Christian Bobin – Tout le monde est occupé ****

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Éditeur : Mercure de France – Date de parution : 1999 – 128 pages

C’est l’histoire d’Ariane. Dont le cœur éclate sur le sol en trois morceaux le jour de son mariage. Qui vole en dormant lorsqu’elle est amoureuse. Et qui fait le ménage chez les gens mais aussi dans leur cœur : jalousie, orgueil, tristesse sont soignés par Ariane.

C’est dans une attraction de fête foraine qu’Ariane accouche de Guillaume qui est en fait une fille et s’appellera Manège… Manège qui explore et découvre le monde, et ne ferme jamais les yeux. Et ça n’est pas sa seule particularité…

Un court roman très curieux mais savoureux! Terriblement insolite, on se croirait dans un conte des temps modernes, où un homme fait l’amour avec les yeux, une femme est enceinte pendant 3 ans et une petite fille de 6 ans prédit l’avenir… On y croise aussi un canari du nom de Van Gogh, qui a des discussions animées avec Rembrandt, un chat lecteur et philosophe…

Ce roman est surprenant, c’est un petit bijou. Une fois fini, on a tout de suite envie de le relire pour savourer cet univers si particulier et attachant.

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«Je m’appelle Manège, j’ai neuf mois et je pense quelque chose que je ne sais pas encore dire. Entrez dans ma tête. Mon cerveau est plié en huit comme une nappe de coton. En huit ou en seize. Dépliez la nappe, voilà ma pensée de neuf mois : d’une part, les coccinelles n’ont pas bon goût. D’autre part, les ronces brûlent. Enfin, les mères volent. Bref, rien que d’ordinaire. Il n’y a que du naturel dans ce monde. Ou si vous voulez, c’est pareil : il n’y a que des miracles dans ce monde.»

« Il y a des fous tellement fous que rien ne pourra jamais leur enlever des yeux la jolie fièvre d’amour. Qu’ils soient bénis. C’est grâce à eux que la terre est ronde et que l’aube chaque fois se lève, se lève, se lève. »

« J’écoute aussi la conversation du tilleul avec le vent. Le fou rire des feuilles dans la petite brise du soir est un bon remède contre la mélancolie. »

Craquage en librairie #1

Pour se consoler de la fin des vacances, de la rentrée qui pointe le bout de son nez, du temps automnal qui s’abat sur nous… Rien de mieux que l’achat d’un bon bouquin, voire de deux ou trois…

Hier j’ai jeté mon dévolu sur ceux-là !!

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Arnaud Dudek – Les Fuyants ***

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Éditeur : Pocket – Date de parution : août 2015 – 123 pages

4ème de couverture : « Ils ont la fuite chevillée au corps, le sens de l’esquive comme un instinct de survie. Il leur arrive de délaisser leur famille, sac au dos et clope au bec. Jacob a fini par prendre une échappatoire, qui ne mène nulle part. David, son fils, en trouvera une plus radicale, au fond d’une bouteille d’insecticide. Reste Joseph, le petit-fils, qui grandit sans père et avec un oncle qui pratique la marche à pied et l’art de la tangente. mais quelles que soient les trajectoires que l’on prend, les routes finissent toujours pas se croiser. »

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Ce court roman met en scène des hommes, tous membres d’une même famille, qui ont un point en commun : l’art de la fuite… Jacob, le grand-père, quitte femme et enfant, se sentant emprisonné dans un mariage qui lui était étranger. Son fils, David, quitte sa propre famille en avalant une bouteille d’insecticide… L’oncle Simon, de son côté, semble en proie à la crise de la trentaine. Quant à Joseph, le petit-fils, il grandit sans père, en manque de repère…

Je me suis tout de suite sentie bien en lisant ce livre. Le ton est léger, l’humour est au rendez-vous, juste ce qu’il faut, et on se surprend à sourire en tournant les pages. D’un chapitre à l’autre, d’un personnage à l’autre, il y a cet effet de transition opéré avec ingéniosité : la dernière phrase ou le dernier mot d’un chapitre fait écho au début du chapitre suivant… C’est l’histoire d’un père qui se décide à retrouver son fils; d’un fils qui cherche à en savoir plus sur la mort de son père… Le récit se déroule avec fluidité. Malgré l’humour et la légèreté, la gravité pointe le bout de son nez.

Un joli roman, sans prétention, empreint de douceur, à mettre entre toutes les mains!

Merci à Cathulu pour l’idée lecture 🙂

John Updike – Brésil ***

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Éditeur : Points – Date de parution : 1997 – 327 pages

4ème de couverture : « A la fin des années soixante, Tristão, jeune noir des favelas de Rio, rencontre Isabel, jeune blanche de la riche bourgeoisie, sur la plage de Copacabana. leurs amours contrariées par la malédiction d’une mère et l’acharnement implacable d’un père puissant les entraînent toujours plus loin, jusqu’aux confins inexplorés du Mato Grosso. Ils connaîtront la pauvreté, la faim, la violence, la captivité, et de leurs épreuves ils sortiront changés. Pourtant, malgré le doute et les infidélités, ils garderont intacte leur foi en l’amour, la certitude que chacun est, pour l’autre, son destin. »

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En commençant ce roman, j’ai pensé à La Salamandre, de Jean-Christophe Rufin… Seulement parce qu’il se passe aussi au Brésil, mais c’est en fait leur seul point commun. A la fin des années 60, Tristão, rencontre Isabel, sur la plage de Copacabana. Il en tombe tout de suite amoureux et l’aborde en lui offrant une bague volée.

Tout les sépare : Isabel, petite bourgeoise blonde à la peau claire et aux yeux bleus, est issue d’une famille richissime et Tristão est un jeune Noir des favelas ; l’endroit où il vit se résume à un réduit de quelques mètres carrés que se partagent les huit membres de sa famille. Malgré les innombrables obstacles, les deux jeunes amants feront tout pour rester ensemble, puis se retrouver après l’éloignement imposé par leurs familles respectives.

On se retrouve plongé au cœur du Brésil, admirablement bien décrit et raconté par John Updike. Sur la plage de Copacabana, dans les favelas de Rio, au cœur de la fourmilière de São Paulo ou de Brasilia… Les deux amants vivent un temps à Serra do Buraco, ville minière agitée par la fièvre de l’or ; plus tard, ils se retrouvent en fuite dans les entrailles du Mato Grosso là où « l’homme retrouvait son humble place dans le bouillonnement de la lutte pour la vie, cet océan de protéines affamées, cet écumant délire prédateur… »

C’est un roman dense, sans concession, qui explore tour à tour les thèmes du couple, de l’amour, des Noirs issus des favelas, de l’esclavagisme, des Indiens du Mato Grosso, leur condition, sans oublier la vague communiste qui déferle sur le pays… Dans une langue tout à la fois poétique et brutale, incisive, l’auteur nous conte l’histoire – sur une vingtaine d’années – d’un amour peu commun, sauvage, qui décide de vivre envers et contre tout, et à travers lui, l’histoire d’un pays aux multiples facettes.

Au début un peu distante, je me suis vite attachée aux deux personnages : on les suit dans leur évolution, leur fuite, leurs nombreuses remises en questions, et dans leur lutte incessante pour vivre… « La vie nous vole de nous-mêmes, morceau par morceau. Et ce qu’il en reste est quelqu’un d’autre. » C’est pour moi une très belle lecture qui m’a transportée ailleurs et a fait germé en moi une multitude d’émotions et de réflexions.

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« En pleine nuit, vues du ciel, les lumières de Brasilia dessinent sur la vaste ardoise du Brésil intérieur un avion aux grandes ailes courbes. La ville semble flotter dans le vide, telle une constellation, avant de s’incliner pour prendre son envol alors que vous gardez la même position dans l’espace. »

« L’enfance est triste, tenta-t-elle, quand on veut nous rendre impatients d’être adultes. »

« Nous changeons de peau, dans la vie, pour continuer à vivre. »

« Pourquoi le monde serait-il aussi complexe si c’était en vain ? Pense au soin que suppose l’organisation du plus petit insecte, de la moindre graine ! Tu dis que tu m’aimes, alors tu dois aimer la vie. La vie est un don pour lequel nous devons donner quelque chose en échange. Tu es mon destin et je suis le tien. Si nous nous laissons mourir sans lutter, nous n’accomplirons jamais notre destinée. »

« Comme ils avaient peu de nourriture, l’amour devint leur nourriture. Comme ils étaient perdus, leur corps devint leur destination mutuelle, leur unique refuge. »

Laurent Graff – Le Cri ***

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Éditeur : J’ai Lu – Date de parution : août 2007 – 125 pages.

4ème de couverture : « Une barrière de péage au milieu d’une autoroute désertée. Seul dans sa cabine, un  » péagiste  » regarde passer des automobilistes chaque jour moins nombreux. Il déjeune sur une aire de repos avec le gendarme du secteur qui a troqué son uniforme contre un costume à paillettes et son véhicule contre une Cadillac abandonnée. Il écoute la radio même si elle ne diffuse plus qu’un seul programme, et se lie d’amitié avec Joras, une jeune femme se rendant quotidiennement à l’hôpital, au chevet de son mari et de son amant. Les deux hommes se sont par hasard percutés en voiture et sommeillent dans le coma à quelques mètres l’un de l’autre. Pendant ce temps, un cri de plus en plus violent déchire l’atmosphère. Depuis que le tableau de Munch a été volé peut-être ? A moins que ce ne soit tout simplement la fin du monde. »

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Voici un livre on ne peut plus étrange. Très énigmatique. Comme un ovni littéraire. En somme, un livre comme je les aime! On suit l’histoire d’un homme, dont on ne connaîtra jamais le nom, qui travaille à une station de péage, on ne sait où. Un péage où les voitures se font chaque jour moins nombreuses, jusqu’à déserter complètement l’autoroute. Le tableau d’Edvard Munch, Le Cri, a été dérobé. Et depuis, comme une vague d’épidémie, un cri se propage dans l’atmosphère et contamine peu à peu l’humanité ; on ressent ce cri comme des acouphènes de plus en plus violents.

Dans un monde aux allures post-apocalyptiques, on croise deux ou trois personnages, doucement paumés et farfelus. L’autoroute est abandonnée, la radio ne diffuse plus qu’un seul programme. Tout le monde semble avoir fuit, sans que l’ont sache vraiment comment, ni pourquoi. Le dénouement final est saisissant et le titre prend son sens douloureusement.

Ce court roman est une très belle découverte. Il met en relief certains thèmes aux allures métaphoriques : le carrefour de nos vies, les frontières, les collisions entre hommes. L’autoroute apparaît comme une métaphore riche et plurielle de la vie, du destin et des chemins qui se croisent, inexorablement.

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« Où qu’on aille, on suit toujours la même route. Celle qui nous porte. »

« Tout illuminée, la barrière de péage se dresse dans la nuit comme une porte féerique, un péristyle de lumière, une entrée des artistes, le seuil prometteur d’un manège merveilleux. »

Juan Rulfo – Pedro Paramo *

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Éditeur : Folio – Date de parution : 2009 – 192 pages

4ème de couverture : « Pedro Paramo est l’une des plus grandes œuvres du XX’ siècle, un classique contemporain. Tout comme Kafka et Faulkner, Rulfo a su mettre en scène une histoire fascinante, sans âge et d’une beauté rare : la quête du père qui mène Juan Preciado à Comala et à la rencontre de son destin, un voyage vertigineux raconté par un chœur de personnages insolites qui nous donnent à entendre la voix profonde du Mexique, au-delà des frontières entre la mémoire et l’oubli, le passé et le présent, les morts et les vivants… »

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Pour répondre à la dernière faveur de sa mère qui vient de mourir, Juan Preciado se met à la recherche de son père, Pedro Paramo, et se retrouve dans le village de Comala où ce dernier vit. Sa mère souhaitait qu’il retrouve son père afin de lui faire payer ce qu’il leur doit. Mais en arrivant dans ce village étrange où les étoiles tombent du ciel chaque nuit, on lui annonce que son père est mort. Sur sa route, il croise des personnages étranges ; il ne saurait dire s’ils sont vivants ou morts, réels ou non… Il entend des voix de femmes… Des murmures, des cris… Les lieux sont comme hantés par le passé.

Le récit alterne entre passé et présent. J’avoue avoir été un peu (trop) perdue et ne pas avoir vraiment su où le récit voulait en venir. Le narrateur est également perdu et perturbé. Juan Preciado, cet homme en quête du père qu’il n’a jamais connu, se retrouve dans un village fantôme, hanté par les âmes du passé et traversé par des voix, des ombres. En fait, on a bien du mal à savoir si le héros est en pleine fièvre délirante ou si le village est réellement hanté. On perd pied avec la réalité.

Il en ressort de cette lecture une forte impression d’étrangeté… Qui m’a franchement laissée perplexe à de nombreuses reprises et je suis restée à la porte de l’intrigue, je n’ai pas été convaincue, même si l’écriture reste poétique. Dommage…

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« Il sortit et regarda le ciel. Il pleuvait des étoiles. Il le déplora car il aurait aimé voir un ciel calme. Il entendit les coqs chanter. La nuit envahissante enveloppait la terre. La terre, cette « vallée de larmes » 

Russell Banks – De beaux lendemains ***

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Éditeur : Babel Actes Sud – Date de parution : 1997 – 327 pages

4ème de couverture : « L’existence d’une bourgade au nord de l’état de New York a été bouleversée par l’accident d’un bus de ramassage scolaire, dans lequel ont péri de nombreux enfants du lieu.
Les réactions de la petite communauté sont rapportées par les récits de quatre acteurs principaux. Il y a d’abord Dolorès Driscoll, la conductrice du bus scolaire accidenté, femme solide et généreuse, sûre de ses compétences et de sa prudence, choquée par cette catastrophe qui ne pouvait pas lui arriver, à elle. Vient Billy Ansel, le père inconsolable de deux des enfants morts. Ensuite, Mitchell Stephens, un avocat new-yorkais qui se venge des douleurs de la vie en poursuivant avec une hargne passionnée les éventuels responsables de l’accident. Et enfin Nicole Burnell, la plus jolie (et la plus gentille) fille de la bourgade, adolescente promise à tous les succès, qui a perdu l’usage de ses jambes et découvre ses parents grâce à une lucidité chèrement payée.
Ces quatre voix font connaître les habitants du village, leur douleur, et ressassent la question lancinante — qui est responsable ? — avec cette étonnante capacité qu’a Russell Banks de se mettre intimement dans la peau de ses personnages. »

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Sam Dent, petit patelin au nord de l’Etat de New York, traversé par les vents. La vie y est rude. Comme le dit l’avocat Mitchell Stephens, fraîchement débarqué de Manhattan, on se croirait presque en Alaska, en terre désolée, dépeuplée, montagneuse. Un terrible accident de bus scolaire survient par une matinée enneigée et coûte la vie à quatorze enfants. C’est la stupeur parmi les habitants. Ce récit fait entendre quatre voix : Dolorès Driscoll, la conductrice du bus ; Billy Ansel, le père de deux enfants morts dans l’accident ; Mitchell Stephens, l’avocat qui décide de prendre à bras le corps cette affaire en misant sur la colère des parents ; et Nicole Burnell, l’adolescente survivante, qui a perdu l’usage de ses jambes… Quatre points de vue sur cet accident : on y décèle les effets du drame, la conscience d’un avant, d’un après. Une rupture dans le quotidien… Et transparaît cette question lancinante : comment vivre après ça ?

C’est un très beau roman, le premier que je lis de Russell Banks. J’ai découvert une écriture ciselée, forte et vraiment très belle, qui donne corps aux mots et forme aux émotions. L’auteur parvient à nous faire plonger dans la conscience de ces quatre personnages différents, différemment touchés par ce drame, mais qui tous n’en ressortent pas indemnes. Même le personnage de l’avocat, a priori extérieur à l’accident, est touchant. Tous sont heurtés d’une façon ou d’une autre par l’accident, ils doivent faire face à la mort, la perte, le deuil, la solitude. Qui est responsable ? Le roman semble aussi hanté par cette question et par le désir de trouver un responsable à cet accident. Comme pour lui donner un sens.

L’écriture est telle qu’on se projette complètement dans l’histoire, et on se glisse dans la peau de chaque protagoniste qui prend la parole ; pour chacun d’eux j’ai ressenti une véritable empathie. Le récit est sombre, mais l’espoir ne semble pas en être absent de façon absolue.

Cela m’a donné envie de lire d’autres livres de l’auteur sous peu !!

Stefano Benni – Margherita Dolcevita ****

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Éditeur : Babel Actes Sud – Date de parution : mars 2011 – 256 pages

4ème de couverture : « Quinze ans, quelques kilos en trop et un (grand) cœur qui bat sur un rythme atypique, voici Margherita Dolcevita. Elle écrit des poèmes et dialogue avec la Petite Fille de poussière, qui hante une maison jadis frappée par un bombardement. Un père bricoleur acharné, une mère qui fume des cigarettes virtuelles, deux frères, l’un fana de foot, l’autre de mathématiques, un grand-père qui avale des yaourts périmés pour se mithridatiser et un chien de race indéfinissable : c’est la famille de Margherita, qui habite un reste de campagne aux abords d’une petite ville. Quand apparaît un jour juste en face un énorme cube noir et menaçant, la maison des nouveaux voisins, les Del Bene, l’adolescente est la seule à mesurer les risques qu’encourt leur vie paisible. Mais elle est décidée à se battre jusqu’au bout contre la modernité maléfique que les Del Bene incarnent, avec son humour, son intelligence et son refus des stéréotypes, qui font d’elle une sorte de Zazie italienne… »

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J’ai lu ce roman en novembre 2011, il y a donc déjà presque quatre ans (oui je garde trace de mes lectures depuis un moment, elles sont toutes sagement consignées dans un carnet avec le mois et l’année…), mais j’avais envie de faire un petit billet dessus, comme un coup de projecteur sur un de mes livres coup de cœur!

Il est de ces romans dont on garde une trace et un souvenir malgré les années qui passent… C’est le cas pour Margherita Dolcevita. C’est une lecture tout simplement désopilante et très jouissive ; j’étais pliée en deux pendant les trois quarts du bouquin. Cela tient à la façon dont parle Margherita, le regard intelligent et tellement facétieux qu’elle porte sur le monde qui l’entoure et sur elle-même. L’adolescente décrit sa famille – plutôt farfelue – et sa vie qui se retrouve tout à coup chamboulée par la construction du « Cube » juste en face de leur maison, qui était jusqu’alors assez isolée dans la campagne. Le récit mêle de façon ingénieuse l’humour, le fantastique et les codes du roman policier, avec un soupçon de poésie… On referme ce roman avec regrets, mais un immense sourire sur les lèvres.

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« S’il y avait un tournevis pour déloger les idées fausses et un marteau pour fixer les bonnes intentions, une clef anglaise pour serrer définitivement l’amour et une scie pour couper les ponts avec le passé! »

« Grand-père Socrate est un grand personnage. Il mange des yaourts périmés, des fromages moisis, de l’eau javellisée, tous les types de colles, et s’asperge d’insecticides. Après il a de grosses coliques et on entend la chasse d’eau de sa salle de bains, qui rappelle les chutes du Zambèze. »

« Le monde se divise entre : ceux qui mangent le chocolat sans pain ; ceux qui n’arrivent pas à manger le chocolat s’ils ne mangent pas de pain avec ; ceux qui n’ont pas de chocolat ; ceux qui n’ont pas de pain. »

Valérie Tong Cuong – L’atelier des miracles **

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Éditeur : J’ai Lu – Date de parution : mars 2014 – 250 pages

4ème de couverture : « Prof d’histoire-géo mariée à un politicien narcissique, Mariette est au bout du rouleau. Une provocation de trop et elle craque, envoyant valser un élève dans l’escalier. Mariette a franchi la ligne rouge.
Millie, jeune secrétaire intérimaire, vit dans une solitude monacale. Mais un soir, son immeuble brûle. Elle tourne le dos aux flammes se jette dans le vide. Déserteur de l’armée, Monsieur Mike a fait de la rue son foyer. Installé tranquillement sous un porche, il ne s’attendait pas à ce que, ce matin, le « farfadet » et sa bande le passent à tabac.
Au moment où Mariette, Millie et Mike heurtent le mur de leur existence, un homme providentiel surgit et leur tend la main – Jean, qui accueille dans son Atelier les âmes cassées, et dont on dit qu’il fait des miracles.
Mais peut-on vraiment se reconstruire sans affronter ses fantômes ? Avancer en se mentant et en mentant aux autres ? Ensemble, les locataires de l’Atelier vont devoir accepter leur part d’ombre, tandis que le mystérieux Jean tire les ficelles d’un jeu de plus en plus dangereux. »

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Ce roman choral donne la parole à trois personnages que tout oppose : Millie est une jeune femme de 23 ans, un peu perdue, solitaire, trop discrète ; elle se réveille un matin et, s’apercevant que son immeuble est en flammes, elle saute par la fenêtre sans réfléchir. Monsieur Mike est un SDF raffolant de la ‘binouze’ et qui ne changerait de trottoir pour rien au monde, jusqu’au jour où le « farfadet » et ses complices décident de lui refaire la façade. Quant à Mariette, incomprise par son mari, mal-aimée par ses enfants, professeur d’Histoire-géo dépassée par des élèves se transformant en monstres à chacun de ses cours, elle fini par craquer et envoie valser un élève dans les escaliers. Leur point commun : ils vont tous les trois croiser la route de Jean, un homme mystérieux qui dirige l’association de l’Atelier. Il vient les trouver et leur promet un toit et de prendre soin d’eux pour un temps…

Ces trois personnages égarés, laissés pour compte, mal-aimés, prennent la parole à tour de rôle dans ce curieux roman qui a obtenu le « Prix de l’optimisme ». Tout cela a de quoi intriguer! Et qui est Jean ? Qui est cette bonne âme qui vient en aide aux démunis ? Pourquoi le fait-il ?

C’est l’histoire de rencontres, de solitudes et de destins qui se croisent… Un même désir anime Mariette, Millie et Monsieur Mike : changer de vie. Comment se relever après l’échec, comment donner du sens à sa vie ?

Ce roman a quelque chose de fort et de particulier. Il agit à la façon d’un baume pour le cœur. En fait, je suis passée par plusieurs états durant ma lecture : au début enchantée, curieuse, puis un peu déçue et moins convaincue au milieu du roman, et finalement séduite peu à peu par ces vies réenchantées. Même si la toute fin du roman évite de justesse de verser dans le « mélo-guimauve ». J’ai eu une affinité particulière pour le personnage touchant de Monsieur Mike! Pour finir, l’écriture a beaucoup de charme.

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« Il y a longtemps que je l’ai compris, l’ignorance est plus dangereuse qu’une grenade dégoupillée. »

« Il faut dire que j’ai une vie nocturne très agitée depuis que je suis gosse, je promène ma grand-mère au volant d’un DB 5, j’arpente en caleçon la Vallée de la mort, je survole Teotihuacan à la brasse, je fume le cactus en Amazonie ou je me prélasse en Guyane dans des eaux couleur d’orage avec autour du cou une fille qui m’aime. Alors pourquoi un bon Samaritain ne ferait-il pas irruption dans mon sommeil, équipé d’un boulot, d’un logement et de tout le barda ? »

« Alors j’ai compris qu’il foutait le camp, le malheur, pour de bon, tout ce qui me collait aux basques depuis mes sept ans révolus, les saloperies, les trahisons, les abandons, et peut-être bien que c’était que provisoire, peut-être bien que d’autres batailles se pointeraient un jour ou l’autre, peut-être même qu’il y aurait encore quelques coups, quelques déceptions, tout ça n’avait plus vraiment d’importance : désormais j’étais bien plus fort dedans que dehors. »

Joël Dicker – La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert ****

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Éditeur : De Fallois Poche – Date de parution : avril 2014 – 862 pages

4ème de couverture : « Joël Dicker est né à Genève en 1985. La Vérité sur l’affaire Harry Quebert est son deuxième roman. Il a obtenu successivement en 2012 le Prix de la Vocation Bleustein-Blanchet, le Grand Prix du Roman de l’Académie française et le 25ème Prix Goncourt des Lycéens. »

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Pour une fois, la 4ème de couverture (du moins pour la version poche) ne dit pas grand chose de ce pavé de 860 pages… Et tant mieux !! Dès les premiers mots de ce roman, j’ai été happée par l’intrigue! Autant le dire tout de suite : c’est un coup de cœur pour moi.

Printemps 2008, New York. Marcus Goldman, jeune homme peu conventionnel, surnommé Le Formidable depuis le lycée, a depuis toujours eu pour rêve de devenir écrivain. Il a fini par écrire LE best seller qui le propulse en tête des ventes. Mais un an après, il se retrouve aux prises avec le syndrome de la page blanche…  Il contacte alors son ancien professeur de littérature, ami de toujours et grand écrivain de renom qui lui a tout appris, Harry Quebert. Marcus espère ainsi que l’inspiration lui reviendra pendant ce séjour à Goose Cove, grande et belle demeure en bord de mer, près d’Aurora, une petite ville tranquille du New Hampshire.

Quelques mois plus tard, au début de l’été, une sombre histoire refait surface : le corps de Nola Kellergan est retrouvé enterré dans le jardin d’Harry Quebert. Elle avait disparu le 30 août 1975 et elle était alors âgée de quinze ans. Harry est accusé de meurtre et Marcus ainsi que le pays tout entier apprennent qu’il avait une relation avec Nola ; il était alors âgé de trente-quatre ans et son chef d’œuvre L’origine du mal relate en fait leur histoire. Marcus va alors tout faire pour prouver que Harry est innocent : il se met à enquêter et à fouiller le passé…

Marcus est un personnage très attachant : humour fou, autodérision et fougue semblent le caractériser et je me suis tout de suite attachée à lui. Et le roman en lui-même est écrit avec fougue, il se lit d’une traite, on tourne les pages sans s’en rendre compte, on a terriblement envie de savoir de quoi il retourne, d’autant que beaucoup de questions font surface pages après pages…

Le roman alterne entre le récit de Marcus au présent et les aller-retour dans le passé. On prend un réel plaisir à lire ce récit qui joue sur deux registres : le roman et le policier et on ne s’ennuie pas une seule seconde! Chaque chapitre correspond à un conseil de lecture de Harry Quebert, il y en a 31 en tout et chaque conseil se fait le miroir de l’intrigue.

Certains dialogues incisifs, mordants et j’ai beaucoup ri :

« Je vous déteste, l’écrivain, tenez-vous-le pour dit. Ma femme a lu votre bouquin : elle vous trouve beau et intelligent. Votre tête, à l’arrière de votre livre, a trône sur sa table de nuit pendant des semaines. Vous avez habité dans notre chambre à coucher! Vous avez dormi avec nous! Vous avez dîné avec nous! Vous êtes parti en vacances avec nous! Vous avez pris des bains avec ma femme! Vous avez fait glousser toutes ses amies! Vous avez pourri ma vie! »

Je ne peux vraiment pas en dire plus sous peine de dévoiler des moments clés de l’intrigue… Mais ce roman est juste fascinant, l’écriture nous captive, l’intrigue se déroule et les rebondissements surviennent jusqu’aux toutes dernières pages, sans que l’on se doute de rien! J’ai rarement lu un thriller comme celui-ci, on est vraiment tenu en haleine pendant plus de 800 pages et on ne s’en lasse pas.

Je le recommande vivement ! C’était un vrai plaisir de lecture qui m’a poursuivie sur la plage. Et j’ai vraiment eu du mal à m’en défaire, je n’avais pas envie de quitter ces personnages, cet univers… Petit plus : les réflexions sur l’écriture et la littérature qui jalonnent les pages de ce roman… « Les livres sont comme la vie, Marcus. Ils ne se terminent jamais vraiment. »

***

« Au cas où vous ne l’auriez pas encore remarqué, la vie, d’une manière générale, n’a pas de sens. Sauf si vous vous efforcez de lui en donner un et que vous vous battez chaque jour que Dieu fait pour atteindre ce but. Vous avez du talent, Marcus : donnez du sens à votre vie, faites souffler le vent de la victoire sur votre nom. Être écrivain, c’est être vivant. »

« Écrivez parce que c’est le seul moyen pour vous de faire de cette minuscule chose insignifiante qu’on appelle vie une expérience valable et gratifiante. »

« Tout ce que je sais, c’est que la vie est une succession de choix qu’il faut savoir assumer ensuite. »

« Vous voyez Marcus, notre société a été conçue de telle façon qu’il faut sans cesse choisir entre raison et passion. La raison n’a jamais servi personne et la passion est souvent destructrice. J’aurais donc bien de la peine à vous aider. »