Laure Murat – Flaubert à la Motte-Picquet ***

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Éditeur : Flammarion – Date de parution : septembre 2015 – 95 pages

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La couverture de ce petit livre m’a tout de suite interpellée lorsque je l’ai croisé par hasard à la bibliothèque. Ni une, ni deux, je l’ai embarqué avec moi !

L’auteur nous offre une cartographie de la lecture souterraine. Elle flâne dans le métro parisien, passe d’une ligne à une autre, scrute les rames, à la recherche de lecteurs et de livres. Elle consigne les livres croisés au fur et à mesure dans un petit carnet acheté à cet effet.

Un texte étonnamment drôle et poétique, qui se déguste, que dis-je, qui se dévore d’une traite. On y retrouve quelques anecdotes littéraires et réflexion sur la lecture. A mettre entre toutes les mains !

Dernières lectures, en bref.

En bref, quelques unes de mes toutes dernières lectures. Je n’ai pas eu le courage de consacrer un billet à chacune, donc exceptionnellement elles sont rassemblées.

 

mortAzouz Begag – Quand on est mort, c’est pour la vie **

Mourad est mort, abattu par un chauffeur de taxi parce qu’il s’enfuyait sans avoir réglé la course. Il allait s’envoler pour les Etats-Unis. San Francisco. Son frère Amar ne comprend pas, il est en colère. Sentant qu’il devient un peu fou, il décide de retourner en Algérie, sur la tombe de son frère. Là où se trouvent ses racines, et son « arabe généalogique ». Ce retour est semé de péripéties. L’auteur mêle la légèreté de l’humour à la douleur du deuil. A mon grand regret, je suis restée complètement extérieure au récit. Je n’ai pas rit, ni même sourit.

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edwardMiriam Elia & Ezra Elia – Le Journal d’Edward, Hamster nihiliste 1990-1990 ***

Ce livre au petit format et illustré de dessins est le journal d’Edward, un hamster en cage adopté par une famille d’humains. Les dessins font sourire et les propos que peut tenir un hamster sont cocasses. Mais on finit par ne rire qu’à moitié. Le destin d’Edward est fixé, il n’y a aucune échappatoire. Et finalement, ce petit journal fait bien froid dans le dos.

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ubu rooiAlfred Jarry – Ubu roi **

Une pièce sur le pouvoir, l’abus de pouvoir et l’amour insensé du pouvoir. Monstre d’égoïsme, de lâcheté et de bêtise, le père Ubu, et sa compagne la mère Ubu, qui ne vaut pas mieux, cherchent à prendre le pouvoir. Et une fois qu’il l’ont, à devenir de plus en plus puissants. Cette courte pièce burlesque est truffée de néologismes, de termes tout droit sortis de l’imagination farfelue de son auteur. C’est grotesque, les noms d’oiseaux pleuvent… J’avoue être un peu dubitative face à ce curieux texte, qui je crois n’est vraiment drôle que lorsqu’il est joué sur scène et incarné.

Coups de cœur 2015

Derniers jours de l’année… Dernières lectures… C’est l’heure des bilans. Je vous présente dans cet article les livres qui m’ont marquée cette année, mes coups de cœur littéraires ! Et les heureux élus sont…

*Cliquez sur les couvertures pour accéder à mes billets de lecture*


En littérature française…

FOENKINOS David COUV Charlotteréparer les vivants     CVT_Le-liseur-du-06h27_4082     la vérité     product_9782715221734_195x320    la maladroite    tom l'éclair   quatres-soeurs-tome-1-enid

Charlotte, de David Foenkinos

Le liseur du 6h27, de Jean-Paul Didierlaurent

Réparer les vivants, de Maylis de Kerangal

La Vérité sur l’affaire Harry Quebert, de Joël Dicker

Tout le monde est occupé, de Christian Bobin

La Maladroite, d’Alexandre Seurat

Comment Thomas Leclerc 10 ans 3 mois et 4 jours est devenu Tom l’Eclair et a sauvé le monde, de Paul Vacca

La série des Quatre soeurs, de Malika Ferdjoukh

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En littérature étrangère…

CVT_Theorie-generale-de-loubli_5594        9782290092958_1_75        Jackie-e1432585140743       trois fois dès l'aube        tony hogan

Théorie générale de l’oubli, de José E. Agualusa

Quand Dieu était un lapin, de Sarah Winman

Jackie, de Kelly Dowland

Trois fois dès l’aube, d’Alessandro Baricco

Tony Hogan m’a payé un ice-cream avant de me piquer maman, de Kerry Hudson

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Au rayon BD…

 

Chaque soir à onze heures, de Camille Benyamina et Eddy Simon

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Distinction spéciale…

Ce ne sont pas des coups de cœur, mais presque… Des livres très marquants et qui résonnent encore longtemps après les avoir lus.

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Une fille, qui danse, de Julian Barnes

Les Hauts de Hurlevent, de Emily Brontë

 

Et vous, quels sont vos coups de cœur pour cette année 2015 ?

🙂

Francesco Piccolo – Petits moments de bonheur volés ***

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Éditeur : Denoël & D’Ailleurs – janvier 2014 – 132 pages

Ces Petits moments de bonheur volés sont un véritable ovni littéraire au charme fou, sorte de catalogue de tous ces petits plaisirs, ces moments de bonheur souvent inavouables, ces pensées qui nous traversent l’esprit, ces petites bizarreries qui nous prennent tout à coup… Le narrateur raconte aussi certaines scènes vécues, certaines scènes qu’il observe depuis sa fenêtre, à ses heures perdues, en se baladant dans les rues de Rome. Il se glisse dans la peau d’un observateur attentif de la nature humaine.

Comme le dit très bien la quatrième de couverture, on a soudainement une impression de vécu, au détour de certaines pages. On se reconnaît dans certaines situations, on retrouve nos vices et nos faiblesses. On fait la connaissance d’un autre qui nous ressemble étrangement.

C’est un bouquin intelligent, qui m’a beaucoup fait sourire. C’est une lecture délicieuse ! On ressent une familiarité grandissante et presque une reconnaissance pour l’auteur de mettre à nu nos petits travers et plaisirs de la sorte, de nous avoir démasqués et retrouvés, de nous avoir si bien croqués.

Un bouquin à garder à portée de main, pour en relire certains passages. ❤

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« Cervantès écrivait, don Quichotte vivait et moi je lisais, chacun avec l’intention de se distraire de la réalité qui l’entourait, pour créer un monde parallèle qui nous fasse sauter cette époque sombre en en inventant une autre plus fascinante, amusante, aventureuse et romantique. Quand les intentions sont si proches, quand il existe cette syntonie entre l’auteur, le personnage et le lecteur, le livre prend la forme absolue de l’accomplissement et peut aspirer à n’importe quelle entreprise. Par exemple, celle de laisser le souvenir doux et indélébile d’un été, malgré ses lacunes. »

« J’emploie très souvent « en effet » parce que c’est le mot que prononcent mes cordes vocales, de façon tout à fait autonome, quand je suis gêné. (…) Une fois, j’ai dit en effet quand une femme m’a dit : je t’aime. »

« La certitude que je n’aurai plus jamais seize ans.

Tous ces événements qui ne dépendent pas de moi. »

Camille Benyamina & Eddy Simon – Chaque soir à onze heures ****

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Éditeur : Casterman – Date de parution : 2015 – 88 pages

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Aujourd’hui, je vous présente une BD, pour changer ! Et il ne s’agit pas de n’importe laquelle : Chaque soir à onze heures est une adaptation du roman de Malika Ferdjoukh, qui porte le même titre, mais que je n’ai pas lu. J’avais eu un immense coup de cœur pour sa série des Quatre sœurs ! C’est donc sans hésitation que j’ai littéralement craqué sur ce bel objet graphique réalisé par Camille Benyamina & Eddy Simon… avant même de l’avoir ouvert et d’en avoir commencé la lecture.

Petit résumé : Willa est une jeune lycéenne, qui a pris l’habitude que les garçons la regardent peu; elle est très amie avec la pulpeuse Fran. Elle sort avec son frère Iago. C’est au cours de la soirée d’anniversaire de Fran que Willa rencontre Edern. Ce dernier la voit jouer du violon et souhaite qu’elle joue avec sa petite sœur Marni. C’est comme ça qu’elle fait la connaissance de la mystérieuse famille Fils-Alderne qui vit dans un immense manoir, nommé Fausse-Malice. On raconte que, des années auparavant, le père Fils-Alderne a assassiné la mère, avant de se suicider…

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Marni confie à Willa que tous les soirs à onze heures, il se passe des choses étranges dans la maison, elle sent comme une présence dans sa chambre… Et chaque matin, elle remarque que la pendule s’arrête à onze heures. En passant une nuit au manoir, Willa se faire agresser par un mystérieux homme encapuchonné…

Cette BD est un véritable coup de cœur ❤ ! J’ai retrouvé la touche fantaisiste de Malika Ferdjoukh qui m’avait séduite dans sa série des Quatre sœurs… L’écriture fourmille d’imagination, et la petite Marni m’a beaucoup fait penser à Enid. Les personnages sont attachants.

Les dessins  de Camille Benyamina sont sublimes et on est littéralement happés par l’atmosphère et les décors. Un thriller romantique où l’intrigue familiale s’harmonise parfaitement à la douceur et la sensibilité des traits de crayons. Et pour prolonger le plaisir visuel, on retrouve à la fin les étapes de la création de certains planches… Une très belle lecture en cette fin d’année.

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Matthew Quick – Pardonne-moi Leonard Peacock ***

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Éditeur : Robert Laffont – Date de parution : avril 2015 – 315 pages

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Le jour de ses dix-huit ans, Leonard décide de tuer son ex meilleur ami et de se suicider juste après. Il emporte dans son sac à dos le flingue nazi de son grand-père, un P-38, et des cadeaux emballés dans du papier rose, qu’il va distribuer au cours de cette sombre journée.

La narration est tout à fait originale, entrecoupée de notes de bas de page d’une longueur pas possible, des apartés pour nous expliquer certains points. Leonard nous raconte ainsi sa rencontre assez cocasse avec son vieux voisin Walt, début d’une drôle et touchante amitié cinéphile, faite d’échanges de répliques de Bogart.

Leonard ne veut pas grandir, car devenir adulte est synonyme de malheur. Sa théorie est que nous perdons la capacité d’être heureux en vieillissant. Il lit en boucle Hamlet et connaît des passages entiers par cœur. Certains matins, pour jouer, il sèche les cours et se glisse dans le costard d’enterrement de son grand-père et prend le métro comme tous les autres « travailleurs ». Une fois dans le wagon, il choisi la personne la plus triste possible et la suit jusqu’à son lieu de travail. Il cherche à savoir s’il est possible d’être heureux malgré tout.

Peu à peu, le passé de Leonard se dévoile, on en sait plus sur les raisons que le pousse à vouloir la mort de son ancien meilleur ami, entre autres.

On s’attache beaucoup à ce personnage très perturbé, mais terriblement mature, qui au fond, cherche à donner un sens à ce qu’il vit. La voix de Leonard n’est pas dénuée d’humour, un humour parfois noir, et une lucidité sur la vie qui fait frémir.

C’est un roman nécessaire. Il ne s’agit absolument pas d’un énième roman banal sur l’adolescence et ses maux, non. Les mots de Matthew Quick sont criants de justesse et de vérité. On se sent réellement proche de Leonard, on éprouve une profonde empathie pour lui et les mêmes émotions nous traversent : on est heurtés, révoltés, on sourit, on a le cœur qui bat.

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« Ne le fais pas. Ne va pas à ce boulot que tu détestes. Fais quelque chose que tu aimes aujourd’hui. Un tour de montagnes russes. Nage dans l’océan à poil. Va à l’aéroport et prends le premier vol en partance, juste pour le plaisir. Pointe un endroit au hasard sur un globe terrestre et prépare ton voyage ; si c’est au milieu de l’océan, tu iras en bateau. Goûte un plat exotique dont tu n’as jamais entendu parler. Arrête une inconnue dans la rue et demande-lui de te raconter en détail ses plus grandes peurs, ses espoirs secrets et ses aspirations, puis dis-lui qu’elle compte pour toi parce que c’est un être humain. (…) Prouve-moi qu’on peut être à la fois adulte et heureux. S’il te plaît. »

Paul Lynch – Un ciel rouge, le matin ***

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Éditeur : Le Livre de Poche – Date de parution : 2015 – 282 pages

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Irlande, 1832. Coll Coyle est un métayer qui vient d’apprendre qu’il va être expulsé avec sa famille de la terre qu’il exploite. Il décide d’aller s’expliquer avec le fils du puissant propriétaire Hamilton. Mais la confrontation entre les deux hommes tourne au drame : Coyle porte un coup mortel à Hamilton et il n’a plus d’autre choix que de fuir… C’est le début d’une véritable chasse à l’homme.

C’est un très beau roman, porté par une écriture finement ciselée et incroyablement poétique. Le style est fluide, les dialogues ne se distinguent pas de la narration, ils se fondent dans le corps du texte.

On est littéralement parachutés au début du XIXème siècle en Irlande, puis nous traversons l’Atlantique jusqu’aux Etats-Unis… Nous fuyons en même temps que Coll Coyle, qui fini par se retrouver en Pennsylvanie, participant à la construction du chemin de fer.

L’écriture est somptueuse, il n’y a pas d’autres mots. L’univers de ce roman m’a beaucoup fait penser à ceux de Ron Rash, en dépeignant un monde sans pitié, plongé dans un extrême dénuement.

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« Les lieux sont de plus en plus étrangers, il se retrouve enfin sous les mélèzes qu’il escaladait dans son enfance. Devant lui, un champ qu’il a l’impression de connaître, mais différent malgré tout, moins en raison de la nuit que le couvre que de son regard à lui, qui n’est plus le même. »

« Le vent exhale de longs soupirs, les feuilles tiennent fermement aux branches, seul l’automne les décrochera. Le monde s’enfonce dans la nuit, les oiseaux enfouissent la tête sous leur aile. Il règne un grand silence jusqu’à ce que les nuages crèvent, et un déluge descend sur la terre impassible, la vieille terre tremblante qui tourne le dos au soleil déclinant. »

Paolo Giordano – Les humeurs insolubles **

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Éditeur : Seuil – Date de parution : octobre 2015 – 136 pages

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Ce court roman italien débute par l’annonce de la mort de Madame A. Elle était la servante au grand cœur, elle a élevé le petit Emanuele et materné ses parents pendant des années avant de tomber malade. Le récit alterne le présent de l’annonce et le passé, les souvenirs des moments passés auprès de Madame A., jusqu’à sa mort. A travers le récit de la vie de cette femme différente des autres et terriblement dévouée, se dessine l’histoire d’un couple.

De Paolo Giordano, j’avais bien aimé La solitude des nombres premiers. Mais j’avoue avoir été déçue par cette seconde lecture, qui m’a procuré par moment un ennui profond… L’écriture reste belle, mais il m’a clairement manqué quelque chose pour m’attacher aux personnages qui demeurent sans épaisseur, et me sentir vraiment touchée par l’intrigue. Dans les dernières pages, il y a comme un soubresaut, et les mots de la fin m’ont plu.

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« Il existe des aventures dont l’épilogue est écrit dès le début. Y a-t-il quelqu’un, madame A. incluse, pour penser qu’il en irait autrement ? »

Livre lu dans le cadre du Challenge 1% Rentrée Littéraire!

Voilà j’ai atteint mon objectif des 1% !! Mais j’ai d’autres lectures de la rentrée littéraire qui sont prévues, donc le fameux Delphine de Vigan… 😀 Je le laisse encore un peu mijoter…

6/6

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Florence Hinckel – #Bleue ***

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Éditeur : Syros – Date de parution : novembre 2015 – 254 pages

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Silas vit dans une société où tout est fait pour vivre heureux et où la CEDE, la Cellule d’Éradication de la Douleur Émotionnelle, efface les souvenirs douloureux en les remplaçant par un point bleu à l’intérieur du poignet. L’oblitération est devenue obligatoire pour les mineurs.

Nous sommes dans un monde connecté : la connexion au Réseau se fait du matin au soir, tout le monde poste un statut à toute heure de la journée, et des alertes retentissent lorsque l’on ne s’est pas connecté pendant ne serait-ce que 3 minutes, les amis « veillent » les uns sur les autres.

Toute douleur morale a été éradiquée. Il s’agit d’une société où être heureux est devenu une obligation. Mais Silas est différent : il ressent le besoin de se déconnecter, de ne pas donner de nouvelles pendant quelques jours, surtout quand il est amoureux. Le jour où Astrid, sa petite amie, meurt renversée par un camion, Silas est pris en charge par la CEDE.

Ce roman jeunesse résonne avec beaucoup de force et de justesse à l’heure où Internet et les réseaux sociaux prennent une place prépondérante dans la vie quotidienne : on imagine un monde où Internet aurait dégénéré, en quelque sorte. De nombreuses questions surgissent quant à l’humanité et la relation aux autres à l’heure d’Internet.

A certains moments, j’ai pensé au film Eternal Sunshine of the Spotless mind, où le héros décide d’effacer le souvenir de son ex pour ne plus souffrir de leur rupture.

C’est un roman de dystopie qui se lit d’une traite, dans lequel on se plonge très facilement. On s’attache aux personnages et l’intrigue fait frémir. On découvre un monde où l’être humain n’a plus le droit de souffrir. Mais souffrir fait partie de la vie… Sans souffrance, plus de souvenirs, et nous courrons le risque de devenir des robots.

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« C’est nous, les sauvages. Nous perdons notre humanité. Et que faisons-nous de vous, les jeunes ? On vous empêche de grandir et de mener une véritable vie d’adultes. pas de souffrance, surtout ! Vous ne connaîtrez jamais la vraie vie, celle où l’on souffre, mais aussi où l’on aime vraiment, où l’on s’attendrit, où l’on s’entraide. Et vous ne vous apercevrez de rien. »