui va me poursuivre longtemps. Un livre hérisson, hérissé de marque-pages, comme autant de citations marquantes…

***

« Il y a des moments où les choses, en perdant le nom qu’elles portent, s’éloignent. Si je ne fais pas des efforts acharnés pour les retenir, je finirai par les perdre toutes. Toutes les choses. »

« C’est bizarre d’éprouver le manque de quelque chose qu’on ne connaît pas. D’habitude, quand quelque chose vous manque, on sait ce que c’est, c’est d’ailleurs pour ça qu’il ou elle manque. Le manque, c’est quand on me retire une chose dont je sais qu’elle m’est nécessaire et dont l’empreinte reste en moi vivace. Mais là, c’est autre chose, un manque flottant, un manque profond que je ne peux pas circonscrire. C’est pire, bien pire, parce que j’ai beau réfléchir, je ne sais pas ce qui manque. »