Delphine de Vigan – D’après une histoire vraie ***

d-apres-une-histoire-vraie-de-delphine-de-vigan

 

Éditeur : JC Lattès – Date de parution : août 2015 – 478 pages

*

Il m’attendait bien sagement dans ma PAL depuis quelques mois, ce roman dont tout le monde parle… J’ai entendu tellement d’avis divergents que j’avais hâte de me faire mon propre avis sur la chose ! J’aime beaucoup la plume de Delphine de Vigan et son avant-dernier roman, Rien ne s’oppose à la nuit, était un immense coup de cœur pour moi. Elle y mettait en scène le personnage de sa mère.

Quelques mois après la parution de son roman Rien de n’oppose à la nuit, qui a connu un succès monstre auquel elle ne s’attendait pas du tout, Delphine fait la rencontre de L. Une rencontre qui va complètement bouleverser son petit univers à un moment où l’auteur ne parvient pas à faire face à « l’après best-seller », peu à peu elle n’arrive plus à écrire… Parallèlement, Delphine se met à recevoir à son domicile des lettres anonymes et menaçantes, tapées à la machine à écrire. Dans ces lettres, on lui reproche d’avoir sali son nom et sa famille…

Dès les premiers mots, on ressent la tension psychologique. On sent l’orage qui couve. L. est un personnage terriblement énigmatique. Le fait qu’elle soit désignée par une seule lettre renforce l’énigme. On se pose une foule de questions : qui est-elle – qui est L. ? D’où sort-elle ? Delphine de Vigan met en scène l’histoire de cette rencontre, de cette amitié qui devient (trop) vite indispensable. Une amitié poison, qui réveille au bout d’un moment la suspicion de l’auteur. L. semble tout connaître d’elle, même les choses les plus intimes, elle est dotée d’une telle intuition que ça en devient troublant. Dans cette amitié spéciale, l’auteur s’interroge beaucoup sur la relation à l’autre, une altérité qui lui ressemble.

Au fil des mots, on découvre de belles réflexions sur l’écriture, les personnages, la fiction et ses relations étroites avec le réel. Autant de thèmes qui me plaisent énormément.

« Il fallait en découdre avec le réel »Entre réalité et fiction, on ne saurait dire où l’auteur souhaite nous amener. Elle semble se jouer de l’argument « inspiré de faits réels » qui s’invite maintenant dans la publicité de nombreux films et romans. Mais au fond, est-ce vraiment cela qui compte, que ça soit réel ? La fiction n’aurait donc plus d’avenir ?

Qu’il s’agisse dans ce bouquin de la réalité ou que tout ne soit que pure invention, car c’est une question que l’on peut se poser, je dois dire que sincèrement je n’en ai rien à faire. Je pense d’ailleurs que tout l’intérêt du roman réside au-delà. L’auteur semble d’ailleurs se jouer de nous… Pour citer certains passages : « Et je nous mets au défi – vous, moi, n’importe qui – de démêler le vrai du faux. » ou encore « – Que la vie qu’on raconte dans les livres soit vraie ou qu’elle soit fausse, est-ce que c’est si important ? » 

C’est avec plaisir que j’ai retrouvé la plume de Delphine de Vigan. Elle a une maîtrise des mots et des émotions qui me souffle à chaque fois.

La tension monte au fil des pages.. Dans les dernières pages, c’est l’angoisse qui s’installe, comme un étau qui se resserre. L’écriture fluide se déverse et on engloutit les pages les unes après les autres. On a envie de savoir le fin mot de l’histoire. Un récit très habilement construit.

Un thriller littéraire terriblement prenant, où la fiction et la réalité s’entremêlent dangereusement.

***

« Mais toute écriture de soi est un roman. Le récit est une illusion. Il n’existe pas. Aucun livre ne devrait être autorisé à porter cette mention. »

« Mais tu sais, je ne suis pas sûre que le réel suffise. Le réel, si tant est qu’il existe, qu’il soit possible de le restituer, le réel, comme tu dis, a besoin d’être incarné, d’être transformé, d’être interprété. Sans regard, sans point de vue, au mieux, c’est chiant à mourir, au pire c’est totalement anxiogène. Et ce travail-là, quel que soit le matériau de départ, est toujours une forme de fiction. »

« Comment déchiffrer les traces de l’enfant sur la peau des adultes que nous prétendons être devenus ? Qui peut lire ces tatouages invisibles ? Dans quelle langue sont-ils écrits ? Qui est capable de comprendre les cicatrices que nous avons appris à dissimuler ? »

*

8ème roman lu pour le challenge.

challenge rl jeunesse

Pascal Quignard – Tous les matins du monde **

product_9782070724741_195x320

 

Éditeur : Gallimard – Date de parution : 1991 – 134 pages

*

Nous sommes en 1650. Monsieur de Sainte Colombe vient de perdre sa femme. Il se retrouve tout seul à élever ses deux filles, Madeleine et Toinette. Musicien accompli, il passe ses journées à jouer de la viole, et il compose de somptueux morceaux, mais sans jamais les écrire. Sa musique est un véritable enchantement, et le bouche à oreilles fonctionnant bien, elle parvient jusqu’aux oreilles du roi, qui souhaite que Monsieur de Sainte Colombe joue à sa cour. Celui-ci refuse catégoriquement.

La viole de Monsieur de Sainte Colombe est spéciale : son instrument en bois est doté d’une septième corde, « il couvre toutes les possibilités de la voix humaine, celle de l’enfant, celle de la femme, celle de l’homme brisée »Et certains soirs lorsqu’il joue, il peut véritablement sentir la présence de sa femme à ses côtés.

Ce n’est pas ma première lecture de Pascal Quignard. De lui, j’ai beaucoup aimé Villa Amalia, dont l’écriture mélancolique m’avait touchée. J’ai retrouvé ici une très belle écriture, poétique à souhait. Je suis cependant restée sur ma faim et je n’ai pas réussi à entrer complètement dans le récit, peut-être trop court à mon goût.

***

« – Quand je tire mon archet, c’est un petit morceau de mon cœur vivant que je déchire. Ce que je fais, ce n’est que la discipline d’une vie où aucun jour n’est férié. J’accomplis mon destin. »

*

Livre lu dans le cadre du Challenge des 100 livres !

2 / 71

Les 100 livres

Hakan Nesser – Un été avec Kim Novak ***

kim novak

Éditeur : Le Seuil – Date de parution : 2014 – 281 pages

*

Durant l’été 196., Erik passe ses vacances pour la première fois sans ses parents, avec son grand-frère Henry et son ami Edmund à Tibériade, petite bicoque familiale située au bord d’un lac, en bordure de forêt, à plusieurs kilomètres de la ville. Sa mère est en train de mourir d’un cancer et il n’a que quatorze ans. C’est l’été des premiers émois, des questions existentielles, des discussions tard dans la nuit… C’est l’âge où l’on n’est plus un enfant mais pas encore un adulte.

Son frère Henry est plus âgé, il a vingt-deux ans. Il a décidé de consacrer son été à l’écriture de son roman. Erik et Edmund passent leurs journées tout seuls à nager, à faire des balades en vélo dans la campagne ou en pédalo d’une île à l’autre. Le temps est caniculaire mais ces vacances sont une occasion d’oublier un quotidien un peu difficile. Un jour, Eva Kaludis, une femme qu’ils ont eu comme professeur au collège, que tout le monde surnomme Kim Novak, grande blonde élancée, à l’attitude de femme fatale, débarque à Tibériade. La « Catastrophe » se profile alors à l’horizon, tel un orage sur le point d’éclater…

L’histoire nous est contée de manière rétrospective. Trente ans plus tard, l’adulte qu’est devenu Erik nous raconte les événements de cet été qu’il n’a jamais oublié et notamment les jours qui ont précédé la « Catastrophe », comme il l’appelle. Tout a commencé avec l’apparition d’Eva Kaludis…

Ce joli roman suédois se mue au fil des pages en roman policier. Je n’en dirai donc pas plus sur l’intrigue. Le regard du narrateur est empreint de mélancolie, et d’un solide attachement aux souvenirs de cet âge charnière. Si les deux premières parties se concentrent sur l’été de ses quatorze ans, dans la troisième et dernière partie, le temps semble s’accélérer et c’est l’adulte que nous retrouvons.

Ce roman est une très belle surprise.  Même si le roman bascule dans l’intrigue policière à un moment donné, ce n’est absolument pas ce que je retiendrai de ma lecture. Ce qui m’a plu avant tout c’est la voix encore enfantine d’Erik, et le regard tellement sensible qu’il semble porter sur son passé, sur sa vie. C’est un récit profondément émouvant.

***

« La vie doit être pour nous comme un jour d’été pour un papillon. »

« Le monde, avec tout ce qu’il avait de bien et de mal, était infiniment plus grand que ce que nous étions capables d’exprimer. C’était une chose que j’avais comprise et qui me rendait à la fois étrangement calme et terrifié. »

« Ça n’avait pas dû être drôle d’avoir été aimé par une femme telle qu’Eva Kaludis puis de se réveiller un beau jour et de s’apercevoir que ce n’était plus le cas. Bien que l’idée n’ait fait que m’effleurer l’esprit, j’ai senti que c’était une des rares pensées vraiment importantes que j’avais eues les derniers temps. Une de ces idées qui reviendraient. Fatalement. Est-ce mieux d’être aimé, puis non aimé, plutôt que de ne pas être exposé à l’amour du tout ? Un raisonnement dont on ne se sort pas. »

« C’est quoi, une vie ? je me suis demandé. Bon Dieu ! C’est quoi, une vie ? J’ai pensé à Benny et à la mère de Benny, à Enok au Gros Cul, à Balthazar Lindblom et à Edmund. A ma mère et à mon père. A Henry. Et à ce jour, mille ans plus tôt, où Eva Kaludis était arrivée dans la cour de Stavaskolan sur sa Puch rouge. Kim Novak. »

Marisha Pessl – La Physique des catastrophes ****

 

 

Éditeur : Folio – Date de parution : 2008 – 822 pages

*

** Je vous présente La Physique des catastrophe, de Marisha Pessl, qui est une lecture commune réalisée avec Claire de La Tête en Claire 🙂 Je la remercie énormément pour avoir accepté de lire ce gros bouquin avec moi ! C’était notre première lecture commune à toutes les deux. Et je dois avouer que sans elle, je ne l’aurai jamais lu aussi vite. De plus, pour la petite anecdote, ce livre traînait dans ma PAL depuis au moins … huit ans. Je l’avais commencé et m’étais arrêtée à la page 100… 😀 Cette lecture commune m’a permis de découvrir qu’un coup de cœur se cachait sur mes étagères… **

*

Bleue Van Meer est une adolescente précoce au caractère solitaire, une grande lectrice, qui mène un train de vie bien peu ordinaire. Depuis la mort accidentelle de sa mère, elle vit avec son père, professeur de sciences politiques à l’université ; ensemble ils parcourent les routes américaines, passant d’une ville universitaire à une autre, au gré des changements de postes du père. Leur relation est très fusionnelle, elle est faite d’échanges de répliques, de citations littéraires, cinéphiles, scientifiques, politiques… Ils peuvent passer des heures à disserter sur des problèmes de physique quantique ou sur des théories psychanalytiques.

Pour sa dernière année de lycée, le père de Bleue décide de passer toute l’année dans la même ville, à Stockton. Au lycée, elle rencontre « Le Sang Bleu », un groupe d’adolescents réunis autour de la charismatique et mystérieuse Hannah Schneider, leur professeur de cinéma.

Mais quand celle-ci est retrouvée morte, Bleue, hantée par cette vision, mène l’enquête, sans se douter que ses investigations vont la conduire à remettre en question toute sa vie. Cet événement, s’il apparaît de façon très  explicite au début du roman est, je trouve, mentionné abusivement par la quatrième de couverture, alors qu’il n’apparaît que très tard dans l’intrigue…

Le récit nous est donc rapporté de façon rétrospective. Bleue nous raconte la genèse de cette macabre découverte. On sent au début du roman que ce récit lui est nécessaire et vital.

A la fois roman policier, roman d’apprentissage, le moins que l’on puisse dire c’est qu’il s’agit d’un texte bien costaud… Il est littéralement truffé de références d’ouvrages érudits, littéraires, encyclopédiques, scientifiques… C’est comme si les yeux de Bleue analysaient chaque élément du monde en fonction de tout le savoir qu’elle a lu et emmagasiné. Chaque chapitre porte le nom d’un grand classique de la littérature. Je pense n’avoir pas décelé toutes les références implicites et explicites à des œuvres, tellement il y en a.

Ce roman marginal aborde de nombreux thèmes, parmi lesquels l’émancipation, les faux-semblants et le mensonge, la solitude que l’on peut ressentir et cela, même au sein d’un groupe. Malgré le sujet difficile, il y a pas mal d’humour ; en effet, certaines phrases m’ont beaucoup fait rire. Bleue a un sens de l’ironie et de la répartie très mordant et une vision incroyablement lucide des rapports humains. C’est une héroïne particulièrement attachante.

Alors oui, il y a certaines longueurs, surtout au début… Et je n’ai commencé à être captivée qu’à la page 174 (c’est précis, n’est-ce pas). De plus, les multiples références peuvent alourdir le style… et pourtant la lecture est très fluide, les mots ont quelque chose d’addictif, l’écriture est superbe et on ressent un véritable plaisir à lire dévorer ce roman. J’ai été littéralement captivée par l’intrigue et captive des mots.

En refermant ce livre particulièrement dense et intense, je me suis dit : mais quel coup de génie ! Quel livre incroyable. Le coup de génie, c’est qu’au final on ne saura jamais vraiment si ce ne sont que les élucubrations d’une adolescente qui a trop d’imagination, qui a lu trop de livres… Tout ce que je peux vous dire, c’est que la fin est inattendue, et qu’elle est liée à celle d’un film italien.

C’est pour moi un roman virtuose, un coup de cœur.  ❤

Et surtout, n’ayez pas peur de ce pavé de 820 pages (en version poche), une fois qu’on tombe dedans on ne peut plus en sortir !!

*Pour lire le billet de lecture de Claire, c’est par ici : La Tête en Claire.

***

Il me regardait avec son air de « Prends-moi en stop, par pitié », qui devint bientôt « Déclenche l’ouverture du parachute », puis « Si tu veux bien lui faire le coup du lapin ».

« Le bonheur est un chien qui se dore au soleil. Nous ne sommes pas sur terre pour être heureux, mais pour vivre des événements incroyables. »

« Peu de gens comprennent qu’il est inutile de courir après les réponses aux questions majeures de la vie, déclara papa un jour où il était d’humeur bourbon. Elles ont l’esprit volage et elles sont terriblement fantasques. Mais si tu fais preuve de patience, si tu ne les presses pas, le jour où elles seront prêtes, elles te sauteront à la figure. »

 

 

Tag #5 – Je lis… Donc je suis.

Découvert chez Nadège, du blog Les mots de la fin, j’ai trouvé ce tag très beau et poétique… Il s’agit de répondre à chacune des questions par un titre de roman lu au cours de l’année 2015.

 

Décris toi…

Papillon de nuit

*

 Comment te sens tu ?

La vie devant soi

*

Décris où tu vis actuellement…

La petite Boutique des rêves

*

Si tu pouvais aller où tu veux, où irais tu ? 

Brésil

*

Ton moyen de transport préféré ?

Océan mer

*

Ton/ta meilleur(e) ami(e) est…

Coraline

*

Toi et tes amis vous êtes…

Nous serons des héros

*

Comment est le temps ?

Un ciel rouge, le matin

*

Quel est ton moment préféré de la journée ?

Chaque soir à onze heures

*

Qu’est la vie pour toi ?

Cris, murmures et rugissements

*

Ta peur ?

Le bruit des choses qui tombent

*

Quel est le conseil que tu as à donner ?

Petits moments de bonheur volés

*

La pensée du jour…

Les anges ne reviendront pas

*

Comment aimerais tu mourir ?

Sur la route

*

Les conditions actuelles de ton âme ?

L’ombre douce

*

Ton rêve ?

La petite lumière

*

tag

*Pour une fois, je ne tague personne. Libre à vous de le reprendre ! 🙂

Daphné du Maurier – Rebecca ***

rebecca

 

Éditeur : Le Livre de Poche – Date de parution : 2015 – 443 pages

*

Je vous présente aujourd’hui ma toute première lecture dans le cadre du Challenge des 100 livres… Il s’agit de Rebecca, de Daphné du Maurier, qui m’attendait bien sagement dans ma PAL depuis quelques mois.

Présentation de l’éditeur : « J’ai rêvé l’autre nuit que je retournais à Manderley. » Ainsi débute le plus célèbre roman de Daphné du Maurier, qu’Alfred Hitchcock adapta en 1940 et qui n’a rien perdu de son charme vénéneux. dans une somptueuse propriété de la côté anglaise, hantée par le souvenir d’une première épouse disparue, une jeune mariée intimidée, un veuf taciturne, une gouvernante vêtue de noir s’observent dans un huis clos étouffant… Entre conte gothique et suspense psychologique, Rebecca entremêle les passions et les haines, les silences et les menaces avec, en bruit de fond, le ressac de la mer sur les galets de la crique…

***

C’est à Monte-Carlo que la narratrice fait la rencontre du mystérieux Maxim de Winter. D’après les rumeurs, sa femme est morte noyée il y a quelques mois et il ne se remet pas de sa tragique disparition. C’est un homme secret, taciturne. Mais très vite, elle en tombe amoureuse et il la demande en mariage.

La jeune mariée se retrouve à Manderley, l’immense manoir situé sur la côte anglaise dans lequel vit Maxim avec une poignée de domestiques. La demeure, tout comme le personnel et le mari, semblent hantés par le souvenir de la première épouse, Rebecca. Elle semble partout. Ses appartements sont encore intacts, entretenus de façon un peu morbide par son ancienne femme de chambre, Mrs. Danvers. Lorsqu’elle les fait visiter à la jeune mariée, les paroles de la domestique m’ont glacé le sang… « On ne croirait pas qu’elle est partie depuis si longtemps, à voir tout cela, n’est-ce pas ? On croirait qu’elle vient de sortir et qu’elle va rentrer ce soir même. »

L’atmosphère de ce roman gothique devient vite angoissante. On sent le parfum des embruns, on entend le bruit de la mer et de son ressac. La tension grimpe doucement avec les non-dits, les conversations étouffées, l’aile ouest de la maison qui demeure plongée dans l’obscurité et inaccessible. Et Mrs. Danvers, toute vêtue de noir, se déplaçant sournoisement dans les couloirs…

L’écriture de ce thriller psychologique qui fait froid dans le dos est tout simplement sublime. Le suspense et l’attente nous saisissent à la gorge tout au long du roman. Sans dévoiler l’intrigue qui reflète une maîtrise parfaite de l’écriture et du suspense, je peux juste dire que je ne m’attendais absolument pas à un tel revirement.

Nous ne connaîtrons jamais le nom de l’héroïne qui parle à la première personne, ce qui participe de l’identification au personnage et nous invite à nous mettre à sa place. Nous nous projetons complètement dans l’histoire. La tension atteint son paroxysme dans les dernières pages. C’est après avoir lu les derniers mots, puis les avoir relus, et refermé le livre que j’ai accusé le coup. C’est limite si on ne pousse pas un soupir de soulagement en refermant ce livre.

Rebecca est un très grand roman que je ne suis pas prête d’oublier. J’ai encore le cœur crispé et je n’ai qu’une hâte : me plonger dès à présent dans le film d’Hitchcock.

***

« Ici, me dis-je, nous avons vécu, nous avons été heureux. ceci était à nous, pour si peu de temps que ce fût. Nous avons beau ne passer que deux nuits seulement sous un toit, nous y laissons derrière nous quelque chose de nous-mêmes. »

*

Petit rappel concernant ma progression dans le Challenge des 100 livres à avoir lus au moins une fois dans sa vie… j’avais à mon actif 29 livres lus, il m’en restait donc 71 à lire.

30 / 100

Les 100 livres

*Bon, The Crazy Books Company, je suis impatiente de lire vos billets !! June and Cie, Un Charmant petit monstre lit tout cru, Le Brocoli de Merlin, Petit Pingouin vert, Adlyn Loompa (non non, je ne mets absolument pas la pression :D)

Marcello Fois – Cris, murmures et rugissements ***

cris

 

Éditeur : Seuil – Date de parution : septembre 2015 – 149 pages

*

Je trouve la quatrième de couverture tellement belle que je me sens obligée de la citer : « A la mort de leur père, Marinella et Alessandra se retrouvent dans l’appartement de leur enfance. Avec ses murs verts et ses recoins mystérieux, il évoque une jungle où résonnent des cris d’animaux sauvages. C’est le cadre idéal pour un règlement de compte entre ces sœurs jumelles que le deuil révèle telles qu’elles sont vraiment : deux prédatrices assoiffées de vérité et de vengeance. Mais il n’est pas dit que la plus forte parvienne à l’emporter. Haletant et bouleversant, ce huis clos met en scène deux femmes écorchées par la vie, enfin parvenues à a croisées des chemins. »

Marinella et Alessandra ont été abandonnées par leur père à l’âge de huit ans. C’est en revenant dans cet appartement quarante ans plus tard que les blessures du passé resurgissent. Il est question de haine, de mémoire familiale, d’amour aussi, malgré tout.

Ce court roman a des allures de pièce de théâtre : unité de temps, unité de lieu ; les dialogues entre les deux sœurs, qui montent en intensité. Il y a une telle férocité dans les propos qu’elles s’échangent, une telle hargne… Leurs mots sont ponctués par les cris d’animaux, les bruissements primitifs, imaginaires ou réels, qui résonnent dans l’appartement.

Si le texte est au début déstabilisant, il fini par s’en dégager une force singulière. J’ai beaucoup aimé les métaphores animales qui se glissent dans le texte pour décrire les faits et gestes des deux sœurs. Ces deux sœurs qui ressemblent à deux fauves

***

« Elles gardent le silence un moment. Dans l’appartement, on n’entend que les lointains cris d’hyènes affamées dans les tuyaux et, dans les radiateurs, les sifflements de serpents venimeux. »

« C’est alors que se répandit le son du silence qui n’est autre que le battement assourdissant du sang dans les tempes ; qui est le soufflet d’une respiration haletante ; qui est la systole et la diastole de la pulsation des tympans. Comme un bruit de tambour dans la savane… »

« Marinella pensa qu’elle n’avait jamais réussi à aimer quelqu’un autant qu’elle avait aimé Alessandra, parce qu’elle n’avait jamais détesté quelqu’un autant qu’elle l’avait détesté… De tout son être. »

*

7ème roman de la rentrée littéraire.

challenge rl jeunesse

Jo Witek – Mentine privée de réseau ! ***

mentine-217x300

Éditeur : Flammarion jeunesse – Date de parution : 2015 – 233 pages

*

Mentine est une jeune adolescente de douze ans comme les autres, à ceci près qu’elle est surdouée. Comme elle ne veut surtout pas que ses amies l’apprennent, elle fait tout pour que sa moyenne baisse et pour être « normale ». Elle se retrouve avec un 9,5 de moyenne générale et pour la punir, ses parents la privent de son stage de surf à Biarritz et décident de l’envoyer pendant les deux mois d’été dans le Larzac, en pleine cambrousse, sans réseau, sans Internet…

Elle loge à La Blanchette, chez Raoul, un ami de sa grand-mère, qui a l’allure d’un vieil acariâtre, revêche et ronchon et qui lui annonce la couleur : elle va devoir l’aider à tenir la ferme. Elle pense passer les pires vacances de toute sa vie…

J’ai emprunté ce roman à une élève de mon Club Lecture, attirée par la jolie couverture colorée ! Les illustrations que l’ont trouve en couverture et à l’intérieur du roman sont de Margaux Motin et je les trouve très réussies, elles collent très bien au récit et donnent la pêche. Elles donnent également un visage au personnage de Mentine, une petite frimousse effrontée et malicieuse, voire prétentieuse, qui n’a pas sa langue dans sa poche. Elle est au début bien agaçante, mais on fini par s’y attacher.

mentine2

Si au début de ma lecture, j’avoue avoir été un peu dubitative, j’ai fini par prendre un certain plaisir à lire ce drôle de roman, et à m’attacher à Mentine. C’est un joli roman, qui se lit d’une traite – je l’ai dévoré en une journée…! Alors oui, l’intrigue est attendue, l’écriture n’a rien de sensationnel – en même temps, on est dans la tête d’une ado rebelle -, cependant j’ai été agréablement surprise et touchée par cette héroïne atypique. C’est une comédie efficace qui aborde de nombreux thèmes chers aux adolescents : amour, amitié, relation aux parents, le tout traité avec beaucoup d’humour.

Et bonne nouvelle : il s’agit d’une série, il me semble qu’un deuxième tome est déjà sorti et un troisième est prévu pour février.

mentine1

Timothée de Fombelle – Victoria rêve ****

victoria rêve

 

Éditeur : Gallimard jeunesse – Date de parution : 2012 – 104 pages

*

« Victoria voulait une vie d’aventures, une vie folle, une vie plus grande qu’elle. »

Victoria vit dans une petite ville de banlieue ennuyeuse, à Chaise-sur-le-Pont, dans la Cité des Aubépines, où il ne se passe jamais rien. Ses parents sont d’une banalité incroyable. Et dans sa tête, Victoria rêve d’une vie plus folle, un peu comme dans les romans qu’elle lit. Elle a soif de fantastique, d’aventure…

Alors quand le petit Jo qui a sauté plein de classes lui demande où sont passées les trois Cheyennes, son sang ne fait qu’un tour. Y aurait-il enfin un peu d’action dans sa vie monotone ?! Elle se met soudain à constater d’étranges bizarreries autour d’elle… Chaque jour, des livres disparaissent de l’étagère de sa chambre. En sortant du collège, elle croise son père au volant de sa voiture, habillé en cow-boy. Et un matin, son horloge se fait la malle… La fiction s’inviterait-elle dans la réalité ?

Ce petit roman jeunesse  écrit avec beaucoup de malice est un délice. Victoria a lu tellement de livres, à la façon d’un don Quichotte, qu’elle prend ses désirs pour la réalité et c’est ainsi qu’elle laisse l’imaginaire s’inviter dans le réel. Le monde se trouve réenchanté par la force de l’imagination d’une grande lectrice. C’est une ode à l’imagination, qui rend compte de toute la force de la lecture et des livres.

Un coup de cœur ❤

***

« Il y avait seulement, à la hauteur de ses yeux, une longue étagère unique, remplie de livres, qui faisait le tour de la chambre. Cette ligne de livres, Victoria l’appelait l’horizon. Depuis quelques semaines, chaque jour, des livres disparaissaient étrangement de l’horizon. »

« Victoria s’engouffra dans la nuit. Depuis quelque temps, un monde imaginaire débarquait dans son existence. Elle avait l’impression d’une foule de personnages qui descendaient de sa bibliothèque en rappel pour venir semer leur pagaille. »

Martin Page & Coline Pierré – La folle rencontre de Flora et Max ***

E150641

 

Éditeur : L’Ecole des Loisirs – Date de parution : septembre 2015 – 199 pages

*

Flora est dans une prison pour mineurs, après avoir violemment frappé une élève de sa classe. Un jour, elle reçoit une lettre de Max, un drôle de garçon qui est persuadé qu’ils ont des points communs. C’est ainsi que débute la correspondance entre ces deux adolescents.

Max est enfermé à sa façon : il ne sort plus de chez lui car le monde extérieur l’angoisse. « J’ai l’impression que la vie quotidienne passe son temps à me tabasser ». Il passe ses journées enfermé dans sa chambre, entouré de son monde familier : ses livres, ses films, son ukulélé. D’une certaine manière, il se sent proche de Flora.

A travers les lettres qu’ils s’échangent, les deux adolescents partagent par petits bouts leur vie, leurs espoirs et leurs angoisses. Leurs mots sont plein d’humour, de fantaisie et par moment ils sont d’une grande sagesse. Ces lettres aident Flora à tenir le coup en prison, et elles aident Max à tordre les barreaux de sa propre prison.

J’ai été charmée par ce curieux roman épistolaire où deux adolescents des temps modernes échangent des lettres, cette pratique qui semble maintenant hors du temps. On retrouve au détour de ces lettres, des références à Sylvia Plath, à Fernando Pessoa et son Livre de l’intranquilité, qui trône depuis quelques mois sur ma table de chevet…

C’est une lecture à quatre mains vraiment réjouissante et qui met du baume au cœur.

***

« Je pensais à notre correspondance l’autre jour et je me disais que c’était incroyable qu’il ait fallu que je sois emprisonnée et que tu quittes le lycée pour qu’on se parle. Nous vivons tout de même dans une société étrange : comment est-il possible que nous ne nous soyons pas trouvés alors que nous étions chaque jour à quelques mètres l’un de l’autre ? On dirait que les vraies rencontres ne sont possibles que par accident. »