Donald Ray Pollock – Le diable, tout le temps ***

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Éditeur : Le Livre de Poche – Date de parution : mai 2014 – 403 pages

4ème de couverture : « De l’Ohio à la Virginie-Occidentale, de 1945 à 1965, des destins se mêlent et s’entrechoquent : un rescapé de l’enfer du Pacifique, traumatisé et prêt à tout pour sauver sa femme malade ; un couple qui joue à piéger les auto-stoppeurs ; un prédicateur et un musicien en fauteuil roulant qui vont de ville en ville, fuyant la loi… La prose somptueuse de ce premier roman de D.R. Pollock contraste avec les actes terribles de ses personnages. Un univers qui rappelle ceux de Flannery O’Connor, Jim Thompson ou Cormac McCarthy. »

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Entre 1945 et 1965 et de l’Ohio à la Virginie-Occidentale, ce roman met en scène plusieurs personnages dont les destins vont se croiser petit à petit. Ces personnages ne sont pas des saints, loin de là : un père, rescapé de guerre, qui emmène son fils prier dans les bois et sacrifier des animaux pour sauver sa femme mourante, un couple qui s’amuse à piéger les auto-stoppeurs de façon particulièrement répugnante, un tandem en cavale composé d’un musicien en fauteuil roulant et d’un prédicateur coupable d’avoir assassiné sa femme à l’aide d’un tournevis, un pasteur qui prend plaisir à pervertir les jeunes filles pieuses… A travers les sept parties qui composent ce roman effrayant, nous suivons le parcours de ces individus sur une vingtaine d’années, leurs destins se croisent, s’entremêlent, jusqu’au moment où ils se rejoignent et les pièces du puzzle s’imbriquent les unes dans les autres à la toute fin.

C’est un roman extrêmement noir, où l’auteur nous donne à voir des personnages abjects, meurtriers, diaboliques, hantés par leur passé et leurs démons intérieurs. Un roman sans concession, à l’écriture âpre, où l’espoir s’étouffe à chaque page ; l’intrigue est captivante, rien n’est laissé au hasard et on ne peut lâcher le livre avant de l’avoir terminé.

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« En un triste matin de la fin d’un mois d’octobre pluvieux, Arvin Eugene Russell se hâtait derrière son père, Willard, le long d’une pâture dominant un long val rocailleux du nom de Knockemstiff, dans le sud de l’Ohio. Willard était grand et décharné, et Arvin avait du mal à le suivre. Le champ était envahi de plaques de bruyère et de touffes fanées de mouron et de chardon, et la brume sur le sol, aussi épaisse que les nuages gris, montait aux genoux du garçon de neuf ans. Au bout de quelques minutes, ils tournèrent dans les bois et suivirent une étroite coulée de cerf qui descendait la colline, jusqu’au moment où ils parvinrent à un tronc couché dans une petite clairière, vestige d’un grand chêne rouge qui était tombé bien des années auparavant. Une croix usée par les intempéries, faites de planches prises à la grange en ruines derrière leur ferme, penchait un peu vers l’est dans la terre meuble à quelques mètres en dessous d’eux. »

Véronique Ovaldé – Le sommeil des poissons ****

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Éditeur : Points – Date de parution : 2013 – 160 pages

4ème de couverture : « Tout en haut du mont Tonnerre, dans un drôle de village peuplé de femmes, l’une d’entre elles, la mano triste, attend patiemment dans sa maison à courants d’air. Elle attend les hommes qui remontent du fleuve à chaque saison douce, et surtout Jo géant, avec son cœur tout miel… Un voyage aux airs de conte, doux et inquiétant. »

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Le sommeil des poissons est le tout premier roman de Véronique Ovaldé, qui s’est surtout fait connaître grâce à son roman Ce que je sais de Vera Candida, qui a obtenu en 2009 le Prix Renaudot des Lycéens et le Prix France Télévisions. Ce premier roman ouvre le bal d’un univers très singulier et étonnant ; c’est en effet un véritable ovni littéraire : est-ce un conte ? une fable ? un roman ? ou encore, un thriller ?

Tout en haut du mont Tonnerre, il existe un village peuplé essentiellement de femmes, les « madous ». Parmi elles, il y a la mano triste, jeune femme en proie aux idées noires, qui semble toujours au seuil de l’attente dans sa grande maison à courants d’air. Le quotidien de ces femmes est rythmé par le cycle des saisons. Les hommes remontent le fleuve à chaque saison douce et la saison des pluies marque l’arrivée de la maladie grise qui s’empare des femmes trop vulnérables… La mano triste attend, luttant contre la maladie grise qui rampe sur les murs et tente de s’emparer d’elle, dans sa maison absorbée par la pluie, aux remugles de pierres humides, de terre et de mousse. Un jour, Jo le géant débarque au volant de sa Chevrolet jaune citron, « gros insecte acidulé qui bourdonnait sur les routes », avec le Bikiti, petite fouine, petit ragondin qui lui sert de « homme managé ».

A travers ce roman aux accents surnaturels, nous pénétrons dans des contrées inconnues et lointaines ; l’époque et le lieu sont indéterminé, l’intrigue pourrait très bien se dérouler n’importe où dans le monde, ou en dehors du monde… Les personnages comme les lieux sont empreints d’une inquiétante étrangeté. On est immergé dans un univers tout aussi étrange que déroutant, où la folie, la solitude et la sorcellerie hantent ce village perché.

Autant le dire tout de suite, c’est un roman qui peut séduire immédiatement tout comme il peut rebuter et faire fuir  : l’écriture est très particulière. Elle reproduit le style oralisé propre à l’énonciation des conteurs; les marques d’oralité sont nombreuses, les tournures de phrases très familières dans certains cas, et le texte est parsemé de tics de langage, de jeux de mots insolites, de mots qui semblent inventés tellement ils sont curieux. Dans mon cas, ce fut un coup de cœur! De ce roman spectaculaire, il émane une force d’écriture singulière, voire irréelle. On est véritablement saisi et captivé à sa lecture.

Le récit frôle l’horreur, il est empreint de la féerie des contes, de leur folie… Véronique Ovaldé se joue de la noirceur des contes, elle les réinvente à sa façon. L’auteur dépeint un monde très fantaisiste qui reprend le non-sens et les non-lois de l’univers merveilleux, tout en les détournant dans un savant jeu de cache-cache avec le réel.

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« L’été, sous le mont Tonnerre, est une longue saison de tambour et d’hébétude. Les petits sont dehors et se chamaillent en criailleries aiguës. Les plus jeunes gravissent le mont, se mettent en boule et roulent comme des cailloux jusqu’en bas, débargoulant à toute allure en glapissant. Ronds comme des porcs-épics, ils tournent et tournent dans un grand bruit d’apocalypse. »

« Là-bas, dans la forêt, les singes hurleurs honorent leur nom, les arbres s’agitent dans un froussement d’ailes – les ailes multipliées de milliers d’oiseaux envolés, un bruit de plumes et d’effarouches -, là bas, au fond du fleuve, les poissons dorment, les yeux ouverts, et attendent patiemment leur heure. »

Vincent Delecroix – La chaussure sur le toit ****

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Éditeur : Folio – Date de parution : 2007 – 256 pages

4ème de couverture :  « Au centre du roman, une chaussure abandonnée sur un toit parisien. Tous les personnages du livre fréquentent le même immeuble, à proximité des rails de la gare du Nord. On rencontrera un enfant rêveur, un cambrioleur amoureux, trois malfrats déjantés, un unijambiste, un présentateur vedette de la télévision soudain foudroyé par l’évidence de sa propre médiocrité, un chien mélancolique, un immigré sans papiers, une vieille excentrique, un artiste (très) contemporain, un narrateur au bord du suicide… et une chaussure pleine de ressources romanesques. »

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Ce roman est un vrai petit bijou littéraire. L’idée de départ est tout à fait originale et intrigante : raconter plusieurs histoires, en incluant toujours une chaussure abandonnée sur le toit de l’immeuble comme objet/sujet périphérique de chaque histoire. En dix chapitres, l’auteur nous raconte l’histoire de gens plus ou moins ordinaires, avec leurs tracas quotidiens, leurs petites lubies, leurs espoirs… Ces dix chapitres se passent dans les appartements d’un même immeuble, et la chaussure se retrouve au cœur de chaque récit. Comment est-elle arrivée là ? Quelle est son histoire ? Le motif de la chaussure permet de développer toute une série de récits expliquant la présence insolite de cet objet à un tel endroit ; cet objet devient le lieu de nombreuses interprétations, il est le terreau littéraire et imaginaire de ce roman proprement singulier. De fait, la chaussure devient l’objet d’une rencontre entre un pompier homosexuel et une vieille femme, le souvenir d’un amour perdu pour une adolescente… Entre autres.

Ce roman fourmille d’imagination, et je me suis vraiment délectée de cette lecture à chaque page! Les récits s’imbriquent les uns dans les autres avec finesse, légèreté et beaucoup d’humour. On rit, on sourit, de ces personnages solitaires, amoureux, mélancoliques et souvent excentriques. Le fait qu’ils habitent tous le même immeuble permet de créer des effets d’écho et des clins d’œil d’un récit à l’autre, ce qui en fait une lecture réjouissante et pleine de surprises.

Abha Dawesar – Babyji ***

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Éditeur : 10-18 – Date de parution : 2007 – 473 pages

4ème de couverture : « Dans une Inde encore déchirée par la violence des castes et les sanglantes manifestations contre le gouvernement, Babyji, une petite Lolita indienne de Delhi, conjugue la passion du savoir et le plaisir des sens. Entourée de trois femmes que tout oppose, elle cherche sa voie, tiraillée entre un avenir incertain et un passé étouffant. Au travers du jeu des possibles, Abha Dawesar offre, avec ce roman initiatique délicieusement subversif, un voyage sensible au cœur de l’Inde moderne… »

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Lycéenne brillante, la tête pleine d’idéaux et se destinant à une grande carrière d’ingénieur, Anamika voit sa vie bouleversée par la découverte de la sexualité. Découverte qui amène d’autant plus de questions qu’elle se déroule de manière très peu conventionnelle. Ses premières amours sont en effet exclusivement féminines : une femme divorcée, sa nouvelle domestique, appartenant de surcroît à une caste bien inférieure à la sienne, et une de ses camarades d’école. Sa confrontation avec le désir masculin ne se déroulera pas plus sereinement : harcèlement sexuel dans le bus, propos obscènes d’un étudiant de basse caste, assiduités gênantes du père de son meilleur ami. En fait, Babyji rompt en quelques semaines tous les tabous de l’Inde : respect et déférence envers les aînés, séparation stricte des castes, respect des traditions contre le modernisme qui cherche à s’imposer. Ce récit, qui développe tous les attributs du roman initiatique, donne dans un premier temps une impression de légèreté puis, au fil des pages, devient plus grave. L’adolescente se pose beaucoup de questions sur la vie, l’amour, le désir, l’avenir surtout, dans une Inde qu’elle aime plus que tout, mais dont elle a besoin aussi de se défaire. Ce n’est pas un coup de cœur, je ne m’attendais pas à une telle intrigue, mais Anamika et l’ensemble des personnages deviennent au fur a et mesure très attachants. L’écriture de l’auteur est fluide et j’ai beaucoup aimé les nombreuses références à la littérature.

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 » – Je n’arrive pas à comprendre.

– Quoi ? Les systèmes binaires ou les spectres ?

– De quelle façon on doit vivre sa vie, ce qui est bien et ce qui est mal, ce que nous devrions désirer, si notre morale doit s’appliquer à ce que nous désirons ou à ce qui est établi par la société.

J’étais à bout de nerfs.

– Nous sommes encore à l’école, nous ne pouvons pas déjà savoir tout ça, répondit-il, en secouant la tête.

– Il faut que je sache la vérité. La vérité représente tout.

– La vérité sur quoi ?

– La vérité sur la vie et sur l’amour. La vérité sur la vérité.

J’étais au bord des larmes. Pourquoi une personne qui savait tout ne pouvait-elle pas me prendre à part et tout m’expliquer ? Comment se faisait-il que les gens ne sachent rien ? Comment des milliards de personnes avaient-elles pu passer sur cette Terre pendant des milliers d’années sans jamais avoir trouvé la réponse à ces questions ? Je mourrais s’il me fallait encore attendre. C’était la seule chose qui comptait. Tout reposait là-dessus. »

Benny Barbash – Little Big Bang ****

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Éditeur : Zulma – Date de parution : janvier 2011 – 176 pages

4ème de couverture : « Un peu d’obésité chez un honnête homme israélien est loin d’être une disgrâce. Sauf s’il décide de maigrir à tout prix. Malgré les moqueries affectueuses de son épouse et des grands-parents, notre homme multiplie en vain les régimes : tout fruit, tout viande, ou tout carotte. Une diététicienne de renom lui recommande le tout olive. Il finit par avaler un noyau qui se fiche dans l’épigastre. Et voilà qu’un beau jour quelque chose bourgeonne de son oreille gauche, une pousse d’olivier dirait-on, phénomène qui sera à l’origine d’un véritable big-bang local…
A partir d’un événement pour le moins insolite, traité à la manière positive du conteur, Benny Barbash nous offre une fable à mourir de rire, d’une pertinence abrasive. Dans le contexte épineux du drame palestinien et de l’occupation des territoires… »

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J’ai adoré cette fable moderne à l’humour vif et acéré! Ce roman savoureux se lit d’une traite. On se régale tout simplement d’une telle lecture. C’est l’histoire d’un père de famille qui décide de perdre du poids et teste à cet effet différents régimes plutôt curieux. Il en fait notamment un à base d’olives et un noyau se coince dans sa gorge. Le lendemain, il se rend compte qu’un olivier est en train de pousser dans son oreille gauche… Le ton est décalé, l’histoire insolite, je n’ai pas cessé de rire. C’est une lecture qui change de ce que j’ai pu lire auparavant et qui ne ressemble vraiment à aucune autre.

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« Abu Rudjum fixa la ligne d’horizon et répondit avec tristesse que les gens se coltinaient des choses bien pires, des cancers de l’intestin, un cœur empli de méchanceté, des cauchemars, des espoirs jamais réalisés… »

Véronique Olmi – Bord de mer **

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Éditeur : Babel Actes Sud – Date de parution : 2003 – 128 pages

4ème de couverture : « Une femme offre à ses fils deux jours de vacances à la mer. Espérant fuir l’angoisse du quotidien, elle entre dans l’irrémédiable renoncement.
Elle vit seule avec ses deux petits et pour la première fois les emmène en vacances. Cette escapade doit être une fête, elle le veut, elle le dit, elle essaie de le dire.
Ensemble ils vont donc prendre le car. En pleine nuit, sous la pluie, faire le voyage. Mais les enfants sont inquiets : partir en pleine période scolaire, partir en pleine semaine, partir en hiver à la mer les dérange. Et se taire, et se taire, surtout ne pas pleurer, surtout ne pas se faire remarquer, emporter toutes ses affaires pour se rassurer, juste pour se rassurer, pour ne plus avoir peur de la nuit. Car demain tout ira bien, demain ils seront heureux. Au soleil, ils iront voir la mer… »

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Bord de mer est un roman très dérangeant. Une mère célibataire part sur un coup de tête au bord de la mer avec ses deux enfants, elle leur fait manquer l’école pour passer deux jours à la mer. Ils partent au milieu de la nuit, comme des fugitifs. Les enfants n’ont jamais vu la mer, ne sont jamais partis en vacances. Mais cette escapade se révèle n’être qu’un prétexte, on le sent dès les premières pages. La tension grimpe au fil du texte. La fin est glaçante. Tout au long de ce bref roman, on se sent de plus en plus mal à l’aise, l’atmosphère est pesante, il pleut sans arrêt et le malaise grandit. Un roman très noir, mais saisissant, empreint de poésie, et porté par une belle écriture.

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« Reviens ! J’étais un ordre, j’étais un cri, mais les vagues couvraient ma voix, cet océan on aurait dit une machine, ça faisait autant de boucan qu’à l’usine. »

« Le sommeil n’était plus un refuge, simplement un endroit. Un endroit où tout peut arriver, tout peut vous sauter dessus et vous descendez, vous descendez quelque part, profond, personne pour vous rattraper, juste une descente. »

« Dans les lumières blanches de la grande roue le ciel devenait tout pâle, je savais que tout autour c’était la nuit à des kilomètres à la ronde. Et le silence. Moi j’étais un petit point furieux avec du noir tout autour. J’étais une étoile vieille et toujours là. »

Régine Detambel – Les Livres prennent soin de nous ***

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Éditeur : Actes Sud – Date de parution : mars 2015 -163 pages

4ème de couverture : « Par le rythme et la musicalité de leurs phrases, l’ordre de leur syntaxe, le toucher sensuel de leur papier, les livres nous soignent et nous apaisent. Au fil de l’enveloppant mouvement de l’écriture et de la lecture se dispense en effet un sens toujours renouvelé capable de nous arracher à nous-mêmes et à nos souffrances.
Dans la détresse physique ou psychique, dans le handicap ou la grande vieillesse, le livre permet d’élaborer ou de restaurer un espace “à soi”. Face à la double menace de la passivité et de la perte d’autonomie, la lecture a le pouvoir de favoriser la reconquête d’une position de sujet, ce qui est précisément l’objectif de toute bibliothérapie digne de ce nom.
Tandis que fleurissent les salons de “développement personnel” et les premières thèses de médecine sur le pouvoir des livres, Régine Detambel, écrivain et kinésithérapeute de formation, se donne ici pour tâche de montrer que la littérature en tant que “remède” doit se défier tout autant du pouvoir médical que des lieux communs du bien-être de masse. Elle propose à Montpellier-Juvignac une formation en bibliothérapie créative. Le présent ouvrage recense quelques unes de ses sources théoriques et les grandes lignes de sa pratique. »

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Un joli petit essai sur le pouvoir qu’ont les livres de guérir sinon de tous les maux, de beaucoup d’entre eux… Ils apportent surtout un réconfort qui n’a aucun égal. Un essai très instructif, truffé d’exemples et de souvenirs de l’auteur, qui se raconte dans son rapport à la lecture et aux livres qui l’ont marquée. Régine Detambel prend également pour exemple la vie de nombreux écrivains, comme Goethe, Hugo, Malraux…

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« Aristote, dans sa Poétique, définit ainsi la catharsis : par le langage, une personne peut communiquer des affects à une autre personne, l’influencer, la convaincre, l’émouvoir… De la parole de l’autre peuvent naître chagrin, terreur, angoisse, joie, enthousiasme… Tout comme la tragédie, la lecture donne accès aux mêmes émotions que « la vraie vie ».

« Lire est un moyen de résister à l’exclusion, à l’oppression ; lire est un moyen de reconquérir une position de sujet, au lieu d’être l’objet moqué du discours des autres. Lire, c’est mon pays. Rien ne manque quand je lis, le temps disparaît et je ne dépends de personne pour cela. Les histoires réparent ; dans un livre on est toujours chez soi. »

« J’aime lire ne veut rien dire. J’aime vivre dans les livres est sûrement ce qui se rapproche le plus de la vérité. »

Laurie Halse Anderson – Vous parler de ça ***

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Éditeur : La Belle colère – Date de parution : octobre 2014 – 298 pages

4ème de couverture : « Melinda Sordino ne trouve plus les mots. Ou plus exactement, ils s’étranglent avant d’atteindre ses lèvres. Sa gorge se visse dans l’étau d’un secret et il ne lui reste que ces pages pour vous parler de ça. Se coupant du monde, elle se voit repoussée progressivement par les élèves, les professeurs, ses amis, et même ses parents. Elle fait l’expérience intime de la plus grande des injustices : devenir un paria parce que ceux dont elle aurait tant besoin pensent que le mal-être, c’est trop compliqué, contagieux, pas fun. Melinda va livrer une longue et courageuse bataille, contre la peur, le rejet, contre elle-même et le monstre qui rôde dans les couloirs du lycée. »

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Ce roman se déroule sur toute une année scolaire et commence en septembre, avec la rentrée au lycée de Melinda. Personne ne lui adresse la parole. Un événement traumatisant s’est passé cet été au cours d’une soirée, mais nous n’en saurons rien jusqu’aux dernières pages. Melinda se retrouve sans amis, seule. L’angoisse lui fait se manger la peau des lèvres ; elles deviennent sèches, comme sa gorge. Petit à petit, elle ne parle plus. Elle sèche les cours et se réfugie dans un cagibi aménagé au lycée. Seuls les cours d’Arts plastiques lui plaisent et semblent lui apporter du réconfort. « Ça » la hante, elle ne peut en parler à personne.

La Belle Colère est une édition destinée aux adultes comme aux adolescents. J’ai beaucoup aimé ce roman, au cours duquel nous nous glissons dans la peau de cette adolescente mal dans ses baskets. Malgré un sujet souvent abordé, le roman déborde d’originalité, et ne manque pas d’humour, décrivant certaines scènes de façon cocasse. L’écriture est fluide, l’héroïne attachante et l’histoire très prenante, alors qu’elle aurait pu être banale. C’est donc une petite pépite de littérature adolescente qui donne tout à la fois la pêche, qui émeut, qui réconforte également.

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« C’est Venise la nuit, c’est la couleur de l’âme d’un comptable, c’est un amour dédaigné. Quand je vivais à Boston, j’ai laissé une orange se couvrir d’une couche de moisi qui avait cette couleur. C’est le sang des imbéciles. La confusion. La sécurité de l’emploi. L’intérieur d’un cadenas, le goût du fer. Le désespoir. Une ville sans éclairage public. Le poumon d’un fumeur. La chevelure d’une petite fille qui grandit privée d’espoir, le cœur du directeur d’un lycée… »

Firouz Nadji-Ghazvini – Les anges ne reviendront pas ***

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Éditeur : Denoël – Date de parution : 2005 – 117 pages

4ème de couverture : « Téhéran, quelques mois avant la révolution islamique. Un climat de terreur sourde règne sur la ville. Entre les soubresauts de la Savak, la police politique du shah, et les premières exactions des mollahs, chaque jour apporte son lot d’attentats inexpliqués. Quatre étudiants amoureux de Tchekhov expriment leur angoisse et leur nostalgie par la voix de Kamran, le narrateur, hypersensible aux transformations souterraines du Téhéran doré de sa jeunesse… »

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Téhéran, au début de la révolution islamique. Kamran, Niloufar, Mithra et Nader sont quatre étudiants épris de théâtre et de littérature, spectateurs impuissants face à la tragédie qui a lieu sous leurs yeux. Un récit sombre porté par une écriture  lumineuse et poétique. Réalité et rêveries du narrateur s’entrecroisent avec mélancolie.

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« – Pourquoi êtes-vous tous si convaincus de ce goût universel des hommes pour la barbarie ? »

« Il dit que c’est avec l’idée de la vérité que le monde prend vie, que c’est en supprimant tout ce qui la contredit qu’on existe. On parle de crime. Mais c’est avec le crime que le monde naît. Tenter de l’empêcher est vain. »

« Je suis venu sur la plage pour regarder s’échouer les vagues et récupérer le poisson échappé de mes rêves. Je suis là pour écrire une lettre, la déchirer et la confier aux flots. Il paraît que la nature ne se répète jamais. Pourtant, en cet instant, il me semble que tout se répète uniformément. Comme les oiseaux, j’ai envie de crier ma peur du couchant. J’attends l’obscurité et le bleu paisible de la nuit. Je regarde les mouettes tournoyer encore et encore par-dessus les vagues. Je me dis qu’il faut goûter les plaisirs les plus infimes puisqu’il n’y en aura pas d’autres. »

Catherine O’Flynn – Ce qui était perdu ***

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Éditeur : Actes Sud – Date de parution : mars 2015 – 340 pages

4ème de couverture : « 1984. Kate Meaney est une petite fille hors du commun. Au lieu de fréquenter des enfants de son âge, elle joue les apprenties détectives avec sa peluche dans les rues de Birmingham et les allées de Green Oaks, le tout nouveau centre commercial. Le reste du temps, elle s’amuse avec Adrian, son seul ami – un jeune homme attachant qui travaille dans un magasin du quartier –, à scruter les clients et imaginer leurs troubles secrets. Jusqu’au jour où elle disparaît…
2003. Depuis des années, Kurt, agent de sécurité, contemple les masses somnambuliques venues tromper leur solitude dans l’immense piège de verre du centre commercial. Une nuit, il aperçoit l’image furtive d’une petite fille sur un écran de contrôle. Lisa, employée chez un disquaire, trouve quant à elle une peluche dans un couloir de service. Ensemble, ils se lancent à la recherche de la fi llette. Dans les entrailles labyrinthiques de Green Oaks, ils vont tenter de retrouver ce qui était perdu : l’enfance, l’innocence, l’envie de vivre. »

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Kate Meaney n’est pas une petite fille comme les autres, elle n’aime pas traîner avec les gens de son âge. Elle passe ses journées à enquêter, son singe Mickey au fond de son sacoche et son carnet de notes à la main, elle suit de possibles suspects dans les dédales du tout nouveau centre commercial Green Oaks et passe des heures à élaborer des scénarios, son livre Comment devenir détective à portée de main. Un jour, elle disparaît.

Près de 20 ans plus tard, les destins de Kurt, agent de la sécurité et Lisa, disquaire dans ce même centre commercial vont se croiser, en cherchant à découvrir ce qu’est devenue cette enfant, apparue une nuit sur les caméras de surveillance.

J’ai toujours beaucoup apprécié les ouvrages d’Actes Sud et ce roman ne déroge pas à la règle. Les personnages sont attachants, l’atmosphère empreinte de surnaturel est d’emblée séduisante et nous fait plonger tête la première dans l’intrigue. Au-delà de la disparition de la fillette, c’est aussi l’histoire des marques laissées par le passé, de l’empoisonnement consumériste, et de la volonté de s’en libérer.